CHAPITRE IX
1. Principes directeurs de la réforme. — II. La nouvelle administration. — III. L’impôt foncier. — IV. Contributions indirectes. — V. Ressources extraordinaires, — VI. La fusion des banques. — VII. Rareté du numéraire. — VIII. Les comptes.
Les finances (1), comme dans tous les Etats napoléoniens, furent, ainsi que Joseph l’avouait en termes modérés, «le point faible». C’est aussi celui sur lequel les reproches de l’empereur montrèrent le plus d’aigreur : «Vos finances sont déplorablement administrées, elles sont tout en métaphysique ; l’argent est cependant une chose très physique (2). » Il est juste d’observer tout de suite que c’était la partie la plus ardue, étant données les circonstances politiques et économiques, la complexité et le heurt des réformes, l’état des esprits ; que le ministre, à qui Napoléon s’en prend surtout, était un homme de grande valeur et un honnête homme; que son personnel était probablement supérieur dans les hauts emplois à tous ceux qui l'avaient précédé; que l’on doit, pour apprécier l’œuvre, considérer ce qui existait avant elle.
La question financière ne pouvait manquer d’être envisagée de facon très différente par l’empereur et par le roi : pour le premier, Naples devait non seulement ne rien coûter, mais entretenir une armée ; il fallait exécuter radicalement les changements indispen-
(1) Nous avons insisté sur ce chapitre capital, qui traite un des aspects les plus critiqués du régime. Outre les archives publiques, la communication généreuse des papiers de Rœderer, Cavaignac, L. Reynier, nous a permis de compléter
sur bien des points l’histoire consciencieuse de Bianchini. (2) À Joseph, 197 octobre 1807. Corr., t. XVI, n° 13206.
sables, établir dans les quinze premiers jours « un système d’impositions égal et sévère ». Si Joseph allègue le caractère « sacré » d’aliénations consenties par l'Etat, il répond : « Rien n’est sacré après une conquête (1). » Si la dette publique est trop lourde : «On peut retarder les paiements d’un an (2). » Au point de vue français, le système semblera peut-être préférable, mais tout d’abord on ne pouvait traiter en conquête un pays où presque toute la classe aisée, sur qui principalement devaient retomber les charges, avait accueilli le nouveau régime, tandis que par trop d’exigences on précipitait le soulèvement populaire; ensuite, Pempereur se faisait, comme la plupart des étrangers, illusion sur les ressources du royaume, qu’il estimait plus riche que l'Italie du Nord. C’est l’honneur du régime que d’avoir pris au sérieux sa tâche réformatrice et pratiqué ces «ménagements », qui impatientaient Napoléon.
Après un court passage de Saliceti, les Finances étaient échues au prince de Bisignano, mais Rœderer, avant de lui succéder à son tour (23 novembre 1806), était déjà directement mêlé aux affaires. Au mauvais vouloir que lui témoignait l’empereur s’ajoutait la mésintelligence du ministre avec celui de ses collègues qui devait précisément diriger les deux services les plus exigeants, la Guerre et la Police. Le roi du moins, tout en tenant la balance entre les deux rivaux et en exerçant un contrôle personnel sur tout ce qui touchait aux finances, garda-t-il toujours à Rœderer sa confiance. Les difficultés d’en haut étaient encore les moindres : les barons, aux prétentions desquels le ministre tenait résolument tête et qu’il méprisait, lui étaient hostiles ; le peuple voyait en lui un de ses oppresseurs ; les faiseurs d’affaires criaient contre lui, parce qu’il les contenait; les militaires, parce qu’il ne pouvait solder leur dû. Rœderer brave tous les mécontentements : de même que Joseph, il se pique d'honneur et tient à prouver qu’il peut faire à Naples mieux qu’une « cure de métaphysique ». Inventif, soutenu par sa «fibre gauloise » dans la lutte contre la force d’inertie napolitaine, protégé par son caractère rugueux contre les clabauderies de ses adversaires et les importunités des «mendiants de toutes les classes et de toutes les conditions (3) », il possède deux qualités bien pré-
(4) Au même, 31 mars 1806. Corr., t. XII, n° 10048. (2) Au même, 17 mars 1807. Corr., t. XIV, n° 11911. (3) Rœderer au roi, 25 juin 1808. Œuvres, t. IV, p. 19.