‹ Napoléon à Sainte-Hélène, 1815-1821Chapitre 20 sur 90 · DE QUEL COTÉ LE DROIT · texte numérisé non relu

DE QUEL COTÉ LE DROIT

de l'édifice; ils passaient pour représenter essen tiellement le Droit divin et le système monarchique, et si peu qu'on les aimât, si peu qu'on les estimât, si peu qu'on se fiât à leur loyauté, leur restauration, à présent que TEurope les avait mis en posture de rois, était la condition, la preuve et la formule même de sa victoire. Très nouvellement, on lui avait révélé la solidarité royale ; certains, qui n'v croyaient p' int un an plus tôt, lorsqu'ils songeaient à un Bernadotte pour roi de France, s'en étaient entichés au point que tout cédait là devant. Si les engagements pris avec les Bourbons se trouvaient valides, ceux pris avec des hommes tels que Buonaparte et Murât ne Tétaient point. Vis-àvis d'eux, il n'y avait que le bon plaisir de l'oligarchie européenne, selon quoi les engagements les plus solennels étaient annulés, la qualité des êtres changée et leur caractère transformé. Il avait suffi que, « au nom delà Sainte et Indivisible Trinité », les ministres des souverains eussent décrété que Napoléon Buonaparte avait rompu le traité de Fontainebleau pour que cette rupture lui incombât, et, de même qu'il était le prisonnier de l'Europe, pour que l'hospitalité qu'il avait réclamée de l'Angleterre devînt justement la captivité.

Toutefois, si, pour violer ses propres lois tout en gardant les hypocrites apparences de la nation hospitalière et généreuse, l'Angleterre s'était retirée derrière l'Europe, elle ne se souciait point, ce fait étant acquis, que l'Europe entrât dans quoi

que ce fût de ses arrangements vis-à-vis de Napoléon. Si elle n'avait pu écarter l'idée de commissaires nommés par les puissances et résidant à Sainte-Hélène, parce que cette idée avait été d'abord suggérée par Castlereagh lui-même, elle avait eu soin, par le texte même des conventions, de réduire leur mission à constater l'existence de Napoléon. Les principes mêmes d'économie que professaient alors les ministres avaient cédé devant cette inébranlable volonté de disposer uniquement de l'Empereur. Liverpool ayant tiré de l'institution des commissaires cette conséquence que Napoléon, étant le prisonnier de l'Europe, devait être défrayé par l'Europe, Castlereagh n'eut point de peine à le faire renoncer à exiger cette répartition de dépenses par quoi les Alliés se trouveraient autorisés à exercer un contrôle ou une surveillance. L'Angleterre, qui seule allait profiter delà victoire de l'Europe ; qui, à la chute de Napoléon, gagnait, pour un siècle au moins, la domination de la mer; l'Angleterre qui, seule, depuis vingt années, entretenait une guerre dont elle connaissait l'enjeu, pouvait, en vérité, payer les frais de la prison. Seulement, il y avait des formes à conserver; l'hypocrisie anglaise y excellait. Le ministère pouvait se trouver mal d'avoir exercé ce droit de la force et d'avoir retenu Napoléon Buonaparte en une captivité illégale ; mais si l'Angleterre, en ce cas, n'agissait que comme déléguée de l'Europe, le ministère ne serait-il pas couvert par

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