‹ Napoléon à Sainte-Hélène, 1815-1821Chapitre 46 sur 90 · LA MAISOX DE L'EMPEREUR · texte numérisé non relu

LA MAISOX DE L'EMPEREUR

Hut's Gâte... M. Balcombe devint le pourvoyeur et, au dire de Marchand, les allocations du gouvernement parurent raisonnables; on eut bien quelquefois à se plaindre de la qualité, mais en général on devait plutôt s'en prendre au défaut de ressources qu'à l'amiral qui, lorsqu'il en était instruit, y remédiait autant que possible. » Le gaspillage était tel que, un peu plus tard, Gourgaud disait à l'Empereur : «r L'on ne boit pas dix-sept bouteilles de vin, ni ne mange quatre-vingt-huit livres de viande et neuf poulets ! » L'Empereur eût volontiers adopté un système de nourriture en argent — ■ huit francs par jour à chaque domestique français et trois francs aux autres — mais, Montholon le détourna de la seule organisation qui eût prévenu les réclamations et les discussions.

L'écurie que commandait Gourgaud se composait de dix chevaux : quatre de voiture venant du Cap, et six de selle — dont quatre venant du Cap et deux des écuries impériales : le F/ingant et le Vizir. Le Vizir dont le portrait avait été peint par Horace Yernet et payé aSo francs en.i8i3, était vraisemblablement un des chevaux offerts en i8o8 à l'Empereur par le Sultan ; il fut ramené en Angleterre après la mort de Napoléon, et il y mourut. On l'empailla et, après des aventures diverses, sa peau est aujourd'hui au Musée de l'Armée, à Paris. L'amiral avait acheté au Cap, pour le service de l'Empereur, une calèche, la seule qui se trouvât dans l'île ; l'Empereur se pro-

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cura par la suite de petites voitures, en particulier pour l'usage de M"*'' Bertrand. Sous les ordres du général Gourgaud, les deux Archambault étaient chefs de service et menaient l'Empereur à la d'Aumont. Ils avaient avec eux six matelots du Northumberland habillés à la livrée impériale, qui devinrent rapidement des cochers suffisamment habiles.

La course à grande vitesse autour de l'enceinte où l'Empereur avait le droit de se promener sans être accompagné devint plus tard le seul exercice qu'il prît : il emmenait M"'*' de Montholon, ou Montholon, parfois, M""" Bertrand. La voiture ne faisait pas question : c'était l'Empereur qui ordonnait ; mais on allait pour l'ordinaire à Jamestown à cheval et comme il fallait qu'on demandât à Gourgaud, cela devenait une affaire. Il acquiesçait ou refusait selon les jours et l'humeur, car chacun voulait être maître et le faisait sentir. Et puis, les comptes de l'écurie étaient quelque chose de terrible, l'Empereur voulant toujours rogner sur la nourriture, la livrée, les réparations, et Gourgaud s'indignant.

Outre à l'écurie, des matelots avaient été appliqués aux divers services : trois à la cuisine, un à l'office, deux, sous Rousseau, à l'argenterie qui était immense.

A la cuisine, où Lepage succombait à la besogne, trois matelots étaient employés, et un à l'office ; on leur adjoignit des Chinois qui plus tard les remplacèrent. A la garde-robe, Marchand avait obtenu

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de l'Empereur un garçon chinois. Le service de Marchand était permanent, de jour et de nuit. Saint-Denis et Noverraz, de deux jours l'un, se tenaient dans le petit corridor précédant la salle de bains et ils y couchaient. Santini était chargé ia service extérieur et se plaçait dans la première pièce, dite depuis cabinet topographique, pour ouvrir les portes du salon.

11 y avait donc alors autour de l'Empereur, au gré du gouvernement anglais et par la bonne volonté de Tamiral, une sorte de train. Sir George Cockburn se prêtait à ofFrir à l'Empereur tout ce qui pouvait lui apporter quelques aisances ; après s'être employé avec la plus grande activité à faire construire les bâtiments qui lui étaient personnellement destinés, il ne mit pas moins de zèle à disposer les chambres que devaient occuper les officiers de la suite ; il redoubla de soins pour les Bertrand; il prêta des tentes pour le service, en même temps qu'il détacha des matelots de son vaisseau-amiral; en quelques mois, il parvint à mettre tout le monde à couvert, à la vérité sous des toits en carton bitumé et entre des murs qui n'eussent point résisté à un choc un peu violent; mais enfin les Montholon, Gourgaud, les Las Cases étaient logés mal que bien; et le Grand maréchal, quittant Hut's Gâte, était installé dans l'enclos, à moins de trois cents pas de l'habitation principale ; il ne dépendait point de l'amiral si Bertrand, conservant ses habitudes d'indépendance d'Hut's Gâte,

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se refusa malgré le désir qu'avait exprimé l'Empereur, à venir dîner tous les soirs, alléguant l'état de santé et les habitudes d'inexactitude de M"*" Bertrand.

En ce qui les concernait, comme en tout le reste, l'amiral faisait preuve de bonne volonté, mais, s'il se montrait respectueux de l'infortune, il ne se tenait pas moins obligé, par son devoir comme officier, et par sa conviction comme Anglais, à observer la consigne lorsqu'il s'agissait de la garde du prisonnier et des mesures prescrites par le ministère.

Autour de Longwood, l'Empereur ne pouvait se promener librement, sans être accompagné par un officier anglais, que sur un espace d'environ douze milles de circonférence ; il y avait pour le garder un camp à Deadwood, un autre à Hut's Gâte, des postes à l'infini ; des cordons de sentinelles autour des limites; des factionnaires si rapprochés, à partir de neuf heures du soir, qu'ils communiquaient de l'un à l'autre et qu'ils enveloppaient complètement la maison dont nul ne pouvait sortir à moins d'être accompagné par un officier, où nul ne pouvait entrer sans le mot d'ordre.

Pendant le jour, l'amiral avait d'abord ordonné que nul ne pût dépasser Hut's Gâte et aborder Longwood sans un laisser-passer du gouverneur, du commandant ou de lui-même. Plus tard, il admit des tempéraments qui pouvaient donner une illusion de liberté : il se plia lui-même et il plia tout

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