‹ Napoléon à Sainte-Hélène, 1815-1821Chapitre 56 sur 90 · LE BUSTE DU ROI DE ROME · texte numérisé non relu

LE BUSTE DU ROI DE ROME

Le croit-il ? Se le figure-t-il vraiment? On le dirait : « Sa figure rayonne ; elle exprime d'une façon frappante l'amour paternel et l'orgueil qu'il éprouve d'être le père d'un si aimable enfant. » Il est évidemment enchanté des éloges enthousiastes qu'y donnent les Balcombe, mais il tient presque autant à l'avantage qu'il doit en tirer sur le gouverneur. Lowe n'a-t-il pas pensé à briser le buste, à le jeter à la mer? Ne l'a-t-il pas retenu pendant plusieurs jours? « S'il ne me l'avait point remis, dit l'Empereur, je me proposais de faire une plainte qui eût fait dresser les cheveux sur la tête à tout Anglais ; j'eusse raconté des choses qui leussent fait exécrer par toutes les mères en Angleterre comme un monstre à figure humaine. » Mais il l'a remis; la plainte alors n'a plus d'objet. Assurément; mais il a voulu le briser: « Regardez cela, dit l'Empereur, regardez cette figure. Il faudrait être bien barbare, bien atroce pour vouloir briser une figure semblable. Je regarderais 1 homme capable de le faire ou de l'ordonner comme plus méchant que celui qui administre le poison à un autre, car celui-ci a quelque but en vue, tandis que celui-là n'est poussé que par la plus noire atrocité, et il est capable de tous les crimes. »

Ce n'est pas assez : ces discours ne sortent pas de l'entourage auquel ils s'adressent, et l'Empereur veut qu'ils retentissent. Lowe a dit que le buste ne vaut pas les cent louis qu'on en demande. « Pour moi, il vaut un million », dit l'Empereur, et il com-

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mande à Bertrand de donner trois cents guinées à celui qui l'a apporté ; du même coup, on verra cet homme, on saura d'où il vient, qui l'envoie ; peutêtre est-il chargé de quelque message. Radovitch est conduit, en effet, chez M""" Bertrand, mais l'officier ne le quitte pas une seconde. 11 dit seulement « que le buste lui a été remis par un banquier avec qui il partagera l'argent qu'on lui donnera; qu'il a été fait lorsque le petit Napoléon était aux eaux de Pise ». — Nouveau mensonge ; mais qu'en savait-on à Sainte-Hélène? Le i6 juillet, Radovitch reçoit de Bertrand, avec un bon de trois cents livres (^.Soo francs), cette lettre, qui ne manquera point d'être publiée : « Je regrette que vous n'ayez pu venir nous voir et nous donner quelques détails, qui sont toujours intéressants pour un père. Des lettres que vous avez envoyées, il résulte que l'artiste évalue à loo £ la valeur de son ouvrage. L'Empereur m'a ordonné de vous faire passer un bon de 3oo £. Le surplus sera pour vous indemniser de la perte qu'il sait que vous avez éprouvée dans la vente de votre pacotille, n'ayant pu débarquer, et des tracasseries que vous a occasionnées cet événement si simple et qui devait vous mériter des égards de la part de tout homme sensible. Veuillez faire agréer les remerciements de l'Empereur aux personnes qui vous ont donné cette aimable commission. M Cette phrase vise Marie-Louise; elle affirme la croyance où TEmpereur est, ou veut paraître, que le buste vient d'elle. Pour Hudson

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