‹ Napoléon à Sainte-Hélène, 1815-1821Chapitre 9 sur 90 · ROCHEFORT. — OPINIONS CONTRADICTOIRES · texte numérisé non relu

ROCHEFORT. — OPINIONS CONTRADICTOIRES

subitement f;^iiéri : il est conduit à l'appartement d'apparat, celui qui fut décoré et meublé lors de son voyage de 1808. Un conseil des ofiiciers supérieurs et de plusieurs anciens marins est aussitôt assemblé : à l'unanimité, ils déclarent qu'il est impossible de mettre à la voile tant que les Anglais entretiendront une si nombreuse croisière à la vue de nos bâtiments. « En conséquence, écrit Beker, on a fait préparer une frégate au Verdon, dans la Gironde, et l'on arme un brick près de la Rochelle, afin de profiter de l'une de ces occasions si les croiseurs, en se fixant sur un point, découvrent l'autre, pour favoriser le départ ; mais le succès de cette manœuvre n'étant rien moins que certain, il est instant d'obtenir des passeports que les Anglais, intéressés au départ de l'Empereur, ne peuvent plus refuser. » Et il termine : « Nous espérons toujours que M. Otto obtiendra des passeports, et, en attendant qu'ils arrivent, on se met en mesure de courir les chances les plus favorables à la sûreté de l'Empereur. »

On envisage, en effet, toutes les hypothèses, sans qu'on s'arrête à aucune, sans que l'Empereur semble même avoir sur aucune une opinion : corvette partant de la rivière de Bordeaux, que commandera Baudin, déjà en réputation d'audace et de bonheur; bâtiment américain de marche rapide, qui se glissera comme neutre ; navire danois, chargé d'eau-de-vie, où l'Empereur se cachera dans une futaille ; on tergiverse, on discute, on parle-

mente; en fait, on attend la réponse à la lettre que Beker a écrite le i" à la Commission; on attend surtout les passeports anglais. Ce qu'on reçoit, c'est, le 7 au soir, cette lettre en date du 4 • u Napoléon doit s'embarquer sans délai. Le succès de notre négociation tient principalement à la certitude que les puissances alliées veulent avoir de son embarquement, et vous savez jusqu'à quel point sa sûreté et la tranquillité de l'État sont compromises par ces retards. Si Napoléon avait pris son parti de suite, nous avons sous les yeux un rapport du préfet maritime de Rochefort où il est dit que le départ n'eût pas été impossible le 29. La Commission met donc la personne de Napoléon sous votre responsabilité. Vous devez employer tous les moyens de force qui seraient nécessaires, en conservant le respect qu'on lui doit. Faites qu'il arrive sur-le-champ à Rochefort et faites-le embarquer aussitôt. Quant aux services qu'il offre, nos devoirs envers la France et nos engagements envers les puissances étrangères ne nous permettent pas de les accepter, et vous ne devez plus nous en entretenir. Enfin, la Commission voit des inconvénients à ce que Napoléon communique avec l'escadre anglaise. Elle ne peut accorder la permission qui est demandée à cet égard. »

Voici ces moyens de force : « Les ministres de « la Marine, de la Guerre et de l'Intérieur ont « reçu, chacun pour son département, ordre que « leurs agents prêtent main-forte au général Beker

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