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maître, celui que seul il ne peui acheter, ca/ tout l’or du monde ne peut payer Monlenotte ou Hivoli.
Mais pour refaire une France, rien; rien que ces toges en lambeaux trempées de sanie et de boue qui, dans le parc où les Cinq-Cents les ont jetées en fuyant, font çà et là une tache rouge qui semble encore du sang. Avec rien, il faut rétablir une nation ; pour cela restituer la Foi qui fait les prêtres, l’Honneur qui fait les soldats, l’Honnêteté qui est le lien des êtres et des peuples civilisés. Avant tout, et pour commencer, il faut relever ce principe d’autorité contre lequel, depuis quatre-vingts ans, s’acbarnaient comme à l’envi, pour le discréditer et le détruire, les rois, les reines, les ministres et les courtisans avant même qu’il fût tombé à être la proie des imbéciles, des ratés et des fous.
Mais, à ce principe d’autorité, comment rendre l’intensité qu’il avait naturellement sous les Rois? Sans doute le général d’Italie et d’Égypte apporte son prestige personnel à la magistrature dont il est revêtu; sans doute, il lui donne comme base le consentement unanime d’une nation, assoiffée de la sécurité pour le présent et pour quelque avenir; sans doute, sa personne est adorée dans l’armée et dans une partie du peuple; mais, comme tout cela est peu de chose - en comparaison de cette somme de puissance que
les derniers rois Bourbons possédaient virtuellement sans se donner nulle peine, par le fait seul qu’ils étaient nés, et qui a permis que, malgré leurs maîtresses et leurs femmes, ils régnassent soixante ans.
11 manque au principe d’autorité, tel que Bonaparte le représente, une institution divine; il y manque cette escorte de noblesse dont la fidélité ne peut être corrompue ; il y manque cet éloignement grandiose, ce recul dans les temps et dans l’espace qui, du souverain devenu comme un être d’imagination et de rêve, faisait le maître nécessaire, indiscuté, irresponsable, presque impersonnel, de son peuple.
Ce n’est que par degrés que Napoléon perçoit CCS distances, et ce n’est qu’à proportion que son pouvoir s’accroît. Au début, magistrat populaire, partageant, au mc'\ s nominalement, l’exercice de la souveraineté, il n’est, aux termes mêmes de la Constitution, qu’un membre du gouvernement, nommé pour dix années, indéfiniment rééligible,
11 est vrai, mais soumis comme ses collègues à cette obligation de la réélection qui est le caractère propre de la forme républicaine. Sa dictature d’espèce nouvelle, ne saurait avoir rien de commun avec la royauté : c’est de la souveraineté natioqale qu’elle procède en droit, et, en fait, c’est l’armée, c’est-à-dire la force, qui l’a établie; c’est par le consentement du peuple et par la force qu’elle se maintient.
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Même, lorsque, deux années apres Brumaire, Bonaparte s’est libéré de l’éventualité de la réélection; que, parle Consulat à vie, il a obtenu toutes les prérogatives du souverain, sauf l’hérédité, il n’est encore qu’un magistrat. La base de son pouvoir est toujours identique; sa qualité n’est point indélébile, son autorité est dépendante. Même lorsque le dernier degré est franchi, que, comme les anciens rois, il est monté au trône et qu’il a ceint sa tête de la couronne, c’est encore à une puissance extérieure à la sienne et supérieure qu’il doit se référer et si, dans la formule exécutoire de ses décrets, il rejette les mots exprès de volonté du peuple, il est contraint de reconnaître qu’il est Empereur par les Constitutions de la République, ce qui implique la reconnaissance à tous les degrés de la souveraineté nationale. Qui a un souverain au-dessus de soi, fût-ce le peuple, n’est point souverain. L’autorité dont l’Empereur est investi, est donc loin encore de celle des rois. Qu’elle soit despotique, qu’elle rejette tout contrôle, qu’elle s’exerce avec les formes les plus rigoureuses, elle n’aura jamais celte énergie potentielle qu’avait l’autorité royale; elle ne peut plus l’avoir; les Bourbons même, s’ils revenaient, ne sauraient la retrouver. La Bévolulion a brisé le charme; elle a interrompu la prescription, elle a démontré que les rois pouvaient être renversés; elle a laissé derrière elle une trace indéfinie de scepticisme; elle a aboli la
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vénération et, par ces serments répétés qu’elle a exigés pour tant de constitutions diverses, elle a détruit le sentiment, la notion même de la fidélité. Désormais, la trahison n’est- plus trahison dès qu’il s’agit de politique et, pour violer la foi qu’il a promise, tout homme trouve en sa conscience des arguments qui le délient, lui permettent de garder sa place et de servir l’un après l’autre, avec un zèle égal, tous les régimes qui se succèdent. Louis XVIII aura beau, à son retour, dater ses premiers actes royaux de la dix-huitième année de son règne et, de cette façon qui seule est logique, établir la légitimité de son pouvoir ; il aura beau se placer au-dessus des faits pour n’affirmer que le droit; ce droit, il aura beau proclamer que seul il le représente et l’incarne, on n’y croit plus. Lui-même peut-il y croire encore?
Si l’autorité souveraine ne peut recouvrer intégralement le prestige qui s’attachait naturellement à elle avant la Révolution, du moins, en devenant empereur, Napoléon prétend-il lui restituer dans la mesure où il peut l’accommoder à l’esprit de son temps, les deux éléments qu’il juge essentiels, non seulement parce qu’ils ont fait subsister la monarchie Bourbonienne, mais parce qu’ils sont obligatoirement la base et la sauvegarde de toute monarchie héréditaire.
11 faut à son trône une origine surnaturelle et
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un entourage d’hommes qui, devant exclusivement au nouveau régime la satisfaction de leurs ambitions et de leurs appétits, se dévouent entièrement à lui; il lui faut enfin une décoration qui, aux yeux du peuple, le place au même rang que le trône renversé des anciens rois nationaux, que les trônes subsistants des rois voisins. Et alors, de singulières difficultés : Napoléon ne veut calquer aucun modèle étranger. 11 ne doit chercher ses exemples que dans l’histoire nationale. Or, les derniers rois ne peuvent lui en fournir, car ils résumaient tout l’elfort accompli par leurs ancêtres: en eux, la dynastie qu’ils incarnaient avait fourni sa forme définitive : ils étaient la résultante des siècles. Napoléon, lui, fonde sa dynastie. Ce n’est donc qu’aux fondateurs de dynasties qu’il peut emprunter quelques errements.
Il en est deux : l’un n’a été qu'un grand seigneur élu par des seigneurs ses égaux; son pouvoir était limité par l’oligarchie dont il était l’émanation et dont il avait mandat de sauvegarder les privilèges. Aucune ressemblance entre la position de Napoléon et celle de Hugues Capet et ce n'est point du duc de France devenu roi de de France qu’un empereur peut s’inspirer.
L’autre a tenu des services de son père une recommandation, non une hérédité. Il n’a pas été désigné par quelques-uns; il a été l’élu de
la nation entière, de la nation armée, la seule qui comptât : par là, il a été César. Pourtant il n’a regardé son règne comme assuré, sa dynastie comme fondée, que lorsque le Pape, interprète de Dieu et arbitre de l’autorité spirituelle, a eu versé sur sa tète l’huile sainte et posé sur son front la couronne. Ce sacre, il pouvait le demander aux évêques de son empire, mais c’est du chef de la religion qu’il a voulu le recevoir, de celui qui lie et qui délie et duquel, pour tout chrétien, émane toute vérité.
L’exemple est là. La similitude des situations est frappante et s’impose à la pensée. Si Napoléon ne s’est point recommandé de son père, il s’est recommandé de ses victoires. 11 a été l’élu de tous, du peuple et de l’armée, et il est César; mais, comme Charlemagne, il ne tient point que l’élection nationale supplée à l’origine surnaturelle. Par les deux Concordats, il a rétabli la religion catholique en France et en Italie : en le faisant, il a cru céder aux vœux des deux nations; à bon droit il les suppose catholiques. Comme -Charlemagne, c’est donc du Pape et du Pape seul, qu’il peut réclamer Finvesliture. Ainsi donnerat-il à son autorité l’origine divine qui lui manque et, remontant le cours des âges, unira-t-il la quatrième dynastie à la seconde.
C’est pour cela que Napoléon invoque sans cesse le souvenir de Charlemagne, qu’il lui dédie le monument gigantesque projeté sur la place Vendôme,
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qu’il lui érige une statue à Aix-la-Chapelle, que, en toute occasion, il affirme et témoigne son admiration pour le grand homme dont il a voulu, dès qu’il a été empereur, vénérer les reliques à Aixla-Chapelle. Peut-être quelque tradition des Cadolingiens, ses ancêtres, excite encore la grande passion qu’il porte à « son auguste prédécesseur » ; peut-être, quelque souvenir des Empereurs de Byzance, dont une légende le fait descendre; mais il suffit qu’il ouvre l’histoire pour établir entre la destinée de Charlemagne et sa destinée à lui -même de si étranges rapprochements qu’ils l’engagent et comme l’obligent à ne point chercher d’autre modèle.
Lui aussi occupe la place des rois légitimes et prétend substituer sa dynastie à la leur ; lui aussi, les yeux fixés sur l’Italie qu’il a deux fois conquise, tient son empire incomplet s’il ne règne, en même temps que sur les Français, sur les peuples de la Péninsule; lui aussi a vu tous les Allemands de l’Est soulevés contre le principe qu’il représente et ses lieutenants sont ailés, aux lieux où combattit Charlemagne, abattre leur révolte.
Lorsque Napoléon dit : « Je suis Charlemagne parce que, comme Charlemagne, je réunis ma couronne de France à celle des Lombards et que mon empire touche à l’Orient », c’est là le cri de son cœur. Aussi c’est sur le costume impérial de Charlemagne qu’il copie son costume du Sacre ;
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c'est le blason attribué à Charlemagne, un aigle d'or sur ehamp d’azur, qu’il prend pour ses armoiries; ce sont les insignes impériaux de Charlemagne ; la couronne, le sceptre, l’épée de Charlemagne que devant lui, le jour du Couronne ment, portent Kellermann, Pérignon et Lefehvre.
Si ce n’est point à Charlemagne lui -même, c’est au Saint-Empire-Romain de Charlemagne qu’il emprunte la plupart des titres dont il pare les grands dignitaires de son empire. Cambacérès est archichancelier d’empire parce qu’il y avait dans le collège des Électeurs un archichancelier d’empire qui était l’archevêque de Mayence. Lehrun est architrésorier comme était le comte palatin du Rhin. Louis est connétable, non parce qu’un connétable a, jusqu’à Louis XIII, commandé les armées du roi de France, mais parce qu’un connétable était un des palatins de Charlemagne. Si le nom de grand-amiral est sans précédent dans l’Empire germanique (car en France même il ne date que de Louis XIV et rappelle seulement le comte de Toulouse et le duc de Penthièvre), c’est bien aux traditions allemandes qu’a été empruntée la dignité de grand-électeur, et c’est encore du Saint-Empire que viennent ces vicaires nommés pour suppléer les grands dignitaires : 11 y a un vicc-grand-électeur et un viceconnétable dans l’Empire napoléonien parce que, dans le Saint- Empire, il y a eu un vice-grandmaître du Palais, un vice-grand-maréchal, un
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vice-grand-chambellan et un vice-grand-trésorier.
Autant qu’il est possible, pour les grandes dignités de l'Empire, Napoléon a donc calqué sinon Charlemagne directement, au moins les successeurs de Charlemagne. De même fera-t-il lorsque, pour former autour de la quatrième dynastie un bataillon sacré pareil à celui que trouvaient en leur noblesse les rois Bourbons, il instituera la Légion d’honneur et la noblesse d 'Empire. Pour celle-ci l’assimilation est singulière : Comme Charlemagne, Napoléon a ses ducs et ses comtes; il songe à créer des margraves. S’il admet des barons et des chevaliers, c’est que les deux titres sont en usage dans le Saint-Empire; s’il érige des principautés (Essling, Eckmühl,Wagram),ce n’est qu’à Vienne, en 1809, à l’exemple des Empereurs d'Allemagne. Enfin lorsque, au fils qu’il espère, il attribue, même avant qu’il soit remarié à Marie- Louise (Sénatus-Consulte du 17 Février 1810), le titre et les honneurs de Roi de Rome, quelle preuve plus convaincante que la pensée de Charlemagne et du Saint-Empire le hante sans relâche? N’est-ce pas en Allemagne qu’il a trouvé le titre de Roi des Romains donné au fils de l’empereur, à l’empereur non couronné et, dans l’exposé des motifs de ce Sénatus-Consulte de 1810, ne fait-il pas dire à ses orateurs : « Napoléon s’abstint, aux premiers jours de sa gloire,
il'enlrer à Rome en vainqueur. Il se réserve d’y paraître en père. Il veut y faire^ une seconde fois^ placer sur sa tête la couronne de Charlemagne ».
Si complète que Napoléon rêve l’identité de son empire avec celui de Charlemagne, il est quantité de points où il est contraint de s’écarter du modèle qu’il a choisi, car, pour satisfaire le plus grand nombre possible de ses compagnons d’armes, il doit multiplier les charges et, audessous dts grands -dignitaires, — Carolingiens ceux-ci — établir d’autres grands-officiers, dont les titres, la plupart sans fonctions, ne peuvent viser que des institutions qui existaient récemment encore, ou qui peuvent être créées à nouveau sans ridicule.
Les douze maréchaux d’Empire [douze dès que Murat et Berthier sont promus grands-dignitaires) ont encore, par leur nombre, un air de ressemblance avec les douze pairs de Charlemagne, mais les cinq colonels-généraux de la cavalerie, les inspecteurs- généraux de l’artillerie et du génie et les quatre inspecteurs des côtes ne sauraient trouver de correspondants avant les Valois et les Bourbons.
Cela sera de pure décoration et ces grandsofficiers de l’Empire n’auront, pas plus que les grands-dignitaires, de fonctions quotidiennes à exercer auprès de l'Empereur. Leurs charges motiveront de gros traitements, de splendides uni-