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qu'elle devra prendre, des régimes qu'elle devra suivre? S'étonne-t-il lorsqu'elle lui rend compte que, refusée en Angleterre et débarquée à Ostende en septembre, elle ne va ni à Spa, ni à Aix-la-Chapelle, ni nulle part pour prendre les eaux dont elle a un si urgent besoin? Point du tout, mais, à chacune de ses lettres, — ces lettres qu'il remet tout ouvertes à Hudson Lowe, qu'il laisse peutêtre voir à Napoléon, si curieux de tout ce qu'on écrit, — il presse sa femme de lui trouver un remplaçant ; il n'annonce nul esprit de retour ; c'est un départ définitif qu'il prépare ; c'est d'un tel départ qu'il menace l'Empereur. Les démarches qu'il indique sont-elles sérieuses? Où trouve-t-on des traces que M""® de Montholon se soit adressée à qui que ce soit, hormis —et combien tardivement! — à Planât qui, depuis cinq ans, depuis qu'il avait quitté l'Empereur sur le Bellerophon^ s'offrait avec une constance d'autant plus méritoire qu'il avait été plus souvent rebuté, et peut-être à Casimir Bonjour, lequel, à la place qu'il prétend lui avoir été proposée, dit avoir préféré l'éventualité qu'on jouât aux Français une de ses pièces ! Mais Planât, qui fut capitaine ou, tout le plus et tardivement, chef d'escadron ; Bonjour, qui nest rien qu'auteur sifflé, sont-ce là des personnages pour remplacer le marquis de Las Cases, comte de l'Empire, chambellan de Sa Majesté et conseiller en son Conseil d'État; le baron Gourgaud, premier officier d'ordonnance ; le général comte et marquis de
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Montholon, ancien chambellan et ministre plénipotentiaire ? En vérité, cette négociation unique est pour prouver que Montholon n'a guère l'idée de quitter avant d'avoir tiré de la situation ce qu'elle peut rendre.
La place est bonne : à Sainte-Hélène, il n'y a d'ostensible qu'un traitement de 2.000 francs par mois ; cela serait médiocre, mais l'on ne saurait douter que l'Empereur ne l'ait gratifié de sommes très importantes, antérieurement à 1818 ; sans ajouter une foi entière à ce qu'affirme Gourgaud, on doit en tenir compte ; son envie a dû l'éclairer. A partir de 1818, on trouve une traite de 3.000 £ (75.000 francs) sur le roi Joseph, payable pour le comte de Montholon au sieur Bertrand, notaire, demeurant rue Goquillière ; lors du départ de M""" de Montholon, le brevet, en date du i5 juin 1819, d'une pension de 20.000 francs par an, payable par le prince Eugène, à raison de 10.000 francs à la fin de juin et autant à la fin de l'année ; un bon en date du 28 juin, d'une somme de 6.000 £ (iSo.ooo francs) payable par le roi Joseph ; enfin, sur lettre du général Bertrand, un bon d'une somme annuelle de 24 000 francs, payable par Madame mère. Montholon ajoute à ces diverses remises les 24.000 francs qu'il reçoit annuellement de l'Empereur, et celui-ci se charge de pourvoir à toutes ses dépenses à Sainte-Hélène. Il y pourvoit, en effet, mais il n'a point pourvu aux dettes, qu'elles soient de Monsieur ou de Madame :
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il y en a pour 900 à i.ooo livres (22 à 26.000 francs), à Jamestown, et, à la mort de l'Empereur, les créanciers ne se décideront qu'à grand'peine à laisser s'embarquer leur débiteur.
Est-ce une telle source de bienfaits qu'on tarit volontairement, alors qu'en France on serait aux expédients ? Par Bouges, le domestique venu de France retrouver le général Bertrand, le marquis de Sémonville a fait dire à son beau-fils « de ne jamais quitter l'Empereur; que, cela étant, tout serait sauvé ; qu'au cas contraire, tout serait perdu », A partir de 1820, Montholon entretient constamment le commissaire de France, le marquis de Montchenu. avec lequel il s'est mis en confiance et duquel il se sert pour d'obscurs desseins, des immenses trésors que l'Empereur possède et qu'il lui léguera. Il se croit certain que l'Empereur donnera au moins deux millions à Tristan et deux millions à Xapoléone : c'est l'Empereur qui le lui a dit, et il s'empresse de l'écrire à M" de Montholon. C'est cette fortune qu'il abandonnerait à celui qui viendrait le remplacer, car il est bien sûr que, parti, il serait rayé du testament ou n'y serait inscrit que pour une misère?
Pourquoi serait-il venu à Sainte-Hélène, s'il s'en allait ainsi les mains vides? Comme on trouverait bien mieux dans la réalité de son caractère qu'il tint l'Empereur sous la continuelle menace d'un départ, et que, par là, il parvînt à augmenter sa part aux dépens des Bertrand, que leur caractère écarte
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de toute intrigue. Et c'est lui-même qui en fournit la preuve. Par un ancien testament que l'Empereur avait confié au Grand maréchal, qu'il redemanda, dit Montholon, le 7 avril 1821 ; qu'il brûla, mais dont subsista une note, Napoléon avait, sur les six millions qu'il croyait lui appartenir, disposé de 700.000 francs en faveur des Bertrand, de 600.000 francs en faveur des Montholon. Par son testament officiel, il lègue à Montholon deux millions sur les fonds confiés à LafTitte ; par le codicille du 16 avril, So.ooo francs sur l'argent comptant qu'il possède; par le codicille du 24 avril (Italie), loo.ooo francs; par l'autre codicille du 24 avril (Marie-Louise), 100.000 francs — au total, 2. 260. 000 francs. Et Bertrand n'aura plus que Soo.ooo francs par le testament, So.ooo francs sur l'argent comptant, 200.000 francs sur le codicille d'Italie, 200.000 francs sur le codicille Marie- Louise, gSo.ooo francs. — Les deux codicilles du 24 avril sont singulièrement hasardés, l'Empereur le sait à merveille, et, c'est, d'un côté, 2.o5o.ooo francs qu'il donne contre SSo.ooo francs de l'autre. Nulle preuve aussi topique. Par-dessus les autres avantages que Montholon a pu en tirer, c'est i.Doo.ooo francs, et, vis-à-vis de Bertrand, qui, par son rang, son âge, son grade, ses dignités, devrait se tenir assuré du premier rang, une supériorité établie par les termes des dispositions, par des commissions d'extrême confiance, au point que, quoique nommés au même titre que Mon-
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tholon pour rexécution du testament, Bertrand comme Marchand, crurent devoir s'effacer, ce qui entraîna des conséquences déplorables et amena une fois de plus le Grand maréchal à montrer son désintéressement et sa générosité.
On peut dire que, plus l'Empereur se sentait malade, plus il se cramponnait à l'espoir que Montholon ne l'abandonnerait pas, que, si Bertrand partait, quelqu'un au moins qui n'aurait pas figure de domestique recevrait son dernier soupir. Le débarquement du chirurgien et des prêtres que lui avait envoyés le cardinal Fesch, sans les accréditer par un mot, sans les charger d'aucune mission, l'avait peiné profondément. 11 s'était senti encore plus abandonné. Quoi ! L'on avait le moyen de lui fournir pour compagnons un homme de science et un homme de foi; l'on pouvait soulager son corps, distraire son esprit, amuser son imagination, procurer à sa misère Funique consolation, et voilà quels hommes on lui envoyait pour vivre avec lui, l'entretenir et le soigner physiquement et moralement ! Si habitué qu'il fût à l'ineptie de Fesch, cette fois il ne comprenait pas. Personne ne pouvait comprendre ni ce choix, ni ce retard de plus d'une année, — demande d'un prêtre formée le 22 mars i8i8, autorisation d'envoyer un prêtre et un médecin donnée le lo août 1818; départ de
> « la petite caravane » à la fin de février 1819; arrivée à Sainte-Hélène le 20 septembre, après treize mois ! On eût dit qu'il avait choisi à dessein ces trois Corses pour figurer, en face du Corse génial, ce que la Corse pouvait fournir d'ineptie, d'intrigue et d'ignorance : un vieillard qui, lorsque l'apoplexie ne le rendait pas muet, bredouillait alternativement en espagnol et en italien ses campagnes ecclésiastiques au Mexique et semblait tout ignorer d'un autre hémisphère; un jeune prêtre qui, si vraiment comme on l'a dit, il avait étudié au séminaire de Saint-Sulpice et dans un séminaire romain, donnait la plus fâcheuse idée de l'instruction qu'on y recevait, mais qui du moins était dévoué et croyant ; enfin, un terrible homme, affolé de vanité, d'ambition et de lucre, non pas mal élevé, car la rusticité parfois a du bon, mais audacieux, familier et se tenant égal à tous, sinon supérieur: une étonnante idée de soi que complétaient une ignorance tranquille et un imperturbable aplomb.
Cet homme, dès son arrivée à Sainte-Hélène, semble avoir été convaincu par Low^e que l'Empereur n'est point malade et que sa maladie est politique. Alors, chaque fois que l'Empereur dit qu'il souffre, il prend un air entendu, sourit en connaisseur, car il n'a garde de le contrarier, mais il sail ce que parler veut dire : ce n'est pas lui qu'on prend pour dupe. L'attitude qu'il adopte vis-à-vis de son malade, inconvenante en toute occasion, est