‹ Napoléon à Sainte-Hélène, 1815-1821Chapitre 48 sur 90 · LA VIE A LONGWOOD · texte numérisé non relu

LA VIE A LONGWOOD

moins contentes; quant aux hommes, parfois il les emmène faire un tour à cheval, ou se promène à pied avec eux dans Tenclos, mais nul ne s'assoit en sa présence.

Il a abandonné l'uniforme des Chasseurs à cheval de sa garde qu'il a le plus souvent porté et (ju'il a endossé encore le jour où il a quitté les Briars pour Longwood ; mais le costume qu'il a adopté, l'habit de chasse, a encore une certaine allure militaire. Il le porte avec la veste et la culotte de basin blanc, les bas de soie et les souliers découverts à boucles d'or : c'est en pareille tenue qu'on doit se présenter à Longwood.

A déjeuner, il n'invite presque jamais personne, sauf de ses officiers, lorsqu'il déjeune dans le jardin ; il préfère déjeuner dans sa chambre pour ne pas avoir à s'habiller et prolonger ainsi la matinée en robe de chambre jusque vers deux heures ; mais, à sept heures du soir (où était d'abord le diner il fait très souvent, presque quotidiennement, inviter quelques convives : les Wilkes, les Skelton, l'amiral, le colonel Bingham, des officiers du 53* par séries, tout ce qui, dans l'Ile, est d'une ( ertaine tenue. Et les convives sortent de là fort impressionnés. Santini, faisant fonction d'huissier, en livrée de son emploi, tient la porte et introduit. Gentilini, comme chef des valets de pied, fait avec Rousseau, l'argentier, fonction de couvreur de tables, et dirige le service des matelots devenus valets de pied. On ne sert qu'en

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argent : l'argenterie est si considérable que lorsque, plus tard, on en eut brisé et vendu plus de i3o livres pesants, il restait deux cent trente^quatre assiettes, trente-quatre plats, trois soupières, deux saucières, quatre-vingt-seize couverts, et quantité de menus objets. La cuisine n'est point excellente, au gré d'un palais aussi exercé que celui de Montholon \ mais elle paraît sublime aux officiers anglais peu familiarisés avec les délicatesses françaises. On sert d'ordinaire un potage, un relevé, deux entrées, un rôti et deux entremets dont un de douceur. Gela est l'extrême sobriété pour une époque où, chez les particuliers, quatre entrées étaient de rigueur. L'Empereur tient pourtant au nombre des plats lorsqu'il a des convives de qualité, mais le dîner ne dure point, même les grands jours, au delà de quarante minutes. Le maître d'hôtel Cipriani, en habit vert brodé d'argent, gilet blanc, culotte de soie noire, bas de soie blancs, souliers à boucles, dispose les plats. A droite et à gauche du fauteuil de l'Empereur, se tiennent Saint-Denis et Noverraz — même costume sauf la broderie en or au collet, parements et baguette — ils ne s'occupent que de Sa Majesté. Les autres convives sont servis par Gentilini et ses matelotsvalets de pied, en livrée verte à galons d'or, veste et culotte rouge, et par Bernard, le domestique de

I. Au sujet des Cuisiniers de l'Empereur à Sainte-Hélèiie, je me permets de renvoyer à mon volume, ^afOHrc^e Sainte-Hélène

(p.^ série).

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