‹ Napoléon à Sainte-Hélène, 1815-1821Chapitre 53 sur 90 · LADY IIOLLAND ET LE DUC DE HAMILTON · texte numérisé non relu

LADY IIOLLAND ET LE DUC DE HAMILTON

s'établit donc la bénévole commissionnaire de Napoléon. Avec un tact extrêmement fin, une délicatesse d'attentions qui venait du cœur, elle s'ingénia à découvrir les friandises qui pouvaient plaire à l'exilé, les livres qui le distrairaient, les joujoux qui, mettant un éclair dans les yeux des enfants, amèneraient un sourire dans les yeux de ceux qui verraient leur joie. Elle n'avait, semble-t-il, jamais parlé à l'Empereur; elle l'avait aperçu seulement à une parade, lors du Consulat ; mais ce n'est ni au Général, ni au Consul, ni à l'Empereur qu'elle -adressait, si grande que fut son admiration, c'était au prisonnier, à celui dont la captivité lui semblait un opprobre pour sa nation. Ce qu'elle pouvait {)0ur le réparer, elle le faisait ; elle se rendait l'intermédiaire entre la Famille et les ministres. Avec le marquis de Douglas, devenu l'attentif de la princesse Pauline, qui envoyait ou apportait les lettres de Rome, elle demandait, exigeait au besoin les autorisations, car Lord Bathurst ne se fût guère avisé de refuser à cette puissance qu'était Lady HoUand, doublée de cette autre puissance, le marquis de Douglas, devenu en 1819, par la mort de son père, duc de Hamilton en Ecosse, duc de Brandon en Angleterre, duc de Ghâtellerault en France. Il fallait l'audace d'un Blacas pour faire la leçon sur ses opinions à un tel grand seigneur, pair de France de i548. L'arrivée des caisses de Lady Holland faisait à chaque fois un événement à Sainte- Hélène, y mettait pour quelques heures, même

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quelques jours, une sorte de bonheur, et Hudson Lowe, s'il désapprouvait, était contraint, par l'ordre du ministre, de laisser passer.

Ce n'était point sans ennui, et il fallait le culte qu'il professait pour la discipline pour qu'il se soumît. Sans doute, le ministre avait le droit d'autoriser ces envois, mais si, dans les caisses, au milieu des confitures, à l'intérieur des joujoux, on avait glissé une correspondance suspecte; si, moyennant cette correspondance, on avait préparé une évasion, qui serait responsable ? Et puis, cela n'était point régulier, et la règle, l'observance de la règle, c'était comme la religion de cet homme. Il fût tombé malade à la pensée que la règle pût être violée de son chef, qu'elle le fût par sa faute, qu'elle le fut sans qu'il eût pu s'y opposer, qu'elle le fût encore par des personnages vis-à-vis desquels il était désarmé.

Nul affolement pareil au sien, lorsqu'il apprit qu'une mèche de cheveux blonds, qu'on présumait être des cheveux du Roi de Rome, avait été remise à l'Empereur. Quelle importance cela eût-il présenté pour un homme bien élevé, qui eût eu du tact et le sentiment des convenances? Il eût fermé les yeux, fait connaître qu'il n'était point dupe, donné peut-être un avertissement, mais se fût gardé de faire d'un tel incident une affaire où, de son côté, le ridicule l'eût disputé à l'odieux. Mais Lowe ne sait point ce que c'est que le ridicule, et où irait-on si l'on admettait que la consigne pût

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être odieuse et put commaader des actes odieux? Le baron Slunner, commissaire autrichien, avait reçu de sa cour l'ordre d'introduire à Sainte-Hélène et d'y protéger un jardinier de Schœnbpùnn, nommé Philipp Welle, chargé par l'empereur d'Autriche lui-même de recueillir tout ce que cette île pourrait offrir d'intéressant pour l'histoire naturelle et en particulier pour la botanique. Cet homme s'arrangea pour rencontrer, à Jamestown, Marchand, le valet de chambre de l'Empereur, le fils de la berceuse qui avait accompagné à Vienne le Roi de Rome. De la part de cette M™^ Marchand, il remit à son fils un morceau de papier plié sur lequel était écrit: « Je t'envoie de mes cheveux. Si tu as le moyen de te faire peindre, envoie-moi ton portrait. Ta mère: March.vîîd. » Dans le papier, une boucle de cheveux « blanchâtres, blonds de filasse ». Marchand ne s'y trompa pas : c'étaient des cheveux du Roi de Rome. L'empereur d'Autriche a interdit qu'on donnât au père des nouvelles de son fils et n'a même pas chargé son commissaire à Sainte-Hélène de certifier que cet enfant n'est pas mort ; Marie-Louise n'a point admis que Napoléon y prit plus d'intérêt qu'elle-même, et n'a pas même songé qu'elle pût en donner des nouvelles. Le jrand-père et la mère n'ont eu garde ; leurs Alliés fourraient les en reprendre. Ce qu'ils ne font pas, |ine vieille femme française, domestique, bonne, ^en de plus, le veut faire et y parvient. Elle atten- Irit Boze, l'inspecteur des jardins de Schœnbriinn ;

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elle obtient qu'il remette à Welle, son élève, cette enveloppe où il y a des cheveux, et ainsi, à travers ces pitiés conspirantes des humbles, le proscrit saura que son enfant existe.

Lowe apprend qu'on a remis à Napoléon des cheveux de « celui qu'on appelle le Roi de Rome ». Qui a commis ce crime ? Un domestique sans doute^ mais à qui? Au commissaire français sûrement. On cherche, on s'enquiert ; on pose d'insidieuses questions à Montchenu, qui s'indigne. Rien de ce côté. On se retourne sur l'Autrichien, dont la femme est Française, Parisienne, inquiétante : mais ce n'est point la baronne ni ses gens. On arrive à Welle. Déjà le gouverneur a cherché chicane à Stiirmer à propos de ce Welle : il était suspect, il restait trop longtemps ; il était en rapports avec un nommé Prince, Anglais, auquel il n'y avait rien à reprocher de positif, mais qui n'en avait pas moins été expulsé. Lowe interroge Welle : Welle dit simplement ce qu'il a fait: il ne peut croire qu'il soit criminel pour avoir remis à Marchand un papier dans lequel il y a des cheveux. En vain Stiirmer prend sa défense. Tout ce qu'il obtient, c'est qu'on ne le pende point, car il n'en serait rien moins s'il passait en justice et qu'on lui appliquât les lois de la Grande-Bretagne, mais il est expulsé, et Stiirmer, après avoir été repris avec une duret^ singulière parle prince de Metternich, quipourta^ le protège, est cassé aux gages et, pour quelqi temps au moins, disgracié.

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