BEKI-R COMMANDANT DE LA GARDE
taire exécuter les lois sur la conscription, pour défendre Belle-Isle-en-Mer menacée d'une descente anglaise, enfin pour commander, en 1814, la 7* et la 19* divisions militaires. N'ayant reçu des Bourbons que la croix de Saint-Louis, il ne paraissait leur être attaché par nul lien et lorsque, élu par le département du Puy-de-Dôme l'un de ses représentants à la Chambre, il présenta à l'Empereur la députation du collège électoral, il le fit en termes d'une fidélité résolue. Depuis le 00 juin pourtant, il avait été l'objet de diverses désignations qui pouvaient faire douter de son dévouement : ainsi avait-il été adjoint par le ministre de la Guerre au général Grenier pour organiser la défense de Paris et surtout avait-il été nommé membre de la Commission administrative de la Chambre et commandant de sa orarde.
Cet homme, comblé des faveurs de Napoléon, ne devait guère — à moins de circonstances ignorées — avoir des revanches à prendre, et, si l'on s'étonne qu'il ait accepté une telle mission, l'on voudrait imaginer qu'il le fit pour se rendre utile à l'Empereur.
Celui-ci ne voulut point voir en Beker un geôlier ; après une longue conversation, il lui dit: « Qu'on me donne les deux frégates que j'ai demandées et je pars à l'instant pour Rochefort ; encore faut-il que je puisse me rendre convenablement à ma destination sans tomber aux mains de mes ennemis. »
6 NAPOLÉON A SAINÏE-HÉLENE
Cela n'impliquait-il pas qu'on demandât des passeports aux Anglais, maîtres de la mer ?
Fouché, en s'adressant pour cet objet en même temps à Wellington et Gastlereagh, se proposaitil, comme on l'a dit, d'avertir les Anglais et de les mettre en garde contre le départ de l'Empereur ou, plus simplement, d'exécuter les désirs de Napoléon? Napoléon s'était, de très longue date et dès son enfance, formé, sur la générosité du peuple anglais, des illusions dont aucune expérience n'avait pu le guérir et que d'ailleurs il n'était point le seul de sa famille à partager. Le aS, Lucien était parti pour Boulogne, d'où il devait passer en Angleterre, et c'était dans le dessein prémédité d'y chercher des passeports pour lui et pour tous les siens. Il est vrai que, à Boulogne, ayant causé durant une heure avec le comte Otto qui, parti de Paris le 24, sur les ordres donnés la veille par le Gouvernement provisoire, n'avait pu obtenir, pour passer en Angleterre, la moindre autorisation, il tourna bride. Mais était-ce qu'il craignît un refus ou, comme il l'a dit, qu'il fût pris d'un soudain désir de revoir sa famille, qu'il appréhendât d'être retenu en Angleterre et de ne pouvoir retourner à Rome pour les couches de sa femme ? De l'homme qui avait tout sacrifié pour cette femme, on peut bien le croire. Mais que Lucien, tel qu'on le connaît, se fût porté fort d'avoir raison de tous les obstacles grâce aux amis puissants qu'il avait conservés en Angleterre, rien de plus probable. Sans