‹ Napoléon à Sainte-Hélène, 1815-1821Chapitre 21 sur 90 · PROTESTATION DE L'EMPEREUR · texte numérisé non relu

PROTESTATION DE L'EMPEREUR

ce congrès de souverains qu éclairait la Sainte Trinité ?

.Napoléon se devait au moins de protester. Il rédigea, le 4> ^^ protestation qu'il remit, le 5, à Maitland et à Keith : « Je proteste solennellement ici, à la face du ciel et des hommes, contre la violence qui m'est faite, contre la violation de mes droits les plus sacrés, en disposant par la force de ma personne et de ma liberté. Je suis venu librement à bord du Bellerophon. Je ne suis pas le prisonnier, je suis l'hôte de l'Angleterre. J'y suis venu à l'instigation même du capitaine, qui m'a dit avoir des ordres du Gouvernement de me recevoir et de me conduire en Angleterre avec ma suite, si cela m'était agréable... Si le Gouvernement, en donnant des ordres au capitaine du Bellerophon àe me recevoir ainsi que ma suite, n'a voulu que me tendre une embûche, il a forfait à l'honneur et flétri son pavillon...

«J'en appelle à l'histoire : elle dira qu'un ennemi qui fit vingt ans la guerre au peuple anglais vint librement, dans son infortune, chercher un asile sous ses lois. Quelle plus éclatante preuve pouvait-il lui donner de son estime et de sa confiance? Mais comment répondit-on, en Angleterre, à une telle magnanimité ? On feignit de tendre une main hospitalière à cet ennemi et on l'immola. »

Ces paroles demeurent: l'histoire les recueille comme l'expression exacte et définitive des événements. Que Napoléon rencontrât des obstacles

pour prendre la mer et gagner l'Amérique; qu'il fût obligé de quitter Rochefort et l'île d'Aix; que la terre se fermât derrière lui et aussi la mer, cela n'a rien à voir avec ce qu'a dit et fait Maitland : celui-ci et l'amiral Sir Henry Hotham l'ont accueilli et traité comme un hôte; son caractère n'a pu changer du simple fait qu'il a plu au ministère anglais de le changer, même si l'Europe y acquiesçait et s'en rendait complice. Ce fait domine toute la captivité de Napoléon; il en proclame l'iniquité, il en explique les péripéties; il caractérise les luttes que Napoléon devra subir contre ses geôliers. Dès lors qu'on le traite en prisonnier, l'Empereur abdiqué ne peut plus se tenir à l'incognito qu'il eût admis comme hôte. Il revendique toutes les dignités que la libre volonté du peuple français a accumulées sur sa tête; il revendique l'onction sacrée que le Souverain Pontife a imprimée à son front; il revendique son titre d'Empereur et le traitement de Majesté Impériale, que lui ont reconnus tous les souverains d'Europe. Sous peine de déchoir lui-même, sous peine de déshériter son fils de cette imaginaire succession qui peut être l'Empire du Monde; sous peine de reconnaître et d'avouer que, durant vingt années, tout ce qu'a fait la nation française fut illégitime, en la prison où l'Angleterre, exécutrice des œuvres de l'Europe, va le confiner elle détenir, il est condamné, par sa conscience et par la puissance du Droit national, à être à perpétuité l'Empereur. — Et

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