‹ Napoléon à Sainte-Hélène, 1815-1821Chapitre 67 sur 90 · CONSÉQUENCES DES DISCOURS DE GOURGAUD 38J · texte numérisé non relu

CONSÉQUENCES DES DISCOURS DE GOURGAUD 38J

pereur l'ait fait réclamer, et il insérera dans les journaux une lettre qu'il sera censé adresser à l'impératrice Marie-Louise. Sur quoi, par application de rAlien-Bill, il sera transporté à Hambourg, d'où il réclamera au prince Eugène la pension de I2.000 francs que l'Empereur a assignée à M™* Gourgaud. De cela il vivra jusqu'au 20 mars 182 1, quarante-cinq jours avant que meurt Napoléon, quati'e mois avant que la nouvelle en parvienne en Europe, où le gouvernement du roi lui ouvrira généreusement les frontières de la patrie.

Cependant, ses confidences, restées un mystère pour ses anciens compagnons comme pour les membres de la Famille impériale et les libéraux du monde entier, ses confidences qu'il aura beau jeu à nier plus tard, déclarant que seul Vécrit compte et que Voral ne signifie rien, ses confidences, qu'on voudrait croire inconscientes et désintéressées, ont produit des effets d'une incalculable portée pour le prisonnier ; par elles, sa captivité s'est resserrée et tout espoir a été perdu d'une amélioration possible à son sort*.

Depuis son arrivée à Francfort le 11 décembre 1817, Las Cases s'était employé avec une activité extraordinaire « au grand motif qui lui avait fait

I. Je prie le lecteur de se reporter pour les détails relatifs au Cas du général Gourgaud à mon livre : altour de sai.nte-hélè^e. Tome I*', p. I à ia6 et i6b à 29a. Il y trouvera publiées intégralement toutes les pièces relatives à celte affaire, la plus grave qui àc soit produite à Sainte-Hélène.

quitter Sainte-Hélène ». Il avait adressé des lettres, qui étaient à la vérité des morceaux oratoires, à toutes les personnes qu'il pensait pouvoir influer sur le sort de Napoléon ; il y en avait eu pour Marie-Louise, pour Metternich, pour l'empereur de Russie ; il y avait eu des factums dont il est difficile de comprendre l'utilité, pour Lord Bathurst et les autres ministres anglais ; il y avait eu des pétitions au parlement d'Angleterre; puis une correspondance à l'infini avec les parents de l'Empereur et avec quantité de gens qui étaient présumés vouloir le servir. Il n'y a point à parler des lettres par lesquelles il donnait au Grand maréchal, avec les précautions nécessaires et en empruntant la voie officielle, des nouvelles de la Famille. Quoique traduit en un style déplaisant à force de prétendre à l'éloquence et de se guinder au sublime, l'eff'ort de Las Cases n'en était pas moins méritoire et, s'il ne produisait point tout l'eff'et que son auteur en espérait, au moins celui-ci pouvait il prendre l'illusion qu'il imprimait à l'opinion un mouvement dont témoignaient d'autres indices qui n'avaient point rapport à lui. Ainsi avait-on presque atteint le milieu de l'année 1818 et s'attendait-on que le Congrès devait se tenir à l'automne.

Cependant, le général Gourgaud a fait diligence ; ayant quitté Longwood le i3 février 181 8, par faveur spéciale, il a fait voile directement pour l'Angleterre le 14 mars ; le i"' mai il était en vue de Plymouth ; le 8 il a été autorisé à débarquer; le

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lendemain, il était à Londres, où il a vu le soussecrétaire d'Etat pour les Colonies, puis Tambassadeur de France et l'ambassadeur de Russie. A la fin de mai, au plus tard dans les premiers jours de juin, tous les Cabinets sont informés que la maladie de l'Empereur est « une farce » et que les mesures prises pour prévenir son évasion ne sont pas assez sévères, car il pourrait partir comme il voudrait. Lors donc que, moyennant une lettre interceptée, Lord Bathurst apprend « que c'est l'iîlention de Las Cases et de certains amis du général Buonaparte d'appeler l'attention des souverains assemblés à Aix-la-Chapelle sur le traitement auquel il est soumis à Sainte-Hélène », il s'empresse de fournir à Lord Castlereagh, qui doit représenter l'Angleterre, les armes nécessaires, et ce sont d'abord et uniquement a les communications faites par le général Gourgaud à son arrivée de Sainte-Hélène ».

Et ces communications viendront d'autant plus à propos et seront accueillies avec d'autant plus de faveur que les souverains sont inclinés déjà à établir une relation entre les efforts tentés pour améliorer le sort du Captif et pour obtenir qu'on lui assigne une autre résidence, et l'état de l'Europe où ils sentent partout les symptômes d'un mécontentement qu'ils n'ont garde d'attribuer à leur administration et dont ils trouvent plus simple de rendre responsable l'homme de la Révolution, chef permanent de la grande conjuration des peuples

contre leurs souverains légitimes. « Je m'étais donné, a écrit Las Cases, tous les soins pour qu'ils se trouvassent entourés, assaillis de sollicitations et de lumières. J'avais écrit à Marie-Louise ; j'étais chargé de présenter aux souverains une lettre de Madame mère, tous les autres parents devaient agir de leur côté, et j'avais moi-même soigneusement réuni, pour chacun des souverains, tous les documents authentiques existant et tracé une note relative, incluse dans une lettre adressée à eux-mêmes. 11 n'est pas jusqu'à Lord Castlereagh, auquel je ne crusse devoir la communiquer à son titre de représentant le roi d'Angleterre. » Et pompeusement « le comte de Las Cases » publie ces lettres, les moins faites, à coup sûr, pour émouvoir ceux auxquels elles sont adressées. Dans celle qu'il a écrite sous le nom de Madame mère, il n'a pas même su garder un ton de simplicité et de grandeur tel que la situation l'imposait ; quant à la note et aux lettres qu'il a écrites en son propre nom, l'infatuation qu'elles dénotent atteint presque le délire. Qu'importe ! Eussent-elles été les plus attendrissantes, les plus éloquentes et les plus belles qu'un homme eût tracées, le résultat en eût été pareil. Le i3 novembre, les plénipotentiaires russes présentent au Congrès un mémoire qui est annexé au protocole xxxi et dans lequel ils invoquent ainsi d'une façon expresse les témoignages du général Gourgaud. « Napoléon, selon lui (Gourgaud), n'excite envers le gouverneur de Sainte-Hélène toutes les tracasseries dont

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