‹ Napoléon à Sainte-Hélène, 1815-1821Chapitre 78 sur 90 · LES DERNIERS JOURS · texte numérisé non relu

LES DERNIERS JOURS

lance; et, tout de suite, les douleurs oiït été atroces : >< C'est, a-t-il dit, une lame de rasoir qui me coupe en glissant. » Et puis, les vomissements ont redoublé et il n'en a pas moins continué son travail.

Les médecins arrivent qu'il retient peu, mais le Grand maréchal ; il lui donne ses instructions pour sa sépulture : il désire être enterré sur les bords de la Seine; si l'on n'y consent pas, dans une île au confluent du Rhône et de la Saône, près de Lyon, ou enfin à Ajaccio, dans la cathédrale. « Mais, dit-il, le gouvernement anglais aura prévu ma mort. Dans le cas où des ordres auraient été donnés pour que mon corps restât dans l'Ile, ce que je ne pense pas, faites-moi enterrer à l'ombre des saules où je me suis reposé quelquefois en allant vous voir à Hut's Gâte, près de la fontaine où l'on va chercher mon eau tous les jours. »

Le 27, il fait encore sa barbe dans son lit, et, à trois heures et demie, se levant, appuyé sur Marchand et Saint-Denis, il va jusqu'à son fauteuil. Sur le guéridon, on a placé son flambeau couvert, son écritoire et du papier : différents paquets scellés sont sur la commode. Il fait appeler Montholon, Bertrand et Vignali et leur ordonne, ainsi qu'à Marchand, de dresser un procès-verbal descriptif constatant l'existence du testament, des codicilles et de l'instruction aux exécuteurs testamentaires. Cette opération entraîne de longues écritures, car chaque témoin doit contresigner chacun des sept

paquets, dont trois sont attachés par une faveur de couleur rouge ; puis apposer son cachet sur les faveurs vertes dont FEmpereur a fermé ses boîtes à tabatières. Lorsque cette opération est terminée, l'Empereur reste seul avec l'abbé Yignali; c'est pour lui remettre, sous le secret de la confession, un double du testament et des codicilles qu'il a copié lui-même, de façon à y donner la même valeur qu'à l'original, pour le cas où celui-ci serait saisi par les Anglais ou se trouverait détruit.

Lorsque l'abbé est sorti. Marchand rentre dans la chambre; l'Empereur, qui s'est recouché, lui confie Toriginal de son testament, de ses codicilles et du reçu de la maison Laffitte, pour que, après sa mort seulement, il les transmette au comte de Montholon, en présence du général Bertrand et de Vignali. Il fait porter chez Montholon ses manuscrits et la cassette contenant sa réserve ; chez Bertrand ses armes ; chez Marchand le nécessaire et les boîtes à tabatières : « Eh bien ! mon fils, dit-il à Montholon, quand celui-ci vient à onze heures, eh bien ! mon fils, ne serait-ce pas dommage de ne pas mourir après avoir si bien mis ordre à ses affaires ? »

L'affaiblissement s'accentue le 28, bien que l'esprit soit toujours aussi présent : les médecins ont pensé que l'Empereur aurait plus d'air dans le salon que dans sa chambre et, depuis plusieurs jours déjà, tout a été disposé pour qu'il pût y être transporté. Un des lits de campagne a été placé

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