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HOHENLINDEN

les murs de Vienne avant que l'armée autrichienne d'Italie fiât devant Nice. Mais l'agitation intérieure de la République s'opposa à ce qu'il quittât sa capitale et s'en éloignât pour autant de temps. Le projet de Moreau fut modifié, et le général fut autorisé à exécuter un projet mitoyen, qui consistait à faire passer le fleuve par sa gauche à Brisach, par son centre à Bâle, par sa droite au-dessus de Schaiïouse. Il lui était surtout prescrit de n'avoir qu'une seule ligne d'opération ; encore, dans l'exécution, ce dernier lui parut-il trop hardi et il y fit des changements.

l'Puis, Napoléon blâme la lenteur de ses mouvements.]

Ainsi, il y avait un mois que le combat de Biberach avait eu lieu, et l'armée était toujours dans la même position ; elle avait perdu ce temps en marches et contre-marches qui l'avaient compromise et avaient donné lieu à des combats où les troupes françaises, en nombre inférieur, avaient perdu beaucoup de monde. L'arriére-garde de Lecourbe avait perdu deux mille hommes en évacuant Augsbourg, au combat de Schwabmiinchen. Cette hésitation avait indisposé quelques généraux de l'armée. Moreau avait renvoyé Saint-Cyr, qu'il avait remplacé par le général Grenier ; il reprochait à ce général les lenteurs de sa marche à Engen, et surtout à Masskirch, et d'être mauvais camarade, de laisser écraser les divisions voisines lorsqu'il pouvait les soutenir. De son côté, Saint-Cyr critiquait amèrement la conduite de son général en chef, et manifestait hautement la désapprobation des manœuvres qui avaient été faites depuis l'ouverture de la campagne. On voit dans les dépêches de Lecourbe plusieurs lettres d'énergie et de plaintes sur ses lenteurs, ses incertitudes, ses hésitations, ses ordres et contreordres. Cela décida enfin le général en chef â se porter sur la rive gauche du Danube, en passant la rivière, du 10 au 20 juin, après être arrivé sur le fleuve à la hauteur d'Ulm...

Moreau a trois fois, en quarante jours, réitéré les mêmes démonstrations, mais toutes les trois fois sans leur donner un caractère de vérité ; il n'a réussi qu'à enhardir son ennemi et lui a offert des occasions de battre des. divisions isolées. En effet, l'armée française avait, dans ses manœuvres, la gauche sur Ulm et la droite à vingt lieues, menaçant la Bavière. C'était défier l'armée ennemie et la fortune. Pendant cette campagne, l'armée française, qui était plus nombreuse, a toujours été

inférieure en nombre sur le champ de bataille. C'est ce qui arrive aux généraux qui sont irrésolus et agissent sans principes et sans plans. Les tâtonnements, le me^^o termine, perdent tout à la guerre.

Enfin, la célèbre bataille d'Hohenlinden (3 décembre 1800) lui paraît avoir été livrée au hasard, et bien en prit à Moreau d'avoir ce jour-là, devant lui, au lieu du feldmaréchal Kray, son habile adversaire de la campagne précédente, l'archiduc Jean, jeune et sans expérience.

Le \^^ décembre, à la pointe du jour, l'archiduc déploya devant les hauteurs d'Ampfing soixante mille hommes, et attaqua de front !e général Grenier qui n'avait que vingt-cinq mille hommes... Le général Ney, d'abord forcé de céder au nombre, se reforma, remarcha en avant et enfonça huit bataillons. Mais l'ennemi, continuant à déployer ses grandes forces et débouchant par la vallée de l'Isen, le lieutenant général Grenier fut contraint à la retraite. La division Grandjean, de la réserve, s'avança pour le soutenir. Grenier prit position à la nuit sur les hauteurs de Haag. L'alarme fut grande dans l'armée française. Le général en chef fut déconcerté ; ii était pris en flagrand délit ; l'ennemi attaquait avec une forte masse ses divisions séparées et éparpillées.

Cette manœuvre de l'armée autrichienne était fort belle, et ce premier succès lui en promettait de bien importants. Mais l'archiduc ne sut pas tirer parti des circonstances ; il n'attaqua pas avec vigueur le corps de Grenier qui ne perdit que quelques centaines de prisonniers et deux pièces de canon. Le lendemain, 2 décembre, il ne fit que de petits mouvements, ne dépassa pas Haag et donna le temps à l'armée française de se rallier et de revenir de son étonnement. Il paya cher cette faute qui fut la première cause de la catastrophe du lendemain.

Moreau ayant eu la journée du 2 pour se reconnaître, espéra avoir le temps de réunir son armée. 11 envoya l'ordre à Sainte- Suzanne, qu'il avait mal à propos laissé sur le Danube, de se porter avec ses trois divisions sur Freising : elles ne pouvaient y être arrivées que le 5 ; à Lecourbe, de marcher toute la journée du 3, pour s'approcher sur la droite et prendre, à Ebersberg. les positions qu'occupait Richepance ; il ne pouvait y arriver que dans la journée du 4 ; à Richepance et à Decaen, de se por-

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ter au débouché de la forêt de Hohenlinden, au village de Mattenbett ; ils devaient opérer ce mouvement dans la nuit pour y prévenir l'ennemi. Le premier n'avait que deux lieues à faire, le deuxième que quatre. Par ces dispositions, le général Moreau devait avoir, le 4, huit divisions en ligne ; le 5, il en aurait eu dix. Mais l'archiduc Jean, qui avait déjà commis cette grande faute de perdre la journée du 2, ne commit pas celle de perdre la journée du 3. A la pointe du jour, il se mit en mouvement, et les dispositions du général français pour réunir son aimée devinrent inutiles. Ni le corps de Lecourbe, ni celui de Sainte-Suzanne ne purent assister à la bataille ; la division Richepance et celle de Decaen combattirent désunies ; elles arrivèrent trop tard, le 3, pour défendre l'entrée de la forêt de Hohenlinden.

L'armée autrichienne marcha au combat sur trois colonnes. Les chemins étaient défoncés, comme ils le sont au mois de décembre. Les colonnes de droite et de gauche cheminaient par des routes de traverse impraticables ; la neige tombait à gros flocons. La colonne du centre, suivie par les parcs et les bagages, marchait sur la chaussée ; elle devança bientôt les deux autres ; sa tête pénétra sans obstacle dans la forêt. Richepance, qui la devait défendre à Mattenbett, n'était pas arrivé ; mais elle fut arrêtée au village de Hohenlinden où s'appuyait la gauche de Ney et où était la division Grouchy. La ligne française, qui se croyait couverte, fut d'abord surprise ; plusieurs bataillons furent rompus ; il y eut du désordre. Ney accourut ; le terrible pas de charge porta la mort et l'efïroi dans une tête de colonne de grenadiers autrichiens ; le général Spannocchi fut fait prisonnier.

Cependant les divisions Richepance et Decaen, qui auraient dû arriver avant le jour au débouché de la forêt, au village de Mattenbett, engagées, au milieu de la nuit, dans des chemins horribles, errèrent sur la lisière de la forêt une partie de la nuit. Richepance, qui marchait en tête, n'arriva qu'à sept heures du matin à Saint-Christophe, encore à deux lieues de Mattenbett. Convaincu de l'importance du mouvement qu'il opérait, il activa sa marche avec sa première brigade, laissant fort en arrière la deuxième. Lorsque la colonne autrichienne de gauche atteignit le village de Saint-Christophe, elle le coupa de cette deuxième brigade que conmiandait le général Drouet.

La position de Richepance devenait affreuse ; il était à mi-

chemin de Saint-Christophe à Mattenbett ; il se décida à continuer son chemin, afin d'occuper le débouché de la forêt, si l'ennemi n'y était pas encore ou de retarder sa marche, et de concourir à l'attaque générale en se jetant sur son flanc, si déjà, comme tout semblait l'annoncer, l'archiduc avait pénétré dans la forêt. Arrivé au village de Mattenbett avec la 8«, la 48^ de ligne et le i^^^ de chasseurs, il se trouva sur les derrières des parcs et de toute l'artillerie ennemie qui avait défilé. 11 traversa le village et se mit en bataille sur les hauteurs. Huit escadrons de cavalerie ennemie qui formaient l'arrière-garde se déployèrent ; la canonnade s'engagea; le l^'' de chasseurs chargea et lut ramené. La situation du général était toujours très critique : il ne tarda pas à être instruit qu'il ne devait pas compter sur Drouet, qui était arrêté par des forces considérables et n'avait aucune nouvelle de Decaen.

Dans cette horrible position il prit conseil de son désespoir. Il laissa le général Walther avec la cavalerie pour contenir les cuirassiers ennemis et, à la tête des 48^ et 8^ de ligne, il entra dans la forêt de HohenHnden. Trois bataillons de grenadiers hongrois, qui composaient l'escorte des parcs, se formèrent; ils s'avancèrent à la baïonnette contre Richepance qu'ils prenaient pour un partisan. La 48<^ les culbuta. Ce petit combat décida de toute la journée. Le désordre et l'alarme se mirent dans le convoi ; les charretiers coupèrent leurs traits et se sauvèrent, abandonnant quatre-vingt-sept pièces de canon et trois cents voitures. Le désordre de la queue se communiqua à la tête. Ces colonnes, profondément entrées dans les défilés, se désorganisèrent ; elles étaient frappées des désastres de la campagne d'été, et d'ailleurs composées d'un grand nombre de recrues. Ney et Richepance se réunirent. L'archiduc Jean fit sa retraite en désordre et en toute hâte sur Haag avec les débris de son corps.

Dans cette journée, qui décida du sort de la campagne, six divisions françaises, la moitié de l'armée, combattirent seules contre presque toute l'armée autrichienne. Les forces se trouvèrent à peu près égales sur le champ de bataille, soixante-dix mille hommes de chaque côté ; mais il était impossible à l'archiduc Jean d'avoir plus de troupes réunies, et Moreau pouvait en avoir le double. La perte de l'armée française fut de dix mille hommes, tués, blessés ou prisonniers ; celle de l'ennemi fut de vingt-cinq mille hommes, sans compter les déserteurs : sept mille prisonniers, parmi lesquels deux généraux, cent pièces

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