‹ Naples: Sous Joseph Bonaparte 1806-1808Chapitre 96 sur 164 · PRINCIPES DIRECTEURS DE LA RÉFORME · texte numérisé non relu

PRINCIPES DIRECTEURS DE LA RÉFORME

cieuses, et qui n'étaient pas communes dans l'administration napolitaine : le travail et la probité. La seconde n’a été contestée, à notre connaissance, que par un subordonné trop visiblement mécontent de l’être, et tout paraît justifier la noble fierté avec laquelle le ministre abandonna des fonctions, dont il n’avait pas méprisé les légitimes profits, mais dont il n’avait pas abusé. Quant au labeur, il serait suffisamment attesté par la masse de papiers qui subsistent de ses dix-huit mois de ministère, rapports entièrement autographes ou surchargés de corrections, analyses d'ouvrages, comptes el notes de toute espèce. Ces deux qualités, Rœderer s’efforça de les inculquer à son personnel et tint véritablement école d'administration.

Lui-même ne met point de fausse honte à s’informer et à demander conseil. Il le fait auprès de Mollien, ministre du Trésor de France, qui répond à ses questions avec complaisance (1), de lintendant du Trésor Dauchy, qui lui recommande telle mesure appliquée avec succès dans les « départements au delà des Alpes (2) », du banquier Falconet, de Naples, avec lequel il se lia d’amitié. I le fait aussi auprès des Napolitains quand, ce qui est rare d’ailleurs, il leur reconnaît de la capacité : ainsi Ricciardi, qui lui prêche la prudence, le duc de Carignano, qui lui adresse des avis très sensés et mérite d’être désigné par lui comme le Napolitain le plus capable de prendre le ministère, Zurlo, l’un des plus distingués ministres de Ferdinand (plus tard de Murat), « homme d’un vrai talent (3) », qui lui présente, à sa demande, des observations très intéressantes (4). Lui-même n’est pas un financier improvisé : sans parler de son habileté à gérer ses propres affaires, il avait été l’un des membres les plus actifs du comité des contributions à la Constituante ; sa réputation comme économiste en impose même aux Napolitains (5) et le rend propre à inspirer la confiance. Ajoutons

(1) Mollien à Rœæderer, 24 février 1807 (Ræderer, vol. 16, f° 40-60). Autres lettres amicales. Notons le conseil de ne pas imiter servilement les lois françaises, que leur caractère « circonstanciel» ne peut rendre « bonnes pour tous les temps et surtout pour d’autres pays que celui où elles sont essayées ».

(2) Dauchy à Rœderer, 19 octobre 1807. Arch. Rœderer, vol. 16.

(3) Rœderer à Joseph, 25 juin 1808. Œuvres, t. IV, p. 19.

(4) Ainsiles Observations sur le projet de contribution foncière (juillet 1806). Arch. Rœderer, vol. 20, fc: 9-30, sur le Rapport au roi de 1808. Zbrd., vol. 25, fos 771-

(5) Confirmée par BiANCHINI, Storia delle Finanze, livre VII, chap. 11, $ 1. Sur sa préoccupation constante de ces questions, voir ses innombrables discours

cette qualité, habituellement déniée aux administrateurs napoléoniens, de disposer son esprit à comprendre ce que les usages du pays peuvent exiger ou peuvent offrir d’avantageux : dans un de ses premiers mémoires au roi, il écrit (1) : « Je me suis écarté le moins possible des habitudes du fisc et de ses agents. Le fond de chaque impôt projeté était à Naples, la forme que je propose d'y adapter est en France. » La fermeté de ses intentions, l'effort dépensé par le ministre et ses agents, le souci de tenir quelque compte des habitudes du pays, sont à invoquer contre ceux qui accusent le régime français de précipitation aveugle et d’exploitation pure.

Dans le fouillis presque inextricable des finances napolitaines il s’agissait de faire pénétrer la lumière, de régulariser les sources du revenu, d’uniformiser la perception et la comptabilité, de centraliser l'administration et faire triompher le principe de l’égalité. Le désordre, Penchevêtrement, l’écart entre la charge supportée par le public et le profit retiré par l’Etat, étaient scandaleux. Une foule de taxes indirectes avaient été aliénées à des particuliers ; même pour les impôts directs la perception était abandonnée soit aux communes, soit à des particuliers. Services publics ou privés avaient leurs procédés et leur comptabilité propres, sur lesquels la chambre royale de la Sommaria n’exerçait qu’un contrôle lointain ; l’apurement de leurs comptes fut à peu près impossible au nouveau régime. La nécessité de centraliser était apparue aux Bourbons : l’édit du 4 septembre 1803 avait établi dans chaque province un pro-fiscale, chargé de surveiller la répartition et la perception des taxes directes. Depuis peu, il y avait en principe égalité devant certains impôts, mais bien d’autres restaient spéciaux à telle catégorie, les privilèges pullulaient et, dans les terres baronales, les droits féodaux subsistaient. Rœderer n’exagérait guère en disant : (Il s’agissait pour moi non pas d’administrer les finances, mais de fonder l’administration (2). »

à la Constituante, ses articles au Journal d'économie publique, aux Mémoires d’économie publique, au Journal de ‘Paris.

(1) Août 1806. Arch. Rœderer, vol. 26. Cf. ci-dessous, p. 329. Ailleurs il

parle de la nécessité de « caresser les vieilles idées ». (2) Arch. Rœderer, vol. 25, note pour un ouvrage sur son administration.

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