VI. Retour à Paris
Le Premier Consul partit le 17 juin de Marengo, et se rendit à Milan où il arriva de nuit ; il trouva la ville illuminée et dans la plus vive allégresse. Il déclara le rétablissement de la république cisalpine ; mais, la constitution qui l'avait gérée étant susceptible de modification, il établit un gouvernement provisoire qui laissait plus de facilités pour terminer, à la paix, l'organisation complète et définitive de cette république.
La république ligurienne fut aussi réorganisée et réacquit son indépendance.
Les affaires de la République française nécessitaient la présence du Premier Consul à Paris. Il partit le 5 messidor (24 juin), passa à Turin et ne s'y arrêta que deux heures pour en visiter la citadelle. Il traversa le mont Cenis et arriva à Lyon où il s'arrêta pour donner une consolation à cette ville et pour poser la première pierre de la reconstruction de la place Bellecour. Cette cérémonie fut fort belle par le concours et l'enthousiasme d'un peuple immense.
Il arriva à Paris le 13 messidor (2 juillet), au milfeu de la nuit, et sans être attendu. Mais aussitôt que, le lendemain, la nouvelle en fut répandue d'ns les quartiers de cette vaste
capitale, toute la ville et les faubourgs accoururent dans les cours et les jardins du palais des Tuileries. Les ouvriers quittaient leurs ateliers simultanément ; toute la population se pressait sous les fenêtres dans l'espoir de voir celui à qui la France devait tant. Dans le jardin, les cours et sur les quais, partout les acclamations de la joie se faisaient entendre. Le soir, riche ou pauvre, chacun à l'envi illumina sa maison. Ce fut un beau jour.
Les opérations de Moreau, dans la vallée du Danube, pour être plus longues, ne furent pas moins heureuses. Mais Napoléon en est beaucoup moins satisfait que des siennes. Il se complaît moins à les raconter qu'à y relever ce qu'il appelle les fautes de Moreau en matière de tactique, et il attribue ses victoires plutôt à la chance qu'au talent. Lisons ce récit ou, pour mieux dire, cette critique des victoires d'un rival.
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Le Premier Consul ordonna au général Moreau de prendre l'ofifensive et d'entrer en Allemagne, afin d'arrêter le mouvement de l'armée autrichienne d'Italie, qui était déjà arrivée sur Gênes. Toute l'armée du Rhin devait se réunir en Suisse et passer le Rhin à la hauteur de Schaffouse ; le mouvement de la gauche de l'année sur sa droite devant se faire derrière le rideau du Rhin ; et d'ailleurs, étant préparé beaucoup à l'avance, l'ennemi n'en aurait aucune connaissance. En jetant quatre ponts à la fois à la hauteur de Schaffhouse, toute l'armée française passerait en vingt-quatre heures, arriverait sur Stockach et culbuterait la gauche de l'ennemi, prendrait par derrière tous les Autrichiens placés entre la rive droite du Rhin et les défilés de la Forêt- Noire. En six ou sept jours après l'ouverture de la campagne, l'armée serait dans Ulm ; ce qui pourrait s'échapper de l'armée autrichienne se rejetterait en Bohême. Ainsi le premier mouvement de la campagne aurait eu pour résultat de séparer l'armée autrichienne d'Ulm, Fhilipsbourg et Ingolstadt, et de mettre en notre pouvoir le Wurtemberg, toute la Souabe et la Bavière. Ce plan d'opérations devait donner lieu à des événements plus ou moins décisifs, selon les chances de la fortune, l'audace et la rapidité des mouvements du général français.
Le général Moreau était incapable d'exécuter et même de comprendre un pareil mouvement. 11 envoya le général Dessolle à Paris présenter un autre projet au ministre de la guerre. Suivant la routine des campagnes de 1 796 et de 1 797, il proposait de passer le Rhin àMayence, Strasbourg et Bâle. Le Premier Consul, fortement contrarié, pensa un moment à aller lui-même se mettre à la tête de cette armée ; il calculait qu'il serait sous