LOWE ET O'MEARA
choses de façon qu'il ne pût être tranquillisé que par le départ d'O'Meara. En effet, il croyait que l'Empereur n'était pas malade, au moins qu'il ne l'était pas comme le disait O'Meara, mais il avait beau chercher des renseignements, faire interroger des domestiques et des gens de service, il n'apprenait rien ou si peu de chose qu'il ne pouvait se former une conviction. Il était obligé de se fier à O'Meara, puisque seul O'Meara approchait de l'Empereur et seul lui donnait des soins, alors qu'il ne trouvait chez lui aucune garantie de fidélité, ni de sincérité, et il s'agitait désespérément autour de cette énigme, qui trouverait sa solution dès qu'O'Meara serait parti. Il faudrait bien, si Napoléon était réellement malade, qu'il acceptât les soins d'un des médecins résidant dans l'Ile, de Baxter, par exemple, ou d'un de ses sous-ordres. Alors, on saurait d'une façon positive ce qu'il fallait penser de cette maladie. S'il était démontré que l'Empereur n'était pas malade, on n'aurait plus à s'inquiéter de ces restrictions qui n'auraient ainsi exercé aucune influence sur sa santé, et, dans le cas où Baxter constaterait une maladie, on la soignerait, on la guérirait peut-être ; si le malade y succombait, on présenterait à l'Europe une attestation certifiée que le Général n'avait succombé, ni aux atteintes du climat, ni aux persécutions de ses geôliers, mais à une affection caractérisée dont on détaillerait soi-même les origines, l'évolution et la terminaison.
378 NAPOLÉOxN A SAIATE-HÉLENE
Cette combinaison était excellente, mais l'Empereur ne s'y prêtait pas. 11 persistait à être malade, à l'être de plus en plus, à ce qu'affirmait O'Meara, à n'admettre aucun consultant qui eût la confiance du gouverneur, à ne point sortir de sa chambre, à ne point prendre l'air ; et, d'autre part, Lowe, n'osant prendre sur lui d'enlever au malade le seul médecin dans lequel il dît avoir confiance, avait demandé des instructions à Londres d'où on lui avait interdit, jusqu'à nouvel ordre, de se défaire du médecin.
Telle était la situation, en Europe et à Sainte- Hélène, lorsqu'un incident déplorable vint la dénouer au profit des Anglais et réduisit à néant toutes les espérances qu'avaient formées les amis de l'Empereur sur la convocation d'un Congrès européen devant lequel ils comptaient porter la question de la Captivité, des rigueurs inutiles dont on affligeait l'Empereur et du préjudice qu'elles portaient à sa santé. Un des compagnons de Napoléon sortit exprès de Longwood pour donner le plus formel démenti aux bulletins d'O'Meara et, sur tous les points, rendre justifiables les persécutions d'Hudson Lowe.
Contre Las Cases, Gourgaud s'était fait l'allié de Montholon. L'un et l'autre haïssaient « le jésuite », cherchaient à lui nuire, à l'écarter de l'Empereur, à lui rendre la vie à ce point insupportable qu'il cédât la place. Las Cases parti, Gourgaud et Mon-