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PROCLAMATIONS ET RÉCITS MILITAIRES: DE TILSITT A FONTAINEBLEAU

/. L'Espagne. — //. Wagram. — ///. La campagne de I8l2 IV. La campagne de France. — V. L'abdication.

La grande armée ne resta pas longtemps inactive après Tilsitt. Napoléon, qui avait placé son frère Joseph sur le trône d'Espagne, trouva dans la Péninsule une résistance inattendue. 11 dirigea sur les Pyrénées une partie de ses troupes. Il leur disait, le 11 septembre 1808.

/4 Varmée d'Espagne. (Proclamation.)

Soldats, après avoir triomphé sur les bords du Danube et de la Vistule, vous avez traversé l'Allemagne à marches forcées. Je vous fais aujourd'hui traverser la France sans vous donner un moment de repos.

Soldats, j'ai besoin de vous. La présence hideuse du Léopard souille les continents d'Espagne et de Portugal. Qu'à votre aspect, il fuie épouvanté. Portons nos. aigles triomphantes jusqu'aux colonnes d'Hercule; là aussi, nous avons des injures à venger.

Soldats, vous avez surmonté la renonnnée des armées modernes. Mais avez-vous égalé la gloire des armées de Rome

iio NAPOLfiON ÉCRIVAIN. — CHAI'. V

qui, dans une même campagne, triomphaient sur le Rhin et sur l'Euphrate, en Illyrie et sur le Tage.^ Une longue paix, une prospérité durable seront le pri.K de vos travaux. Un vrai Français ne peut, ne doit prendre de repos que les mers ne soient ouvertes et affranchies. Soldats, tout ce que vous avez fait, tout ce que vous ferez encore pour le bonheur du peuple français, pour ma gloire, sera éternellement dans mon cœur.

Il partit lui-même pour l'Espagne, où il n'eut pas de peine à pousser jusqu'à Madrid. Mais il fut rappelé, comme il le dit lui-même, par la folle agression - de l'Autriche.

L'Autriche venait de former une cinquième coalition avec l'Angleterre. Elle commença les hostilités en attaquant encore une fois la Bavière.

En quelques jours Napoléon était sur le Danube, d'où il lança son appel aux troupes.

Entrée en campagne. 1809- (Proclamation.)

Donamverth, 17 avril i8oq.

Soldats, le territoire de la Confédération du Rhin a été violé. Le général autrichien veut que nous fuyions à l'aspect de ses armes et que nous lui abandonnions nos alliés.

f arrive avec la rapidité de V éclair. Soldats, j'étais entouré de vous lorsque le souverain de l'Autriche vint à mon bivouac de Moravie. Vous l'avez entendu implorer ma clémence et me jurer une amitié éternelle. Vainqueurs dans trois guerres, l'Autriche a dû tout à notre générosité. Trois fois elle a été parjure ! Nos succès passés nous sont un sûr garant de la victoire qui nous attend. Marchons donc et qu'à notre aspect l'ennemi reconnaisse son vainqueur!

\ WAGRAM iti

Quel(\ues semaines après, il entrait dans Vienne, oi^i il disait à l'armée victorieuse :

^\ \ Entréi dans Vieime. (Proclamation, 14 mai 1809.)

Soldats,

Un mois après que l'ennemi a passé l'Inn, au même jour, à la même heure, nous sommes entrés dans Vienne. Ses landwehrs, ses levées en masse, ses remparts créés par la rage impuissante des princes de la maison de Lorraine n'ont point soutenu vos regards. Les princes de cette maison ont abandonné leur capitale, non comme des soldats d'honneur qui cèdent aux circonstances et aux revers de la guerre, mais comme des parjures que poursuivent leurs propres remords. En fuyant de Vienne, leurs adieux à ses habitants ont été le meurtre et l'incendie; comme Médée, ils ont de leurs propres mains égorgé leurs enfants.

Soldats, le peuple de Vienne, selon l'expression de la députation de ses faubourgs, délaissé, abandonné, veuf, sera l'objet de vos égards. J'en prends les bons habitants sous ma spéciale protection. Quant aux hommes turbulents et méchants, j'en ferai une justice exemplaire.

Soldats, soyez bons pour les pauvres paysans et pour ce bon peuple qui a tant de droits à notre estime ; ne conservons aucun orgueil de nos succès : voyons-y une preuve de cette justice divine qui punit l'ingrat et le parjure...

Après les sanglantes journées d'Essling (2 1 -22 mai 1 809), l'armée d'Italie, conduite par le prince Eugène, fit sa jonction avec la Grande Armée. L'Empereur la salua en ces ternies.

A Vannée d'Italie. (Proclamation.)

Camp impérial d'F.bersdorf, 27 mai 1809.

Soldats de l'armée d'Italie, vous avez glorieusement atteint le but que je vous avais marqué. Le Semring a été témoin de

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votre jonction avec la Grande Armée. Soyez les bienvenus. Je suis content de vous.

Surpris par un ennemi perfide avant que vos colornes fussent réunies (1), vous avez dû rétrograder jusqu'à l'Adige. Mais lorsque vous reçûtes l'ordre de marcher en avant, vous étiez sur les champs mémorables d'Arcole, et, là, vous jurâtes sur les mânes de nos héros de triompher. Vous avez tenu parole à la bataille de la Piave, aux combats de San-Danele, de Tarvis, de Goritz. Vous avez pris d'assaut les forts de Malborghetto, de Prédil, et fait capituler la division autrichienne retranchée dans Prewald et Laybach.

Vous n'aviez pas encore franchi la Drave, et déjà vingt-cinq mille prisonniers autrichiens, soixante pièces de bataille, dix drapeaux avaient signalé votre valeur. Depuis, la Drave, la Save, la Muhr n'ont pu retarder votre marche. La colonne autrichienne de Jellachich qui, la première, entra dans Munich, qui donna le signal des massacres dans le Tyrol, environnée à Saint-Michel est tombée sous vos baïonnettes. Vous avez fait prompte justice des débris dérobés à la colère de la Grande Armée.

Soldats, cette armée autrichienne d'Italie, qui, un moment, souilla par sa présence mes provinces, qui avait la prétention de briser ma couronne de fer, dispersée, battue, anéantie, grâce à vous, sera un exemple de la vérité de cette devise : Dio me la diede, guai a chi la tocca (2) !

L'Autriche, vaincue à Wagram, signa la paix de Vienne, le 14 odobre. L'empire était à l'apogée de la gloire et l'ancien lieutenant d'artillerie épousait une princesse de la maison de Habsbolirg. Mais le déclin approchait. Il commença avec la campagne de 1812.

(ij Allusion à l'affaire de Sacile 1 16 avril 1S091 où le prince Eugène avait été tenu en échec par l'archiduc Jean.

(2) « Dieu me l'a donnée, gare à qui la touche I » C'était la devise de la couronne de fer, devenue la couronne d'Italie, et ceinte par Napoléon, à Milan, le 26 mai i8o^.

L'alliance avec la Russie, conclue à Tilsitt, n'avait pas duré longtemps. Dans l'été de 1812, une formidable armée se pressait sur les bords du Niémen, à laquelle Napoléon parlait ainsi :

Sur les bords du Niémen. (Proclamation.)

Du quartier généra! de Wilkowski, le 22 juin 18 12.

Soldats, la seconde guerre de Pologne est commencée.

La première s'est terminée à Friedland et à Tilsitt. A Tilsitt, la Russie a juré éternelle alliance à la France et guerre à l'Angleterre. Elle viole aujourd'hui ses serments. Elle ne veut donner aucune explication de son étrange conduite que les aigles françaises n'aient repassé le Rhin, laissant par là nos alliés à sa discrétion.

La Russie est entraînée par la fatalité, ses destins doivent s'accomplir. Nous croirait-elle donc dégénérés? Ne serionsnous plus les soldats d'Austerlitz? Elle nous place entre le déshonneur et la guerre : le choix ne saurait être douteux. Marchons donc en avant ! Passons le Niémen ! Portons la guerre sur son territoire. La seconde guerre de Pologne sera glorieuse aux armes françaises comme la première. Mais la paix que nous conclurons portera avec elle sa garantie et mettra un terme à la funeste influence que la Russie a exercée depuis cinquante ans sur les affaires de l'Europe.

Deux jours après, le Niémen fut traversé et l'armée poussa jusqu'à Moscou. A Moscou, que faire? Rester ou s'en aller? Rester, Napoléon prétend qu'il y songea. Il le disait plus tard à Las Cases, dans un langage où abondent les images grandioses (1).

(i) Las Cases, Mémorial, t. VI.

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Quand il décida de s'en aller, il était déjà ;rop tard (18 octobre).

On sait les péripéties de la retraite. l,a France n'en connut les fatitriies et le désastre qu'avec le fameux Bulletin qui se flattait de la consoler en lui disant que < la santé de l'Empereur n'avait jamais été meilleure ».

La retraite. {2<^ Bulletin.)

De Molodechno, le 3 décembre 181 2.

Jusqu'au 6 novembre, le temps a été parfait et le mouvement de l'armée s'est exécuté avec le plus grand succès.

Le froid a commencé le 7 et, dés ce moment, chaque nuit, nous avons perdu plusieurs centaines de chevaux qui mouraient au bivouac. Arrivés à Smoiensk, nous avions déjà perdu bien des chevaux de cavalerie et d'artillerie.

Le froid qui avait commencé le 7 s'accrut brusquement, et du 14 au 15 et au 16 le thermomètre marqua 18 degrés audessous de zéro. Les chemins furent couverts de verglas ; les chevaux de cavalerie, d'artillerie, de train périssaient toute la nuit non par centaines, mais par milliers, surtout les chevaux de France et d'Allemagne. Plus de trente mille chevaux périrent en peu de jours ; notre cavalerie se trouva toute à pied ; notre artillerie et nos transports se trouvaient sans attelages. Il fallut abandonner et détruire une bonne partie de nos pièces et de nos munitions de guerre et de bouche.

Cette armée, si belle le 6, était bien différente le 14, presque sans cavalerie, sans artillerie, sans transports. Sans cavalerie, nous ne pouvions pas éclairer à un quart de lieue. Cependant, sans artillerie, nous ne pouvions risquer une bataille et attendre de pied ferme. Il fallait marcher pour ne pas être contraints à une bataille que le défaut de munitions nous empêchait de désirer. Il fallait occuper un certain espace pour ne pas être tournés, et cela sans cavalerie qui liât et éclairât les colonnes. Cette difficulté, jointe à un froid excessif subitement venu, rendit notre situation fâcheuse. Des honnnes que la nature n'a pas trempés assez fortement pour être au-dessus des chances du sort parurent ébranlés, perdirent leur gaieté, leur bonne humeur, et ne rêvèrent que malheurs et catastrophes. Cetix

qu'elle a créés supérieurs à tout conservèrent leur gaieté et leurs manières ordinaires, et virent une nouvelle gloire dans des difficultés différentes à surmonter (1).

L'ennemi, qui voyait sur les chemins les traces de cette affreuse calamité qui frappait l'armée française, chercha à en profiter. 11 enveloppait toutes les colonnes par ses cosaques qui enlevaient, comme les Arabes dans les déserts, les trains et les voitures qui s'écartaient. Cette méprisable cavalerie, qui ne fait que du bruit et n'est pas capable d'enfoncer une compagnie de voltigeurs, se rendit redoutable à la faveur des circonstances.

Cependant l'ennemi occupait tous les passages de la Bérésina. Cette rivière est large de quarante toises ; elle charrie assez de glaces, et ses bords sont couverts de marais de trois cents toises de long, ce qui la rend un obstacle ditficile à franchir. Le général ennemi avait placé ses quatre divisions dans différents débouchés où il présumait que l'armée française voudrait passer.

Le 26, à la pointe du jour, l'Empereur, après avoir trompé l'ennemi par divers mouvements faits dans la journée du 25, se porta sur le village de Studzianka, et fit aussitôt, malgré une diversion ennemie, et en sa présence, jeter deux ponts sur la rivière. Le duc de Reggio (Oudinot) passa, attaqua l'ennemi et le mena battant deux heures. L'ennemi se retira sur la tête de pont de Borizof. Toute la journée du 26 et du 27 l'armée passa (2).

Le 28, combat livré par Victor (9" corps) qui couvrait l'arrière-garde et qui était resté sur la rive gauche. Victor passa à son tour et fit sauter le pont derrière lui.

Lt Bulletin continue ainsi :

Le lendemain, 29, nous restâmes sur le champ de bataille. Nous avions à choisir entre deux routes, celle de Minsk et celle de Vilna. La route de Minsk passe au milieu d'une forêt et de marais incultes, et il eût été impossible à l'armée de s'y nourrir. La route de Vilna, au contraire, passe dans de très bons pays. L'année, sans cavalerie, faible en munitions, horriblement

(1) On reconnaît là les idées et le style de l'Empereur. Tout le Bulletin est de sa main. Il fut publié dans le Moniteur du 16 décembre.

(2) Il ne dii pas que l'un des deu.K ponts fut rompu, emporté par les énormes glaçons que cnarriait la rivière, et qu'il fallut passer sur l'autre au milieu d'un atïreux désordre.

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fatiguée de cinquante jours de marche, traînant à sa suite ses malades et les biessés de tant de combats, avait besoin d'arriver à ses magasins.

Le 30, le quartier général fut à Pletchenitsy. Le 1^ décembre, à Staïki, et le 3 à Molodechno, où l'année a reçu ses premiers convois de Vilna. Tous les officiers et soldats bkssés et tout ce qui est embarras, bagages, etc., ont été dirigés sur Vilna.

Dire que l'armée a besoin de rétablir sa discipline, de se refaire, de remonter sa cavalerie, son artillerie et son matériel, c'est le résultat de l'exposé qui vient d'être fait. Le repos est son premier besoin...

Dans tous ces mouvements, l'Empereur a toujours marché au milieu de sa Garde ; la cavalerie, commandée par le maréchal duc d'Istrie; l'infanterie, par le duc de Dantzig. Le prince de Neuchâtel, le grand maréchal, le grand écuyer, et tous les aides de camp et les officiers militaires de la maison de l'Empereur ont toujours accompagné Sa Majesté.

Notre cavalerie était tellement démontée que l'on a dû réunir les officiers auxquels il restait un cheval pour en former quatre compagnies de cent cinquante hommes chacune.

Les généraux y faisaient fonctions de capitaines et les colonels celles de sous-officiers. Cet escadron sacré commandé par le général Grouchy et sous les ordres du roi de Naples ne perdait pas l'Empereur dans tous ses mouvements.

La santé de V Empereur n'a jamais été meilleure.

Cette aventure lui laissa une profonde impression. Se la reprochait-il? Bien au contraire.

« Cette guerre eût dû être la plus populaire des temps modernes. C'était celle du bcn sens et des vrais intérêts, celle du repos et de la sécurité de tous; elle était purement pacifique (?) et conservatrice; tout à fait européenne et continentale. Du reste, on ne saura jamais bien l'histoire de cette campagne, parce que les Russes n'écrivent pas ou écrivent sans respect pour la vérité, et que les Français se sont pris d'une belle passion pour déshonorer et discréditer leur gloire. »

il se flattait d'avoir rendu service à l'Europe. Il se plaisait, en des traits d'une énergie singulière, à dénoncer le danger qui pouvait sortir un jour de la Russie. Et on a pu se demander si l'avenir ne lui donnerait pas raison.

Le danger russe.

Il peignait cette puissance, assise sous le pôle, adossée à des glaces éternelles qui la rendaient inabordable, attaquable seulement trois ou quatre mois de l'année, tandis quelle avait l'année entière contre nous; n'offrant aux assaillants que les rigueurs, les souffrances, les privations d'un sol désert, d'une nature morte ou engourdie, tandis que ses peuples ne se lançaient qu'avec attrait vers les délices de notre midi (1).

On ne peut s'empêcher de frémir, disait-il, à l'idée d'une telle masse, qu'on ne saurait attaquer ni par les côtés ni sur les derrières, qui déborde impunément sur vous, inondant tout si elle triomphe ou se retirant au milieu des glaces, au sein de la désolation et de la mort, devenues ses réserves, si elle est défaite; le tout avec la facilité de reparaître aussitôt si le cas le requiert. N'est-ce pas la tête de l'hydre, l'Antée de la fable, dont on ne saurait venir à bout qu'en le saisissant au corps et l'étouflFant dans ses bras? Mais où trouver l'Hercule? Il n'appartenait qu'à nous d'oser y prétendre, et nous l'avons tenté, gauchement, il faut en convenir.

Qu'il se trouve ajoutait-il, un empereur de Russie vaillant, impétueux, capable, en un mot un tsar qui ait de la barbe au menton (ce qu'il exprimait plus énergiquement), et VEtirope est à lui.

Il peut commencer ses opérations sur le sol allemand, à cent lieues des deux capitales, Berlin et Vienne, dont les souverains sont les seuls obstacles. Il enlève l'alliance de l'un par la force, et, avec son concours, abat l'autre d'un revers; et, dès cet instant, il est au cœur de l'Allemagne, au milieu des princes de second ordre dont la plupart sont ses parents ou attendent tout de lui. Au besoin, si le cas le requiert, il jette en passant, par-dessus les Alpes, quelques tisons enflammés sur le sol italien, tout prêt pour l'explosion, et marche triomphalement vers la France dont il se proclame de nouveau le libérateur. Assurément, moi, dans une telle situation, j'arriverais à Calais, à temps fixe, et

(i) Allusion à la campagne de Souvarof en Italie, en 1799.

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par journées d'étapes, et je m'y trouverais le maître et l'arbitre de l'Europe. {Mémorial, t. VII.)

En attendant, la Russie reflua vers le centre de l'Allemagne, entraînant la Prusse et soulevant contre Napoléon une nouvelle coalition. Napoléon y fit face avec son habituelle activité, mais son langage avait changé. Violent à l'excès, il témoignait de son ressentiment contre la Russie. Écoutons-le après la victoire de Lutzen (2 mai).

Aîi lendemain de Lutzen. (Proclamation.)

De notre camp impérial de Lutzen, le 3 mai.

Soldats, je suis content de vous. Vous avez rempli mon attente. Vous avez suppléé à tout par votre bonne volonté et votre bravoure. Vous avez, dans la célèbre journée du 2 mai, défait et mis en déroute l'armée russe et prussienne commandée par l'empereur Alexandre et le roi de Prusse. Vous avez ajouté à la gloire de mes aigles. Vous avez montré tout ce dont est capable le sang français. La bataille de Lutzen sera mise audessus des batailles d'Austerlitz, d'Iéna, de Friedland et de la Moskowa (1).

Dans la campagne passée, l'ennemi n'a trouvé de refuge contre nos armes qu'en suivant la méthode féroce des barbares ses ancêtres. Des armées de Tartares ont incendié ses cainpagnes, ses villes, la sainte Moscou elle-même. Aujourd'hui, ils arrivaient dans nos contrées précédés de tout ce que l'.'Mlemagne, la France et l'Italie ont de mauvais sujets et de déserteurs, pour y prêcher la révolte, l'anarchie, la guerre civile, le meurtre (.=■). Ils se sont faits les apôtres de tous les crimes. C'est un incendie moral qu'ils voulaient allumer entre la Vistule et le Rhin pour, selon l'usage des gouvernements despotiques, mettre des déserts entre eux et nous. Les insensés ! Ils ne connaissaient pas l'attachement à leurs souverains, la sagesse, l'esprit d'ordre et le bon sens des Allemands. Ils connaissaient peu la puissance et la bravoure des Français.

(li Excessif, mais il fallait llatter cette année de jeunes soldats qu'était celle de 1813.

Dans une seule journée vous avez déjoué ces complots parricides (?). Nous rejetterons ces Tartares dans leur affreux climat qu'ils ne doivent pas franchir. Qu'ils restent dans leurs déserts glacés, séjour d'esclavage, de barbarie et de corruption, où Vhomme est ravalé à l'égal de la brute.

Vous avez bien mérité de V Europe civilisée. Soldats, l'Italie, la France, l'Allemagne vous rendent des actions de grâces.

Ce n'est plus le ton de ses belles proclamations. Ce n'est plus que de la polémique.

Vainqueur dat.s cette campagne de printemps, il fut vaincu à Leipzig (18 octobre), abandonné de rAllemagne et rejeté sur la France, où commença l'invasion.

De la campagne de France, on ne connaît guère qu'un Napoléon : le général. Il y en a un autre : l'écrivain. Le premier, nous le connaissons par le Moniteur; le second nous a été révélé par la Correspondance. Tandis que le général renouvelle, au déclin de l'âge, et sur le sol même de la patrie, les merveilles d'audace et de rapidité de la campagne d'Italie, il y a en lui un écrivain admirable de bon sens, de calme, de haute raison, d'espérance, on oserait presque dire de jeunesse. Tout en battant Blùcher ou Schwarzenberg, il raille, presse, rassure, gronde le troupeau de trembleurs et d'incapables qu'il a laissé dans Paris, et ses lettres sont aussi belles que ses victoires.

Les Bulletins de cette campagne sont clairsemés dans le Moniteur (1). Ils sont dans la note claire,

(i ) Ils sont publiés, modestement, sous la rubrique : Nouvelles des armées, ou État des opérations à la date du.. — Ils s'arrêtèrent avec les succès, vers le 10 mars, après la bataille de Craonne (7 mars), la dernière qui soit retracée avec quelque détail.

vigoureuse, un peu sèche de ce genre de morceaux. Exemples :

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