‹ Napoléon apocryphe, 1812-1832Chapitre 28 sur 154 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Le roi Joseph adressa, le 8 août 1813, une lettre aux archevêques et évêques; il leur annonçait la venue du saint-père en Espagne, son entrée par Pampelune, et son passage par Burgos, Valladolid, Ségovie, Madrid, Tolède, Badajoz, Séville, Grenade, Valence et Tarragone, d’où il devait s'embarquer pour Civita-Vecchia et Rome.

Le séjour du pape à Madrid devait se prolonger pour une grande cérémonie que tout le monde devina être le sacre du nouveau monarque. Le roi appelait également

tout le clergé et les ordres monastiques à se trouver à la rencontre du pape, selon son itinéraire. Il annonçait aussi que le passage à Badajoz avait été décidé afin de réunir à ce moment dans cette ville le clergé de Lisbonne et du Portugal.

Cet appel à la religion des peuples de la Péninsule produisit le plus grand effet. Les espérances du clergé et - de la nation se trouvaient réalisées. Aussi les prélats, les prêtres, les couvents et les populations entières se préparèrent-ils à recevoir au milieu d’un triomphe religieux le souverain pontife.

Pie VII tenait ainsi à Napoléon la promesse qu’il avait faite à Fontainebleau, de venir par sa présence apaiser les agitations, assurer la victoire, et consacrer la monarchie nouvelle.

Le roi Joseph, accompagné du vice-roi d'Italie, alla luimême à la frontière recevoir le saint-père, qui était accompagné de l’ancien roi d’Espagne, Charles IV. Celuici n’eut qu’une entrevue fort courte avec le roi Joseph, et il partit aussitôt pour Madrid où il devait retrouver l'empereur et Ferdinand VII.

Tout avait été prévu et organisé pour que le souverain pontife fût entouré d’un cortége et d’une magnificence dignes de lui. Après une suite de voitures où se trouvaient le roi Joseph, les archevêques de Tolède, primat d’Espagne, de Säint-lago et de Sarragosse, les évêques de Léon et d'Oviédo, ces deux derniers relevant directement du saint-siége, etune foule de prélats, ‘de chefs d'ordres et d’abbés, apparaissait la voiture du saint-père ; elle était drapée de velours rouge et resplendissante d'or et de pierres précieuses. Elle était attelée de huit mules caparaçonnées de drap d’or. Un clergé innombrable et un grand déploiement de forces militaires espagnoles et françaises complétaient la majesté de cette marche triomphale.

Dans chaque ville, dans chaque village qu'il traversait, et sur les chemins même, le saint-père trouvait des populations entières, venues quelquefois de plus de cinquante lieues, et précédées de leur clergé avec les croix et les bannières flottantes.

Sa marche était sans cesse ralentie par l'enthousiasme et les prières qui s’élevaient sur ses pas. Son séjour à Burgos se prolongea pendant deux journées; à Valladolid il trouva, à son arrivée, l'archevêque de Braga et tout le clergé du nord du Portugal.

De Ségovie il se dirigea vers l’Escurial, où l'attendait Napoléon, accompagné du roi de Naples et &es rois Ferdinand VII et Charles IV. Ce fut là qu'eut lieu, le 22 août, une imposante cérémonie.

Ce jour, à dix heures du matin, au milieu de la superbe église du palais, le pape étant sur un trône devant l'autel, et en présence de Napoléon, placé dans une tribune avec le roi Joseph et les cours française et espagnole, les deux anciens rois Charles IV et Ferdinand VII, suivis de tous les infants et princes de la maison de Bourbon, vinrent successivement résigner, en invoquant le nom de Dieu, leurs droits au trône d’Espagne.

Les deux rois et les princes prétèrent le serment d’abdication, après quoi le pape dit la messe. Un procès-verbal fut dressé de cet acte solennel, et envoyé à toutes les municipalités du royaume.

Le lendemain, avec ce cortége de rois, auquel Napoléon n'avait cependant pas cru devoir se joindre, le souverain pontife fit son entrée à Madrid au milieu d’une exaltation difficile à peindre.

Tout était prêt depuis quelques jours pour le sacre du roi Josepb. Les corps constitués, les autorités civiles, les grands d'Espagne, les chefs militaires, les nobles, les municipalités et le haut clergé, avaient été convoqués. Le 25 août, au milieu du retentissement des cloches et des

canons, celte investiture religieuse du royaume d’Espagne fut donnée à Joseph en présence de l’empereur Napoléon.

Pie VII demeura à Madrid jusqu’au 30 août ; puis il continua son voyage par Tolède jusqu’à Badajoz, oùil reçut les archevêques de Lisbonne et d'Evora avec le clergé portugais. Il s'arrêta deux journées à Séville, il passa par Grenade, Alicante, Valence, Tarragone, et sachant que l'empereur avec sa cour de rois venait le rejoindre à Barcelonne, il remonta jusqu’en Catalogne.

Ce fut de Barcelonne que le pape Pie VII quitta l’Espagne. En posant le pied sur le navire qui allait le conduire en Italie, il leva les mains au ciel et bénit cette terre où il avait été presque adoré, et, dans une dernière invocation, il pria le Tout-Puissant de faire succéder enfin dans ce pays la paix et la concorde aux cinq années de guerres et de malheurs qui l'avaient désolé.

Le roiCharles IV suivit le saint-père à Rome. Napoléon se sépara le lendemain de Joseph, après avoir fixé dans un dernier conseil la durée de l’occupation de la Péninsule par l’armée française. Il partit le 14 septembre sur un navire qui le conduisit à Marseiïlle, où il débarqua avec le roi de Naples et Ferdinand VII.

L'Espagne avait été en ce court espace de temps vaincue, conquise et pacifiée, et où le fanatisme avait si longtemps enfanté la rébellion et la guerre, Napoléon avait appelé la religion pour les détruire et y assurer la paix, sa politique et sa puissance.

Page 1