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distribution, demanda quelques meubles dont il pouvait avoir besoin, remercia personnellement l'amiral de la prompte exécution de tous les travaux qu'il avait fait faire. »
Tels avaient été les récits qu'on lui avait faits ({u'il avait dû croire l'installation pire encore qu'elle n'allait être; chacun de ses compagnons tirait à soi et cherchait à s'établir le mieux possible : Montholon, en flattant l'amiral qu'il ne quittait guère et chez qui, de Jamestown , il venait dîner avec sa femme aussi fréquemment qu'il était invité; Gourgaud, en cherchant querelle à Montholon et à Las Cases pour le local qui lui serait réservé; Bertrand, en invoquant pour être logé à part le bruit que feraient ses enfants et les habitudes qu'avait prises la comtesse. Pour mettre tout le monde d'accord, il eût fallu au moins un beau château avec de larges dépendances et Longwood tel que l'avait vu l'Empereur à son débarquement n'était qu'une misérable bicoque, un rez-de-chaussée de cinq chambres avec grenier au-dessus. Il avait fallu , en toute hâte , joindre à ces cinq chambres les bâtiments indispensables pour loger les deux Montholon, les deux Las Cases, O'Meara, l'officier de service chargé de la surveillance, et les domestiques. On avait donc ajouté, en équerre sur le bâtiment primitif, une bâtisse en bois comprenant une pièce destinée à servir d'antichambre ou de salon d'attente et une seconde, le salon de réception. Celui-ci ouvrait sur une pièce de l'an-
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cienne maison dont, malgré qu'elle fût singulièrement obscure, n'étant plus éclairée que par une étroite fenêtre, on fit la bibliothèque et qui, plus tard, devint la salle à manger. L'on fit alors la bibliothèque d'une pièce qui ouvrait à gauche sur cette salle à manger ; le cabinet de travail ouvrait à droite sur cette même salle ; quoique à deux fenêtres à guillotine, il était singulièrement étroit : une assez grande table en occupait le centre, resserrée entre une armoire-bibliothèque et un petit lit de campagne ; la chambre, d'égale dimension et tendue de nankin décoré d'une bordure de rose au pourtour, suivait, remplie presque entière par un lit de campagne, un canapé de pied au-dessus duquel était placé le portrait de l'Impératrice Marie- Louise tenant son fils dans ses bras, une commode entre les deux fenêtres, un petit guéridon sur lequel devait déjeuner l'Empereur, et un grand lavabo en argent apporté de l'Elysée par Marchand. Les chaises, les fauteuils et le canapé étaient à fond de canne, avec le bois peint en vert. En face de la porte du salon, était une cheminée dont le chambranle et les tablettes étaient en bois peint en gris, et dont le foyer était muni d'une petite grille à charbon de terre ; elle était ornée d'un petit parquet à colonneltes dorées renfermant une petite glace de dix-huit pouces sur quinze. Marchand disposa sur la tablette deux flambeaux d'argent du grand nécessaire, une tasse en vermeil avec sa soucoupe et une cassolette
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aussi en vermeil. De chaque côté du trumeau, il suspendit un portrait du Roi de Rome, et, audessous, le réveille-matin du Grand Frédéric et la montre de l'Empereur. A gauche de la cheminée, sur une petite table, il ouvrit le nécessaire de l'Empereur et, sur le panneau au-dessus, il plaça encore un portrait du Roi de Rome. Derrière la chambre, communiquant avec elle par une petite porte de service, était une sorte de corridor fort peu large : à l'une des extrémités coucha le valet de chambre ; de l'autre côté, séparée par une cloison, fut placée l'énorme caisse de bois doublée de zinc, que l'amiral Cockburn avait commandée au charpentier de son navire pour servir de baignoire. Cette partie des bâtiments était isolée par une courette intérieure généralement fangeuse, sur laquelle ouvrirent les logements construits plus tard pour les domestiques ; la cuisine venait ensuite, et, contiguë à la cuisine, une petite pièce carrée où fut logé Las Cases : par une trappe au plafond et moyennant une échelle de cordes, Emmanuel de Las Cases pénétrait dans un grenier où il pouvait s'étendre. De l'autre côté, les Montholon avaient, pour eux trois, le père, la mère, et le petit garçon de quatre ans, la jouissance de trois pièces : une chambre plus grande que celle de l'Empereur, une antichambre et un cabinet. Pour le moment, en attendant qu'on eût construit, entre le bâtiment de la cuisine et celui destiné aux Montholon, trois chambres pour les deux Las
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Cases et leur domestique, deux pour le général Gourgaud, une pour O'Meara et une pour l'officier de service, ces trois derniers étaient logés sous la tente. Les serviteurs avaient des abris dans les greniers qu'on avait planchéiés ; ils ne pouvaient se tenir debout que sous l'arête du toit et la chaleur y était insupportable. Plus tard, on leur construisit au rez-de-chaussée, des chambres et une salle à manger.
Au moment oîi l'Empereur s'installa, il n'y avait, outre la vieille maison, que l'aile avancée construite par ordre de l'amiral et composée des deux pièces se commandant : cette avancée tombait sur le milieu du bâtiment principal assez long et fort peu large, lequel, sur l'autre face, ouvrait sur la cour des communs où étaient la cuisine et quelques servitudes : à quelques pas, se trouvait la petite maison construite pour les Montholon.
Les Bertrand étaient à plus d'un mille de là, à Ilut's Gâte où leur installation était assez peu commode, mais où ils étaient garés des querelles quotidiennes. Plus tard, ils se rapprochèrent et s'installèrent dans une petite maison que l'on construisit pour eux, à trois cents pas de la demeure présente de l'Empereur, beaucoup plus près du bâtiment, vraiment bien disposé et d'assez bonne apparence, que, durant plus de quatre années, on édifia pour lui et qu'il n'occupa jamais. Cet éloignement du Grand maréchal amena des complications préjudiciables au repos de l'Empereur.
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A cette distance, Bertrand ne pouvait conserver la direction efficace de la maison ; on ne manqua point de l'en dépouiller, tout en lui conservant les honneurs de la place et, comme dit Las Cases, « le commandement et la surveillance du tout en grand » : M. de Montholon se fit attribuer tous les détails domestiques, M. Gourgaud eut la direction de Técurie, Las Cases le détail des meubles avec l'administration intérieure de ce qui serait fourni. « Cette dernière partie lui semblait tellement en contact avec les détails domestiques et il trouvait que l'unité sur ce point devait être si avantageuse au bien commun qu'il se prêta le plus qu'il put à s'en faire dépouiller : ce qui ne fut ni difficile, ni long. »
M. de Montholon se trouva donc réunir tous les pouvoirs que lui abandonnaient également Bertrand et Las Cases, et, sauf à l'écurie, il régna. Lui seul traita avec les fournisseurs et donna les ordres aux gens. Lui seul forma les plaintes, à propos de la nourriture, des viandes, des poulets et des légumes. Comme il s'entendait à merveille à tout ce qui était de la table et de la tenue de maison et qu'il portait à être bien traité d'étonnantes exigences, il ne se rendait pas seulement personnellement ridicule par ses désespoirs si un plat manquait, et par ses joies s'il découvrait une cuisinière experte, mais il entraînait l'Empereur à des récriminations, dont le Grand maréchal et même Gourgaud s efforçaient de le détourner et
qui semblaient aux Anglais d'autant moins intéressantes qu'ils savaient à merveille combien l'Empereur était sobre et qu'ils attribuaient à qui de droit l'indiscrétion de telles réclamations. Seul, Montholon était responsable de l'étonnant gaspillage qui se faisait dans la maison, et qu'une meilleure administration eût prévenu, moyennant quoi l'Empereur eût donné bien autrement de force à ses justes plaintes, en même temps qu'il eût enlevé à ses geôliers certains arguments qui ne manquaient point de porter.
De Montholon tout se trouva dépendre : aussi bien Gourgaud qui déjeunait dans sa chambre et y dînait assez souvent, que les Bertrand qui, faisant ménage à part, recevaient pourtant certains plats de Longwood ; les Las Cases ne se plaignaient de rien, et avaient pris le parti de tout supporter, mais O'Meara parlait, et en même temps recueillait pour en faire des gorges chaudes les propos de Montholon.
11 échappe à Las Cases d'écrire : « Toutes ces dispositions, quelque raisonnables qu'elles fussent^ ne laissèrent pas de semer parmi nous des germes d'éloignement qui poussèrent de légères racines et reparurent parfois à la surface ; l'un trouvait qu'il avait perdu, l'autre voulait donner trop de lustre à sa partie ; un autre se trouvait lésé dans le partage. « Sous les ordres de M. de Montholon, « Cipriani, maître d'hôtel, s'entendit avec lui pour la distribution des vivres tant à Longwood qu'à