‹ Napoléon amoureuxChapitre 3 sur 38 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Portrait de Bonaparte en 1795. — Mme de Bourrîenne. — Bonaparte à Chàtilloa chez M. de Marmont. — Poétique jeuuc fille : Victoriue de Chastenay. — Vision, souvenir et « profil perdu ».

— Conversation avec Mlle de Chastenay : sympathie secrète de Bonaparte pour elle. — Bonaparte cueillant des bleuets avec elle.

— Fin d"uue idylle. — Remarques du général sur les femmes à Paris. — .Mme Permon: Bonaparte la demande eu mariage. — MlleMontaasier. — Mme Grâce Eliiott. — Bonaparte et le 13 vendémiaire. — Il va chez Barras. — Mme ïallicn : Bonaparte devient amoureux d'elle. — .Mme Beauharnais : le général se laisse prendre à sa coquetterie et l'épouse. — Ses mécomptes amoureux. — Mme Grassini.

Le corps expéditionnaire destiné à exécuter un coup de main sur Civita-Vecchia ayant été licencié, Bonaparte, qui y commandait l'artillerie, reçut l'ordre de se rendre à l'armée de l'Ouest pour y remplir le même emploi. Très contrarié de cette destination, qui ne lui plaisait nullement, il alla à Paris pour tacher d'obtenir d'être employé à une autre armée.

Il partit de Marseille le 2 mai 1795, emmenant avec lui son frère Louis, Junot et Marmont. En route, la petite caravane devait s'arrêter quelques jours à Châtillon, chez le père de Marmont, puis repartir pour Paris.

Il faut montrer maintenant ce qu'était physiquement Napoléon. Une femme qui l'a vu à cette époque et qui, rassemblant ses souvenirs, les a jetés sur le

papier et donnés à Stendhal, a dit : « C'était bien l'être le plus maigre et le plus singulier que de ma vie j'eusse rencontré. Suivant la mode du temps, il portait des oreilles de chien immenses et qui descendaientjusque sur les épaules. Le regard singulier et souvent un peu nombre des Italiens ne va pas avec cette prodigalité de chevelure. Au lieu d'avoir l'idée d'un homme d'esprit remi)li de feu, on passe trop facilement à celle d'un homme qu'il ne ferait pas bon de rencontrer le soir auprès d'un bois.

« La mise du général Bonaparte n'était pas faite pour rassurer. La redingote qu'il portail était tellement râpée, il avait l'air si minable, que j'eus peine à croire d'abord que cet homme fût un général. Mais je crus sur-le-champ que c'était un homme d'esprit ou du moins fort singulier. Je me rappelle que son regard ressemblait à celui de J.-J. Rousseau, que je connaissais par l'excellent portrait de Latour.

(( En revoyant ce général au nom singulier pour la troisième ou quatrième fois, je lui pardonnai ses oreilles de chien exagérées ; je pensai à un provincial qui outre les modes et qui, malgré ce ridicule, peut avoir du mérite. Le jeune Bonaparte avait un ♦•'es beau regard, et qui s'animait en parlant.

« S'il n'eût pas été maigre jusqu'au point d'avoir l'air maladif et de faire de la peine, on eût remarqué des traits remplis de finesse. Sa bouche surtout avait un contour plein de grâce. Un peintre, élève de David, qui venait chez M. N***, où je voyais le général, dit que ses traits avaient une forme grecque, ce qui me donna du respect pour lui (1). »

Ce portrait a été peint, presque trait pour trait,

(1) Stendhal, Vie de Napoléon, p. 74.

THÉKÉSA CABAKRUS (1770-1830)

mari/e toute jeune au marquis Davin df Frontenuy qui émi'/ra : sauvi'-e à Bordeaux du tribunal révolutionnaire, imr le conventionnel Tallien, qui la délivra de nouveau des menaces de la guillotine, en hâtant la chute de Robespierre (9 thermidor), elle devint Mme Tallien (l'H décembre 1194) ; elle divorça en 1803, et épousa le prince de Chimatj.

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