‹ Napoléon apocryphe, 1812-1832Chapitre 78 sur 154 · L'ABBÉ DE LAMENNAIS · texte numérisé non relu

L'ABBÉ DE LAMENNAIS

choisi, malgré ses refus, pour leur maître, arborèrent son nom à la tête d’une doctrine philosophique qu'ils façonnérent en manière de religion. Ils firent de Saint-Simon une sorte de dieu, et se nommèrent Saint-Simoniens. Mais le conseiller d'Etat, très-offensé de cet enthousiasme, ne trouva d'autre moyen de se purger de cette apothéose qu’en intentant à ses opiniâtres disciples un procès qui occupa alors vivement les esprits et dont on se souvient encore. |

Si l'empereur, très-irrité de tous ces mécomptes dont nous avons parlé, avait fini par voir le comte de Saint- Simon avec un déplaisir toujours marqué, il n’en fut pas de même de l'abbé de Lamennais.

Ce génie puissant, dédaigneux d’un mouvement social qui lui semblait mener le monde à l'abime, d’un pouvoir impérial qui ne lui imposait pas, flamboyant de colère devant l'indifférence glacée des nations qui s’en allaient oubliant Dieu et la foi, plein de croyance, de vie et de génie devant ces peuples mourants qui descendaient au tombeau portés par la philosophie, lui! l’abbé de Lamennais, en dehors de ce mouvement, de cette puissance, de cette agonie, se constitua l’apôtre de Dieu, le Luther de la réformation catholique ; et secouant les esprits sous les fureurs de sa parole, il réveilla les hommes qui dormaient dans l'indifférence, et se levèrent stupéfaits à ce bruit.

L'empereur, dont la politique admettait le progrès religieux, et favorisait ardemment les croyances d’une religion qui mettait César à côté de Dieu, autorisa et seconda même les efforts de l’illustre père de l’Eglise.

Mais, peu de temps s'était écoulé, qu'il vit sa prévoyance dépassée par la parole débordante du prêtre. Napoléon voulait se servir de toutes les forces, mais il voulait surtout en rester le maître; il n’était pas homme à

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