‹ Napoléon à Sainte-Hélène, 1815-1821Chapitre 23 sur 90 · SAVARY ET LALLEMAND EXCLUS · texte numérisé non relu

SAVARY ET LALLEMAND EXCLUS

Avouer la promesse faite à Savary et à Lallemand, et y donner la suite convenable, rendra plus vraisemblable que Maitland n'ait rien dit de l'Empereur. Pour celui-ci, Las Cases a affirmé, Maitland nia Peu importe. Avec Savary et Lallemand, un tel scrupule pouvait se lever et le gouvernement britannique, après quelques mois de prison à Malte, rendrait aux deux généraux et aux officiers qui les avaient accompagnés une précaire liberté ; mais, contre Napoléon, qui donc, dans le ministère, n'eût pris le faux serment sur sa conscience ?

Lallemand eût pu être, dans la captivité, de quelque utilité à l'Empereur, auquel il s'était dévoué depuis Vendémiaire an IV; sans doute ses oriofines et son éducation ne l'avaient point préparé à figurer dans une cour, mais il fut de ceux — combien rares ! — qui, jusqu'à la fin, demeurèrent fidèles. Savary, on n'en saurait douter, eût été un compagnon désirable, car il ne manquait point d'esprit, ni d'éducation ; il était de famille militaire et avait reçu une éducation libérale; depuis Marengo, il était attaché à la personne de Napoléon, qui l'avait comblé de grades, de titres et de dignités; dès 1812, sa fidélité était suspecte, et en iSi.T, on ne pouvait conserver d'illusions sur son dévouement. S'il suivit l'Empereur à bord du Bellerophon^ c'est qu'il redoutait la haine de Fouché et la proscription; il n'avait aucune idée de l'accompagner plus loin. Avant même qu'il eût appris qu'il était exclu par les Anglais, il avait écrit à

Lord Keith que « le voyage de Saint-Hélène n'entrait pas dans ses calculs et qu'il ne lui était pas permis de disposer de lui à ce point-là ». Mais, en même temps, tremblait-il à la pensée que les Anglais pouvaient le livrer à Louis XVIII, et, du Bellerophon même, de sa cabine proche de celle de l'Empereur, écrivait-il lettre sur lettre, aussi bien aux gens qu'il connaissait qu'à quantité qu'il ne connaissait pas : Baring, Laffîte, les Polignac, les parents de Madame la duchesse de Rovigo qui, née Faudoas-Barbazan, était alliée à ce qui était le mieux dans la nouvelle cour; il appelait à l'aide ses anciens camarades ralliés aux Bourbons, auxquels on n'avait garde de reprocher leurs peccadilles révolutionnaires; il suppliait tout le monde : « On me persuade ici^ écrivait-il à Laffîte, que je dois être transféré en France; je me refuse à le croire, parce que ce serait m'assassiner sans motif ni de justice, ni d'utilité... Vous savez bien... » Que savait donc si bien Laffîte, l'escompteur de tant de spéculations suspectes ?

Ces deux que les Anglais avaient exclus eussent pu être d'utilité pour l'Empereur, parce qu'il les connaissait; pour tous les autres qui se trouvaient écartés, il les avait vus à peine. Planât et Résigny avaient été, avant i8i5, aides de camp des généraux Drouot et Lebrun, et, par suite, ils avaient fait en campagne un service analogue à celui des officiers d'ordonnance. En i8i5, ils avaient été nommés officiers d'ordonnance, mais ils avaient été

Page 1