‹ Napoléon à Sainte-Hélène, 1815-1821Chapitre 11 sur 90 · LA NÉGOCIATION AVEC LES ANGLAIS · texte numérisé non relu

LA NÉGOCIATION AVEC LES ANGLAIS

unanimement déclaré que les frégates ne pouvaient échapper à la croisière et, dès lors, toutes les spéculations avaient eu pour objet de trouver quelque autre moyen pour gagner la pleine mer.

Or, une fois de plus, il allait 4tre démontré que, chez la plupart de nos marins, la succession des désastres subis avait aboli l'esprit daventure et le sens de l'opportunité : car tel était si peu Tavis de Maitland et de son chef, l'amiral Hotham, Maitland se croyait si peu sûr d'empêcher, avec l'unique vaisseau et le brick qu'il commandait, la sortie des frégates que, dans l'entretien, courtois d'ailleurs, qu'il eut avec Savary et Las Cases, il se proposa uniquement de gagner du temps pour attendre des renforts demandés. Il allégua qu'il n'avait reçu aucune nouvelle depuis celle de Waterloo ; il ne révéla rien de ce qu'il savait, ni des ordres qu'il avait reçus : refus du sauf-conduit, empêcher tout navire de sortir, prendre Napoléon, le transférer sur un vaisseau et revenir en toute hâte au port d'Angleterre le plus voisin ; c'était son droit de belligérant; de même, n'avaitil point à révéler que, jour par jour, presque heure par heure, il était mis au courant, par des Français royalistes, de tous les projets formés pour le salut de l'Empereur...

Qu'il déclarât encore qu'il devait demander des ordres à l'amiral Hotham, alors qu'il avait ces ordres en poche, c'était une ruse permise; mais qu'il suggérât que lEmpereur demandât asile à

l'Angleterre; que, sous une l'orme ou l'autre, il insinuât que l'Empereur n'aurait rien à y craindre, ici la duplicité commençait, à moins qu'on ne doive considérer, et que Maitland ne considérât lui-même, cette avance comme le début d'un engagement.

Sans doute, Savary et Las Cases étaient disposés aux illusions, mais Maitland n'a jamais nié qu'il eût prononcé le mot d'asile.

De part et d'autre, des imprudences avaient été commises : celle-ci volontairement, d'autres non. Ne pensant point que Las Cases pouvait com prendre l'anglais, Maitland avait, à un subordonné, lâché quelques mots prouvant qu'il était mieux instruit qu'il ne voulait le paraître; Las Cases, de son côté, avait, fort mal à propos, parlé d'un navire marchand, sortant, soit par les pertuis (Antioche ou Maumusson), soit par la Gironde. Gela mettait Maitland en garde.

Par écrit, le commandant du Bellerophon répondit «' qu'il ne pouvait dire quelles seraient les intentions de son gouvernement, mais que les deux pays étant pour le présent en état de guerre, il lui était impossible de permettre qu'aucun navire de guerre sortît du port de Rochefort. Quant à permettre que l'Empereur sortît sur un vaisseau marchand, il était hors de son pouvoir, sauf l'autorisation de son chef, Sir Henry Hotham, en co moment dans la baie de Quiberon, auquel il envoyait la dépêche du comte Bertrand, de permettre à aucun navire sous quelque pavillon qu'il

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fût, de passer avec un personnage d'une telle importance ».

Cela ouvrait encore une sorte d'espérance : Las Cases et Savary, porteurs de cette dépêche, rentrèrent à quatre heures. Le BeLLerophoa suivit le parlementaire qui les portait et vint mouiller dans la rade des Basques : Maitland profitait de 1 imprudence de Las Cases.

Si, jusque-là, l'on s'était bercé du rêve des sauf-conduits, à présent il eût dû se dissiper : pourtant, autour de lEinpereur, on continuait à discuter et certains trouvaient matière à leur optimisme dans la réponse de Maitland. Les officiers de marine n'étaient point dupes : seulement, certains jouaient le jeu des Anglais, d'autres comprenant qu'il n'allait plus rester à l'Empereur que de se livrer, frémissaient de rage et formaient des projets. Decrès, par les instructions très secrètes, datées du 27 juin et expédiées le 28, n'avait-il pas prévu le cas ? Si l'une des frégates devait se sacrifier, Ponée, avec sa Méduse et l'équipage entier, s'offrait et, durant le temps qu'ils mettraient à mourir, la Saale gagnerait la haute mer. Cela tenta. Les ordres furent donnés par le commandant de la division, le capitaine Philibert ; tout devait combattre, même le brick YÉpervier destiné à seconder la Méduse : puis, ces ordres furent révoqués. Pourquoi ?

Est-ce le fait du préfet maritime, royaliste, avant voulu donner sa démission au retour de l'Empe-

reiir, n'ayant cessé, depuis le 27 juin, d'annoncer le renforcement de la croisière, alors que l'amiral anglais, par une lettre au commandant Maitland, se déclarait dans l'impossibilité de lui envoyer même une frégate? Malgré les instructions très secrètes en date du 27, Bonnefoux s'en rapportait-il aux instructions patentes, et ne voulait-il rien compromettre des deux frégates ?

Était-ce du fait de Philibert? Comblé de faveurs par les Bourbons, fait capitaine à un grand choix le i" juillet 1814, chevalier de la Légion d'honneur le 12, chevalier de Saint-Louis le 18, il avait pourtant, le 3 juillet i8i5, dit à l'Empereur : « Les frégates feront tout ce qu'elles pourront pour éluder ou pour forcer la croisière et, si elles sont attaquées, elles se feront couler plutôt que de cesser le feu avant que Votre Majesté l'ait ellemême prescrit. » Il était alors dans la lettre et dans l'esprit de ses instructions. Le 10, il y était encore lorsqu'il ordonnait à sa division de s'apprêter à combattre. Cet ordre, il le révoque le ii. Faut-il penser que, par le courrier qui apporte à Rochefort les journaux de Paris en date du 5, des contre-ordres sont arrivés ? Doit-on croire que, devant la certitude de la restauration des Bourbons, Bonnefoux, Philibert et Beker ont pris le parti de s'abstenir ?

Le 12 au matin, l'Empereur quitte la Saale et se fait conduire à l'île d'Aix où il s'installe. Désormais on rentre dans les projets d'aventure : les corvettes

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