NAPOLÉON ET LOWE
Lowe, il a gagné d'apprendre qu'il n'est pas « un homme sensible ». Pourtant, n'aurait-il pas eu le droit, d'après ses instructions, d'intercepter un objet qui n'était point adressé par la voie ministérielle, qui portait des emblèmes séditieux et étalait un nom proscrit? Il a obéi, après quelque hésitation sans doute, à un sentiment de déférence et, peut-on ajouter, de commisération ; il pouvait en être repris sèchement par ses chefs, — et il le fut, — mais, de la part de son prisonnier, cela ne lui valut que quelques injures.
Au surplus, quoi qu'il fit ou qu'il tentât, on ne lui en savait pas plus de gré; qu'il prît sur lui d'offrir du café ou des faisans, on acceptait le présent, mais on n'avait garde de remercier. Tentaitil de se faire un mérite d'avoir adressé à Longwood cinq caisses contenant un jeu d'échecs, une boîte de jetons et deux paniers d'ouvrage en ivoire qu'avait envoyés de Canton un M. Elphinstone, frère de Lady Malcolm et d'un officier que l'Empereur avait fait panser à Waterloo ; faisait-il remarquer que, s'il avait agi « en entière conformité aux règlements établis », il aurait dû en suspendre l'envoi, parce que, sur les jetons, il y avait une couronne impériale, il recevait aussitôt une lettre dictée par l'Empereur et d'un ton qu'il ne pouvait méconnaître. Il y apprenait « qu'il n'était pas à la connaissance des prisonniers qu'ils ne pussent pas posséder un objet sur lequel il y avait une couronne », et avec quel mépris on lui disait: « L'Empe-
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reiir ne veut de grâce de personne et ne veut rien du caprice de qui que ce soit. »
S'il avait intercepté ces jetons, il eût été approuvé comme s'il avait intercepté le buste. Jamais le ministre ne le reprit pour avoir exécuté ses consignes, mais toujours pour s'en être relâché. Telle était la crainte que l'Empereur trouvât moyen de correspondre avec l'Europe, que les ministres anglais, aussi bien que les ambassadeurs des Puissances alliées, en arrivaient à donner de l'importance à des annonces chiffrées insérées dans le journal The Anti- Gallican, que publiait à Londres Lewis Goldsmith, juif anglais, ci-devant employé par le ministère de France à de basses besognes de journalisme, telles que la rédaction de The Argus ou du Moniteur Anti-Britanniq ae , et rachetant à présent, par ses injures à la France, ses insultes à l'Angleterre. On prétendait que Napoléon correspondait avec ses partisans par ces annonces, dont voici une, péniblement déchiffrée :
« D. 0. L'Anti-Gallican vient d'arriver ici. Il est fâcheux que Véditeur vous ait adressé une lettre. Cela a donné V éveil; cela sera vexant si Von ne peut pas communiquer avec vous par la voie de son journal, car je crains que les autres ne voudront pas insérer les annonces en chiffres. Ainsi^ il ne faut pas lui répondre. Harel est parti pour V Amérique. Des fonds ont été envoyés à votre frère Joseph. Lucien est devenu ladre. Ilortense est toujours dans