LES PREMIERS MISSIONNAIRES
Embarqués le 28 octobre 1816, ils n'étaient arrivés à Portsmouth que le 23 février 18 17. Rousseau et Archambault avait seulement touché barre et étaient aussitôt repartis pour les Etats-Unis où ils devaient porter au roi Joseph des commissions verbales; Piontkowski avait retrouvé sa femme à Londres et se livrait, de concert avec elle, à de fructueuses escroqueries; Santini qui, avant de quitter Sainte- Hélène, avait appris de façon imperturbable le texte de la pcotestation de l'Empereur contre le traité du 2 août, avait proposé pour but à sa ténacité corse d'y donner toute la publicité possible. Il était seul, il était pauvre, il ne parlait pas l'anglais. De heureux hasards le servirent : un de ses compatriotes qu'il rencontra dans une rue de Londres, le mena-t-il, comme il l'a dit, au colonel Wilson, ou, comme l'a prétendu Maceroni, se confia-t-il à cet étrange colonel auquel il aurait été adressé par les prisonniers, on ne sait trop, mais, selon toute probabilité, Wilson joua le premier rôle; il se prêta à faire rédiger, sous la dictée de Santini, ce pamphlet en langues anglaise et française : Appel à la nation anglaise sur le traitement éprouvé par Napoléon Buonaparte dans Vile de Sainte-Hélène^ qui eut sept éditions en moins de quinze jours; enfin et surtout, il mena Santini chez Lord Holland. Celui-ci s'est défendu d'avoir tenu d'un domestique ses renseignements sur le captif et il a prétendu les avoir reçus d'ailleurs ; il n'a point nié avoir vu Santini et certains faits
qu'il a produits n'avaient pu lui être révélés que par lui. Lorsque, le i8 mars 1817, il interpella à la Chambre des Lords le gouvernement « en vue de préserver le caractère du Parlement et du pays de la tache qu'il encourrait si Napoléon Buonaparte était traité d'une manière rigoureuse et sans générosité », il proposa, en terminant, de présenter une adresse au Prince régent pour le prier de communiquer la copie des instructions données au gouverneur touchant le traitement personnel de Napoléon, des extraits des communications du gouverneur sur le même sujet, ses dépêches relativement à la demande de Buonaparte d'envoyer une lettre au Prince régent et d'obtenir les moyens de l'aire donner une instruction religieuse aux enfants des personnes qui l'avaient accompagné. C'étaient là assurément des désirs modérés et Lord HoUand, en commençant, avait eu soin de déclarer qu'il ne poserait point la question de la légitimité de la détention; il n'était point entré dans les détails qui eussent pu émouvoir une assemblée d'hommes bien élevés, et pourtant, sur j)resque tous les points, il fît reculer Lord Bathurst, l'obligea à une suite d'audacieux mensonges qui pouvaient compter pour des aveux. Lord Bathurst prit d'abord à partie « le papier signé par un nommé Santini, auquel on ne pouvait accorder aucun crédit ». En traitant ainsi un serviteur fidèle, il oubliait trop quels avaient été ses ancêtres; mais ensuite il retrouva son sérieux. Il donna