‹ Napoléon Chez LuiChapitre 14 sur 31 · LA GARDE-ROBE DE L’EMPEREUR INVENTAIRE ET DESCRIPTIONS · texte numérisé non relu

LA GARDE-ROBE DE L’EMPEREUR INVENTAIRE ET DESCRIPTIONS

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Pour établir certains points d’une façon à peu près définitive, il convient de préciser les faits par des discussions qui ne sauraient trouver place dans un récit. Diverses légendes, bâties d’après des mémoires apocryphes ou des témoignages intéressés, ont cours encore, et il importe de les mettre à néant. Si on leur permettait de s’accréditer, certains individus qui font commerce de reliques napoléoniennes y trouveraient trop facilement leur compte. De prétendus écrivains, qui ressemblent fort à ces fripiers, y ont bien trouvé le leur.

Je veux donc, dans les appendices qui seront joints à ces volumes, étudier documentairement quelques particularités qui me semblent importer à l’histoire ou tout le moins à la curiosité historique.

C’est de cette façon qu’il sera possible seulement de rechercher ce qui touche au privé de l’Empereur; je dis le privé, puisque c'est le mot dont M. le vicomte E. -M.de Vogüé s’est servi pour parler de ces études. Les fidèles de la Grande mémoire y trouveront leur compte. Pour moi, j’ai la conviction que ce privé explique bien des points de la vie publique de Napoléon : d’un homme tel que lui, il convient de connaître toutes les habitudes et les façons. Il n’en est point â mon avis d’indifférente à rapporter; il n’en est point qui ne fournisse quelque lueur sur le moral et qui ne vaille, par suite, la peine qu’on s’en enquière. C’est pourquoi je renouvelle, ici, l’appel

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que j’ai adressé à tous ceux qui peu vent me fournir quelque notion sur la vie intime de Napoléon. Déjà de précieuses communications m’ont été faites lorsque quelques-uns des articles qui composent ce volume ont paru dans la Vie Contemporaine : mais il est, je n’en saurais douter, quantité de documents que je n’ai point vus, des souvenirs inédits, des lettres, des comptes, dont on peut tirer des lumières, qui, isolés, semblent sans intérêt à leurs possesseurs, et qui serviraient infiniment à mes études. Ceux qui veulent bien s’y intéresser seront-ils assez bons pour m’indiquer les pistes qu’ils connaissent ou me faire part de leurs richesses, je voudrais l’espérer. Je ne manquerais pas alors de compléler ces notes ou de rectifier les inexactitudes où je puis être tombé.

Avant 18H, c’esl-à-dire tant que M. Rémusat, premier chambellan, remplit les fonctions de maître de la garderobe, aucun document ne permet, jusqu’ici, d’établir d’une façon complète et précise l’état, le mouvement et la dépense de la Garde-Robe. Sans doute les pièces relatives à sa gestion sont en partie restées entre ses mains et il a négligé d’en faire le dépôt aux Archives de la Couronne. On devrait retrouver les registres des effets que le Grand-maréchal, après la destitution de M. Rémusat reçut l’ordre de vérifier et de parapher, mais, si ces registres sont restés dans les archives du Grand-maréchal, celles-ci, après la mort de Duroc, ont été singulièrement dispersées et seul un hasard heureux aura pu empêcher qu’ils ne fussent détruits. On est néanmoins fondé, dès à présent, à affirmer que, en ses mémoires, M“* de Rémusat énonce une contre-vérité lorsqu’elle dit : « La dépense de Bonaparte pou*» sa toilette était portée sur le budget à 40 000 francs. Quelquefois elle allait plus haut. » Jamais la toilette n’a été portée au budget pour un chiffre supéiieur à 20 000 francs et c’e.U parce que M. Rémusat avait dépassé ce chiffre et accumulé 16 000 francs de dettes qu’il fut destitué le 19 août 18H.

Ce jour même, l’Empereur ordonne qu’il en soit dressé un inventaire complet et règle, en même temps, de quelle façon doivent être faits les renouvellements. Les réformes ne doivent avoir lieu désormais que lorsque les quantités existantes des différents objets dépassent les quantités qui doivent former le fonds, de manière que ce fonds soit toujours au complet. L’inventaire, d’après les ordres de Duroc, est divisé en quatre parties :

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1® Objets de costume, et dentelles.

2® Objets de service ordinaire et journalier.

3“ Armes.

4® Bijoux.

C’est cet inventaire du 11 août 1811, qui est la base de ce travail. 11 se trouve complété :

1® Au moyen d’un autre registre, indiquant la destinée des objets jusqu’au départ de Fontainebleau en 1814;

2® Par l’état du mobilier dressé par Marchand, à Sainte Hélène, le lendemain de la mort de l’Empereur;

3® Pour des points particuliers, tels que les bijoux et les tabatières, par l’inventaire dicté et signé par Napoléon à Longwood, le 16 avril 1821.

Dans Pélat A, joint au testament § III, l'Empereur désigne « Trois petites Caisses d’acajou contenant, la première, 33 tabatières ou bonbonnières, la deuxième, 4 2 boites aux armes Impériales, 2 petites lunettes et i boites trouvées sur la table de Louis XVIII, aux Tuileries le 20 mars 1815, la troisième, trois tabatières ornées de médailles d'argent, à l’usage de l'Empereur et divers objets de toilette, confomément aux états numérotés I, II, ni. »

Ces états, dictés le 16 avril 1821 et signés par l’Empereur, ne se trouvent point joints au lestament tel qu’il a été publié et sont demeurés inédits : ce sont eux pourtant qui contiennent les détails relativement les plus amples, et ces détails ont cette valeur particulière qu’ils émanent de l'Empereur lui-même.

De la comparaison de ces quatre inventaires, résulte l’identité des objets possédés par l’Empereur de 1811 à 1821; les notes, extraites des mémoires des fournisseurs et de divers documents particuliers, permettent d’établir l’origine de la plupart des bijoux et des effets personnels précieux. Enfin, d’après le testament, les états annexés et les listes des partages faits entre les exécuteurs testamentaires, on a indiqué quelle a été la destinée, réservée par l’Empereur, des reliques de Sainte-Hélène.

Mais celte destinée, on n’a pu la suivre au delà, quoique quatre-vingts ans au plus nous séparent de la date funèbre du Cinq mai. Même pour les reliques les plus précieuses, celles

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que l’Empereur destinait à son fils, on n’a pu, comme on l’eûl souhaité, en retrouver, avec une pleine certitude, tous les possesseurs actuels.

En 1835, la plupart des objets légués par l’Empereur à son fils et confiés par lui à ses exécuteurs testamentaires ou à diverses personnes de sa Maison, ont été fidèlement remis entre les mains du général Arrighi de Casanova, duc de Padoue, mandataire de Madame Mère et des frères et sœurs de Napoléon. Ils ont alors été partagés et se sont trouvés dispersés dans le monde entier. A la seconde génération, de nouveaux partages ont été faits. De plus, les premiers possesseurs n’ont point tous g irdé intégralement leur lot ; des objets en ont été par eux distraits, donnés ou légués. Plusieurs ont passé dans des ventes publiques. Enfin, tous les dépositaires n’ont point été fidèles ou n’ont point compris à quel point le mandat qu’ils avaient reçu était étroit. Les uns, comme le Grand-maréchal Bertrand, ont disposé des effets qui leur étaient confiés en faveur du gouvernement français ou de divers musées, d’autres, comme l’abbé Vignali ou ses hoirs ont mis les objets qu’ils détenaient au Mont-de-Piété; d’autres, comme le comte de Montholon, paraissent les avoir aliésén pour leurs besoins personnels.

Il résulte de tous ces faits que le présent travail est nécessairement incomplet; qu’on ne saurait reconnaître et établir un état définitif des reliques napoléoniennes qu’après une enquête menée simultanément à Farnborough, à Bruxelles, à Prangins, à Turin, à Rome, à Paris, à Stockholm, à Arenemberg, à Saint-Pétersbourg, dans toutes les villes d’Italie où se trouvent établis aujourd’hui les descendants de Lucien Bonaparte, du Roi Joseph et de la Reine Caroline, dans l’Europe entière et même aux États-Unis.

Les intéressés, seuls, peuvent procéder à cette enquête. La liste qu’on leur fournit ici la leur rendra sans doute plus facile. Elle aura en même temps pour conséquence de détruire un certain nombre de légendes relatives aux objets que possèdent des particuliers. Elle pourra servir enfin à l’établissement d’une liste définitive pour laquelle l’auteur de ce livre ail appel à tous les concours.

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