CAMPAGNE DE MARENGO
Consul marchait avec l 'avant-garde, de sorte qu'une des premières personnes qui s'oflfrit aux regards des Milanais que l'enthousiasme et la curiosité faisaient arriver par tous les chemins détournés au-devant de l'armée française fut le général Bonaparte. Le peuple de Milan ne voulait pas le croire ; on avait dit qu'il était mort dans la mer Rouge et que c'était un de ses frères qui commandait l'armée française.
Du 2 au 8 juin, c'est-à-dire pendant six jours, le Premier Consul fut occupé à recevoir les députations et à se montrer aux peuples accourus de tous les points de la Lombardie pour voir leur libérateur; mais un grand nombre des plus chauds patriotes italiens gémissaient dans les cachots de l'Autriche.
Le Premier Consul adressa à l'armée la proclamation suivante (6 juin) :
« Soldats,
« Un de nos départements était au pouvoir de l'ennemi ; la consternation était dans tout le midi de la France (1).
« La plus grande partie du territoire du peuple ligurien, le plus fidèle ami de la République, était envahie. La république cisalpine, anéantie dès la campagne passée, était devenue le jouet du grotesque régime féodal.
« Soldats, vous marchez... et déjà le territoire français est délivré. La joie et l'espérance succèdent, dans notre patrie, à la consternation et à la crainte.
« Vous rendrez la liberté et l'indépendance au peuple de Gênes ; il sera pour toujours délivré de ses éternels ennemis. Vous êtes dans la capitale de la Cisalpine. L'ennemi, épouvanté, n'aspire plus qu'à regagner les frontières. Vous lui avez enlevé ses hôpitaux, ses magasins, ses parcs de réserve. Le premier acte de la campagne est terminé.
« Des millions d'hommes, vous l'entendez tous les jours, vous adressent des actes de reconnaissance.
« Mais aura-t-on impunément violé le sol français? Laisserez-vous retourner dans ses foyers l'armée qui a porté l'alarme dans vos familles? Vous courez aux armes!... Eh bien, marchez à sa rencontre, opposez-vous à sa retraite, arrachez-lui les lau-
(i) Après nos défaites d'Italie, en 1799, l'armée française avait été rejetée sur le Var.
riers dont elle s'est parée, et par là apprenez au monde que la malédiction du destin est sur les insensés qui osent insulter le territoire du grand peuple !
« Le résultat de tous nos efforts sera : gloire sans nuage et paix solide.
« Le Premier Consul, Bonaparte. »