‹ Napoléon à Sainte-Hélène, 1815-1821Chapitre 7 sur 90 · LA DEMANDE DE PASSEPORTS · texte numérisé non relu

LA DEMANDE DE PASSEPORTS

doute, point de trace qu'il fût venu de sa personne à Malmaison, pas davantage Jérôme; mais Joseph n'en (|iiittait et il avait désormais assumé la direction de la Famille. Or, Joseph était déterminé à passer aux États-Unis, ainsi que Madame et Fesch. Toute la famille devait s'y réunir. L'Empereur n'a donc pu manquer d'être consulté sur la demande des passeports à son nom et il a certainement approuvé que le .Gouvernement fît des démarches a cet effet.

Seulement devait-il en attendre les résultats à proximité de Paris ou au port même d'embarquement? Depuis que l'Empereur l'avait appelé au ministère de la Guerre, Davout avait constamment préconisé les mesures de rigueur et, sans la résistance de Napoléon, il eût tourné le gouvernement vers les moyens révolutionnaires : peut-être eùt-ce été le salut; tout au moins, eût-on intimidé les traîtres qui venaient de livrer à l'ennemi l'armée et la France; mais, à présent, Davout était mal venu à reprocher à Napoléon de s'y être opposé et sans doute eût-il été plus généreux et mieux inspiré s'il avait montré moins de hâte à se débarrasser de lui ; cette hâte se traduisait en une exaspération brutale que partageaient plusieurs officiers généraux de son entourage. Craignait-il qu'appelé par les soldats l'Empereur ne reprît le commandement de l'armée et ne le lui ravît ? Avait-il conçu des projets et des ambitions que gênait sa présence ? Croyait-il encore aux déclarations des

Alliés qu'ils ne faisaient la guerre qu'à Napoléon et, lui tombé, s'était-il imaginé qu'ils s'arrêteraient, laisseraient la Chambre des représentants et la Chambre des pairs choisir, d'accord avec la Commission de Gouvernement, un prince ou une Constitution ? Qui sait ? Il venait d'écrire à Wellington : « Vos mouvements hostiles continuent quoique, suivant leurs déclarations, les motifs de la guerre que nous font les souverains alliés n'existent plus, puisque l'Empereur a abdiqué. » Et il avait requis le général anglais de cesser toute hostilité et de conclure un armistice en attendant la décision que prendrait le Congrès. On a peine à croire qu'une telle naïveté fût sincère, mais n'a-t-on point vu, en France, les mêmes mots provoquer, à deux reprises au moins, les mêmes incertitudes, les mêmes promesses entraîner les mêmes défections, et l'histoire se recommencer à un demi-siècle d'intervalle?

Quoi qu'il soit des motifs, Davout voulait que, le plus tôt possible, l'Empereur s'éloignât de Paris et certes, dans la Commission, Fouché en était d'avis, mais, en même temps, ne tenaient-ils pas plus l'un que l'autre qu'il prît la mer et partît pour l'Amérique. En le gardant sous leur main pour le livrer à l'occasion comme victime expiatoire, ils assuraient à leur propre tête une garantie qui n'était point négligeable. De là, cet étrange arrêté en six articles par lequel la Commission enjoint au ministre de la Marine « de donner des

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