‹ Napoléon à Sainte-Hélène, 1815-1821Chapitre 13 sur 90 · LES ORDRES DE M. LE MARQUIS DE JAUCOURT · texte numérisé non relu

LES ORDRES DE M. LE MARQUIS DE JAUCOURT

Hotham, entrait dans la baie, l'Empereur abordait au Bellerophon : « aucun des honneurs généralement rendus à une personne de haut rang ne Tattendait... L'heure me servit d'excuse », a écrit Maitland.

VÉperi'ier s'éloigna saluant l'Empereur de ses acclamations, et montrant le dernier, à ses yeux, les trois couleurs de son pavillon.

Il était temps : au début de la nuit du i4 au i5, était arrivé de Paris le nouveau préfet de la Charente, un baron Richard, conventionnel régicide, ami de Fouché. Cet homme avait été, au Consulat, préfet de la Haute-Garonne ; en 1806, préfet de la Charente-Inférieure, ce qu'il était resté jusqu'en septembre 1814 ; alors il avait été remplacé, mais moyennant une gratification de 24.000 francs et une pension de 6.000. Préfet du Calvados le 22 mars 181 5, « il y avait comprimé l'anarchie et défendu les fidèles serviteurs du roi ». Ce pourquoi, après six semaines, l'Empereur l'avait destitué ; mais le roi venait de le ramasser et de le nommer à nouveau préfet à Rochefort. Sans doute serait-il disposé à suivre les instructions secrètes de Fouché ; mais il était porteur des ordres adressés, en date du 10, à Bonnefoux par le nouveau ministre de la Marine, M. de Jaucourt, ci-devant premier chambellan du roi Joseph et sénateur. M. de Jaucourt confirmait, au nom de Louis XVIII, les instructions émanées de la Commission provisoire. « D'après ce que la Commission vous a près-

crit, écrivait-il, vous avez dû vous opposer à toute tentative de débarquement de Napoléon, soit seul de sa personne, soit accompagné. Vous avez dû également vous opposer à toute communication qu'il chercherait à établir avec les bâtiments anglais en croisière ou tous autres. Je confirme ces dispositions, Monsieur, qui, au moment où je vous écris, me garantissent que Napoléon est à bord de la frégate la Saale, capitaine Philibert. J'ajoute formellement à ces dispositions que Napoléon ne doit, sous aucun prétexte, quitter la frégate suilaquelle il est embarqué et dont le capitaine Philibert doit, dans tous les cas, avoir le commandement. »

Donc, Jaucourt ignorait l'arrêté de la Commission et les dépêches de Decrès en date du 6, par lesquels l'autorisation avait été formellement accordée de communiquer avec la croisière, pourvu que l'Empereur en fît la demande par écrit. On avait dû lui faire mystère de ces documents, car, aux dispositions qu'il estimait avoir été maintenues il ajoutait l'ordre « à la frégate et à l'aviso de rentrer sur-le-champ dans le port avec toutes les personnes qui étaient à bord. Aucune considération, disait-il, ne doit empêcher ce mouvement qui devra être fait sans aucune communication avec la frégate sur laquelle est Napoléon et exécuté « avec autant de prudence que de célérité. »

Ces ordres de Jaucourt, Bonnefoux les avait reçus de Richard avant la nuit. Il savait que le

Page 1