‹ Napoléon à Sainte-Hélène, 1815-1821Chapitre 63 sur 90 · LA SANTÉ DE L'EMPEREUR · texte numérisé non relu

LA SANTÉ DE L'EMPEREUR

quer sur le navire le plus mauvais marcheur de toute la flotte britannique, en sorte qu'il mit trois mois, du 20 août au i5 novembre, pour gagner TAngleterre. Là, on lui interdit de débarquer et il dut errer encore durant un mois, avant de trouver une ville où l'on tolérât sa présence. Mais, à présent, il faudrait bien, à moins qu'on l'emprisonnât de nouveau, qu'on entendit sa parole.

Ce qui ne pouvait manquer de donner à son plaidoyer un accent particulièrement émouvant, c'est que, depuis quelque temps, on pouvait concevoir des inquiétudes au sujet de la santé de lEmpereur.

Elle s'était maintenue bonne durant l'année 1816, mais, dès le début de 1817, certains accidents apparurent; l'Empereur avait subi, dans les premiers jours de mars, un dérangement d'estomac assez notable pour l'arrêter et, vers la fin du mois, une enflure aux jambes, accompagnée d'éruption, l'obligea à faire des remèdes. Cette enflure s'aggrava vers le mois d'août. Le 3o septembre, le général Bertrand écrivait à Hudson Lowe : « L'existence de l'Empereur depuis six semaines est extrêmement douloureuse ; l'enflure des jambes va en augmentant tous les jours; les symptômes de scorbut qui s'étaient fait remarquer aux gencives sont déjà tels qu'il y a presque constammeat des douleurs aiguës » ; il ajoutait que les gens de l'art attribuaient cet état au manque d'exercice et il parlait de là pour demander le rappel des restrictions

mises par le gouverneur aux promenades de l'Empereur, telles que les limites en avaient été réglées par l'amiral Gockburn. Lowe ne jugea point à propos de le prendre sur lui, mais, à ce moment même, il reçut des instructions lui permettant (c dans le cas où l'état de la santé du général Buonaparte rendrait vraiment cette concession nécessaire » de porter de huit à douze milles la circonférence où il pourrait se promener sans être accompagné par un officier, et les nouvelles données par O'Meara devenant pires, il se détermina, le 2 octobre, à faire des propositions que l'Empereur rejeta avec insulte : « Je suis, répondit-il par Bertrand, à deux cents lieues de l'Europe, sur un rocher, à la merci de mon plus implacable ennemi qui, pendant les dix-huit mois qu'il a passés dans ce pays, n'a pas laissé passer une semaine sans m'insulter et me blesser ». 11 refusait toute concession qui vînt du gouverneur. « L'état de choses approuvé par le Gouvernement anglais, qui était lui-même très intolérable et constituait une violation de tous les droits, me permettait néanmoins de sortir, ma santé souffre surtout des insultes qu'il me faut endurer à tout moment de l'homme pervers qui commande en ce pays. »

Rendu inquiet par les nouvelles que lui donnait O'Meara, Lowe était disposé à entrer en négociations, mais ses démarches n'eurent aucun succès ; Napoléon voulait tout ou rien. « La santé de l'Empereur s'est fort détériorée », écrivait Bertrand, le

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