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TRAVAIL DU SOIR

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dont on se souvient ; mais on peut mettre au défi d’y relever une allégation qui ne soit pas strictement exacte, qui n’ait point été démontrée telle par les aveux des principaux acteurs, par les pièces officielles, par la suite des événements. En ces cas, l’Empereur paraissait en colère, mais de fait, il était maître de lui. Il n’allait que jusqu’où il voulait aller. Très rarement, l’émotion était assez vive pour le dominer, et il ressentait en ce cas un signe particulier ; une vibration dans le mollet gauche. Mais, pour provoquer ce signe, il fallait une suite de contrariétés personnelles tout à fait particulières et ce n’est pas en de telles occasions qu’il les éprouvait.

Lorsque Napoléon avait terminé sa seconde tournée du cercle, il faisait un salut de la tête pour donner congé aux membres du Corps diplomatique, lesquels, sans sortir des Tuileries, trouvaient chez le Grand-maréchal un dîner que présidait ce grand officier et que servait la livrée de l’Empereur. Ce repas était autrement magnifique que celui de l’Empereur lui-même, et au moins les gourmands qui, lorsqu’ils étaient admis à la table du Premier Consul, se plaignaient « qu’il commençât trop tard et finît trop tôt » pouvaient prendre leurs aises. La table était mise pour vingt-cinq personnes : et le menu comprenait : quatre potages, deux plats de bœuf, quatre relevés, vingt-quatre entrées, huit rôtis, vingt entre-

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mets, quatre grosses pièces, douze hors-d’œuvre et quatre salades. Pour le dessert, quatre fromages, douze bonbons, douze petits fours, douze compotes et douze fruits. Après le café, quatrevingts glaces.

L’Empereur, de son côté, a son dîner régulier du dimanche qui est le dîner de famille. Autour de la table, mise comme d’ordinaire dans un des salons, et servie ce jour-là en vermeil, trois fauteuils pour lui, pour l’Impératrice et pour Madame Mère, et des chaises au nombre qu’il faut pour les Princes et Princesses : tous, sans exception, prennent chez l’Empereur /e de famille, c’est-à-dire le rang d’âge. En aucune circonstance, il n’a été dérogé à cette règle, et l’on voit, par suite, quelle valeur ont en histoire les légendes fort ingénieuses au théâtre sur les querelles survenues entre Princesses à propos de leur rang. En toute occasion, les Princesses prennent place après l’Impératrice, à la gauche de l’Empereur et dans cet ordre : d’abord Julie, femme de Joseph; puis Ilortense, femme de Louis, et Catherine, femme de Jérôme. Ensuite, la première des sœurs, Élisa, puis Pauline, et, la dernière, Caroline, même lorsqu’elle est grande-duchesse de Berg, même quand elle est reine de Naples. A la droite de l’Empereur, Madame Mère, puis Joseph, Louis, Jérôme, le prince de Piombino (Bacciochi), Borghèse, et en dernier, Murat. A la

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vérité, Murat réclame, mais si ses réclamations sont consignées au registre du Grand-maître des Cérémonies, c’est parce que les décisions de l’Empereur, décisions sans appel, s’y trouvent rapportées en termes inoubliables. Après la dernière des sœurs de l’Empereur, s’assoient la princesse Auguste et la princesse Stéphanie; après le dernier des beaux-frères, Eugène. La règle est immuable et Napoléon n’y a dérogé que pendant un temps très couit et uniquement en faveur de Stéphanie de Beauharnais, au moment où il lui a plu de l’adopter : Auguste n’a jamais eu d’honneurs particuliers, sans doute parce qu’elle n’est venue à Paris qu’après le divorce.

Le dîner de famille est, comme d’habitude, annoncé par le préfet du Palais. L’Empereur et l’Impératrice sont servis par les pages, les Princes et les Princesses par les maîtres d’hôtel et les valets de chambre. La seule différence entre ce dîner et celui de tous les jours, c’est que les nefs de Leurs Majestés sont posées à portée de leur place sur les tables de desserte, mais uniquement pour l’étiquette.

L’Empereur avait balancé quelque temps à rétablir le grand couvert des Bourbons, c’est-à-dire le dîner en public chaque dimanche. Il avait réfléchi qu’il y avait dans cette cérémonie quelque chose « d’idole et de féodal, de badauderie et de servilité. On pouvait bien aller voir le souverain à l'Eglise ou au spectacle, mais aller le voir man-

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ger, c’était se donner un ridicule mutuel. » « Les circonstances du temps, disait-il à Sainte-Hélène, auraient dû borner cette cérémonie au Prince impérial, et seulement au temps de sa jeunesse, car c’était l’enfant de toute la Nation. Il devait dès lors appartenir à tous les sentiments, à tous les yeux. »

Le menu, un peu plus abondant que dans la semaine, se composait de deux potages, le bouilli, un relevé, six entrées, deux rôts, quatre entremets, deux grosses pièces, quatre hors-d’œuvre et deux salades. Au dessert, deuxfromages, quatre assiettes de bonbons, quatre de petits fours, quatre de compotes et quatre de fruits. Lorsque les Bourbons revinrent, ils changèrent cela : Au dîner de famille du 6 janvier 1820, on sert : deux potages, quatre relevés, seize entrées, quatre rôts, seize entremets et quatre grosses pièces.

Il est vrai que le dîner du Roi durait quelques heures de plus que celui de l’Empereur, quoique, pour la Famille, il consentît à rester à table un peu plus de temps que les jours où il dînait seul avec l’Impératrice. Alors il dînait en dix ou douze minutes ; le dimanche, il accordait le quart d’heure, parfois même vingt minutes, et s’il se levait plus tôt, l’Impératrice faisait signe aux convives et on continuait. Pourtant, le mieux était de faire comme Eugène lorsqu’il se trouvait à Paris et d’avoir dîné auparavant.

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Après le dîner, de 1804 à 1810, l’Emperèur se tenait habituellement dans un des salons de son appartement pour causer avec sa mère, ses sœurs et l’Impératrice. Il était en effet tout à fait exceptionnel que quelque étranger, fut-il prince, fût admis à troubler cette intimité. Stéphanie et Eugène ayant été adoptés, étaient de la famille ; le Prince de Bade était allié; le Grand-duc de Wurtzbourg, plus tard, était l’oncle de Marie-Louise. Il semble que le Prince de Bavière, plus tard les rois de Saxe, de Bavière et de Wurtemberg ont pu être invités, mais encore, avec ces trois souverains, l’Empereur avait des liens de famille.

Ce fut une faveur sans exemple lorsque Bernadette et sa femme. Désirée Clary, y furent admis le 25 septembre 1810 : c’était la veille du départ de Bernadette peur la Suède et il fallut une lengue cenférence entre le Grand-maître des Cérémenies, le Grand-maréchal et le Grand-chambellan peur régler l’étiquette en cette circenstance sans précédent. Queique censidéré encerecemme maréchal d’Empire et qualifié prince de Pente- Cervo, Bernadette vint en cestume suédeis : ce ne fut qu’après dîner, dans l’appartement de l’Impératrice, qu’il fut présenté cemme Prince rayai de Suède, d’aberd à Marie-Leuise, puis à l’Empereur. Peur la Princesse de Pente-Cervo, en avait abrégé les ferrnules et elle avait été présentée après la Parade. Par cet exemple, en peut juger du beuleversement qu’une telle faveur apper-

tait dans les habitudes, car il ne fallut pas moins de deux ordres de l’Empereur et de deux projets au moins de cérémonial, rédigés avec un détail infini, pour rendre la réception possible.

Après le second mariage, ce fut fini de l’intimité à la suite du dîner de famille : il y eut régulièrement, le dimanche, cercle et spectacle dans les appartements de la nouvelle Impératrice. Suppression des parades, abondance de cercles, l’étiquette encore renforcée, et l’Empereur mis davantage hors du commun des êtres, ce sont les caractères du nouveau régime. Certains ont cru y trouver des causes de la chute de l’Empire. Cela peut être,

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