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I.a bataille de Brienne (29 janvier 1S

A quatre heures, la petite ville de Brienne fut attaquée.

Le s:énéral Lefebvre-Desnouettes, commandant une division de cavalerie de la Garde, et les généraux Grouchy et Milhaud, exécutèrent plusieurs belles charges sur la droite de la route et s'emparèrent de la hauteur de Perthe. Le prince de la Moskowa se mit à la tête de six bataillons en colonne serrée et se porta sur la ville par le chemin de Maizières. Le général Château, chef d'état-major du duc de Bellune, à la tête de deux bataillons, tourna par la droite et s'introduisit dans le château de Brienne par le parc (1). Dans ce moment, l'Empereur dirigea une colonne sur la route de Bar-sur- Aube, qui paraissait être la retraite de l'ennemi. L'attaque fut vive et la résistance opiniâtre. L'ennemi ne s'attendait pas à une attaque aussi brusque et n'avait eu que le temps de faire revenir ses parcs du pont de Lesmont où il comptait passer l'Aube pour marcher en avant. Cette contremarche l'avait fort encombré.

La nuit ne mit pas fin au combat. La division Decouz de la jeune Garde et une brigade de la division Meusnier furent engagées. La grande quantité des forces de l'ennemi et la belle situation de Brienne lui donnaient bien des avantages. Mais la prise du château qu'il avait négligé de garder les lui fit perdre. Vers huit heures, voyant qu'il ne pouvait plus se maintenir, il mit le feu à la ville, et l'incendie se propagea avec rapidité, toutes les maisons étant de bois. Profitant de cet événement, il chercha à reprendre le château que le brave chef de bataillon Haenzers, du 56*=, défendit avec intrépidité. Il joncha de m.orts toutes les approches du château et spécialement les escaliers du côté du parc. Ce dernier échec décida la retraite de l'ennemi que favorisait l'incendie de la ville. {Mouiieur, numéro du 6 février.)

(il On remarquera querKnipercur ne s'attarde ;i .iiuun .1i'>; Mnivenirs on'il tonservait 'le l'école où il avait passé son enfance

La bataille de Montmirail (11 février).

L'Empereur arriva le il, à dix heures du matin, à une demilieue en avant de Montmirail. Le général Nansouty était en position avec la cavalerie de la Garde et contenait l'armée de Sacken qui commençait à se présenter. Instruit du désastre d'une partie de l'armée russe, ce général avait quitté La Fertésous-Jouarre, le 10, à neuf heures du soir, et marché toute la nuit. Le général York avait également quitté Château-Thierry. A onze heures du matin, le il, il commençait cà se former, et tout présageait la bataille de Montmirail dont l'issue était d'une si grande importance.

A midi, l'Empereur ordonna au général Nansouty de se porter sur la droite, coupant la route de Château-Thierry, et forma les seize bataillons de la \^^ division de la vieille Garde sous le commandement du général Priant en une seule colonne le long de la route. Pendant ce temps, nos batteries d'artillerie arrivaient successivement. A trois heures, le duc de Trévise (Mortier), avec les seize bataillons de la 2^ division de la vieille Garde déboucha sur Montmirail.

L'Empereur aurait voulu attendre ses autres divisions, mais la nuit approchait. Il donna l'ordre d'attaquer au général Priant.

Aussitôt que le général Priant eut commencé son mouvement et que l'ennemi eut dégarni son centre..., le général s'élança sur la ferme de la Haute-Épine avec quatre bataillons de la vieille Garde. Ils abordèrent l'ennemi au pas de course et firent sur lui V effet de la tète de Méduse. Le prince de la Moskowa marchait le premier et leur montrait le chemin de V honneur (1). Les tirailleurs se retirèrent épouvantés sur les masses qui furent attaquées. L'artillerie ne put plus jouer ; la fusillade devint alors effroyable et le succès était balancé. Mais au même moment, le général Guyot à la tête du l'^'' de lanciers, des vieux dragons et des vieux grenadiers de la Garde qui défilaient sur la grande route au grand trot, et aux cris de : Vive l'Empereur! passa à la droite de la Haute-Épine. Ils se jetèrent sur les derrières des masses d'infanterie, les rompirent, les mirent en désordre et tuèrent tout ce qui ne fut pas fait prisonnier.

(i) Voilà bien les expressions du style impérial.

La division des gardes d'honneur défila après la vieille Garde sur la grande route, et, arrivant à la hauteur de l'Épine-aux- Bois, fit un à-gauohe pour enlever ce qui s'était avancé sur le village de Marchais. Le général Bertrand, grand-maréchal du palais, et le maréchal duc de Dantzig, à la tête de deux bataillons de la vieille Garde, marchèrent en avant sur le village et le mirent entre deux feux. Tout ce qui s'y trouvait fut tué ou pris.

En moins d'un quart d'heure, un profond silence succéda au bruit du canon et d'une épouvantable fusillade. L'ennemi ne chercha plus son salut que dans la fuite. Généraux, officiers soldats, infanterie, cavalerie, artillerie, tout s'enfuit pêle-mêle.

A huit heures du soir, la nuit étant obscure, il fallut prendre position. L'Empereur prit son quartier général à la ferme de l'Épine-aux-Bois. {Moniteur, numéro du 16 février.)

La bataille de Montereau (18 février).

Le 18, à la pointe du jour, le général Château s'est porté sur Montereau. Le duc de Bellune devait y arriver le 17, au soir. Il s'est arrêté à Salins ; c'est une faute grave. L'occupation des ponts de Montereau aurait fait gagner à l'Empereur un jour et permis de prendre l'armée autrichienne en flagrant délit.

Le général Château arriva devant Montereau à dix heures du matin. Mais, dès neuf heures, le général Blanchi, commandant le l*^'" corps autrichien, avait pris position avec deux divisions autrichiennes et la division wurtembergeoise sur les hauteurs en avant de Montereau, couvrant les ponts et la ville. Le général Château l'attaqua, mais, n'étant pas soutenu par les autres divisions du corps d'armée, il fut repoussé (1). ^

Le général Gérard soutint le combat pendant toute la matinée. L'Empereur s'y porta au galop. A deux heures après midi, il fit attaquer le plateau. Le général Pajol, qui marchait par la route de Melun, arriva sur ces entrefaites, exécuta une belle charge, culbuta l'ennemi, et le rejeta dans la Seine et dans l'Yonne. Les braves chasseurs du 7^ débouchèrent sur les ponts que la mitraille de plus de soixante pièces de canon empêcha

(i) Il fut même blessé, comme on le verra plus loin, et succomba aux suites de ses blessures. Il était le gendre du duc de Bellune (Victor), sans la faute duquel l'armée autrichienne était détruite ou dispersée entièrement.

de faire sauter, et nous obtînmes en même temps le double résultat de pouvoir passer les ponts au pas de charge, de prendre quatre mille hommes, quatre drapeaux, six pièces de canon et de tuer cinq à six mille honmies à l'ennemi...

Une perte qui a sensiblement afifecté l'Empereur est celle du général Château. Ce jeune oftlcier, qui donnait les plus belles espérances, a été blessé mortellement sur le pont de Montereau où il était avec les tirailleurs. S'il meurt, et le rapport des chirurgiens donne peu d'espoir, il mourra du moins accompagné du regret de toute l'armée ; mort digne d'envie, et bien préférable à l'existence pour tout militaire qui ne la conserverait qu'en survivant à sa réputation et en étouffant les sentiments que doivent lui inspirer dans ces grandes circonstances la défense de la patrie et l'honneur du nom français. {Moniteur, numéro du 21 février.)

Ces morceaux du Moniteur sont bien froids auprès de la Correspondance, tour à tour vive, railleuse, pressante, énergique, où il se découvre tout entier.

Après l'échec de la Rothière (1'' février), une panique ridicule s'était emparée du gouvernement. Napoléon raille Cambacérès, juriste subtil, mais pusillanime :

 Cambacérès.

De Nogent, le 7 février.

Mon cousin, je reçois votre lettre du 6. Je vois qu'au lieu de soutenir l'Impératrice, vous la découragez. Pourquoi perdre ainsi la tête.'' Qu'est-ce que c'est que ces Miserere et ces prières de quarante heures? Est-ce qu'on devient fou à Paris.? Le ministre de la police (Savary) dit et fait des sottises au lieu de s'instruire des mouvements de l'ennemi. Je ne conçois pas qu'il n'ait pas des agents dans toutes les parties de la France, pour l'informer parfaitement par des courriers de ce qu'il est important de savoir. Parlez-lui-en. Ce serait un soin plus important.

Il rassure son frère Joseph, ' lieutenant général de l'Empire >, brave honuiie sans caractère.

124 NAPOLfiON ÉCRIVAIN. — CHAP V

A Joseph.

De Nogent, 7 février, 7 heures du soir.

... La situation des affaires n'en est pas où en est l'alarme. Je suis surpris que les ministres de la guerre et de la police n'aient pas trois fois par jour des nouvelles des routes qui les inquiètent. On perd la tête, et cela ne mène à rien de bon.

L'Impératrice avait eu l'idée de se rendre à Sainte-Geneviève. Je crains que cela ne fasse mauvais effet et n'ait pas donné d'autre résultat. Faites donc cesser ces prières de quarante heures et ces Miserere. Si l'on faisait tant de singeries, nous aurions tous peur de la mort. Il y a longtemps que l'on dit que les prêtres et les médecins nous rendent la mort douloureuse. Le moment est difficile sans doute ; mais depuis que je suis parti, je n'ai guère eu que des avantages. Le mauvais esprit des Talleyrand et des hommes qui ont voulu endormir la nation m'a empêché de la faire courir aux armes, et voici quel en est le résultat. 11 faut montrer de la confiance et prendre des mesures hardies. Etc.

Tenez gaie l'Impératrice. Elle meurt de consomption.

Ali même, le lendemain.

De Nogent, le 8 février.

... S'il arrivait bataille perdue et nouvelles de ma mort, vous en seriez instruit avant mes ministres. Faites partir l'Impératrice et le Roi de Rome pour Rambouillet. Ordonnez au Sénat, au Conseil d'État et à toutes les troupes de se réunir sur la Loire. Laissez à Paris ou le préfet, ou un commissaire impérial, ou un maire.

L'intérêt même du pays est que l'Impératrice et le Roi de Rome ne restent pas à Paris, parce que l'intérêt du pays ne peut êire séparé de leurs personnes et que, depuis que le monde est monde, je n'ai jamais vu qu'un souverain se laissât prendre dans des villes ouvertes. Ce malheureu.x roi de Saxe eut le tort

de se laisser prendre à Leipzig ; il perdit ses États et fut prisonnier.

Dans les circonstances bien difficiles de la crise des événements, on fait ce qu'on doit et on laisse aller le reste. Or, si je vis, on doit m'obéir, et je ne doute pas qu'on s'y conforme. Si je meurs, mon fils régnant et l'Impératrice régente doivent, pour l'honneur des Français, ne pas se laisser prendre et se retirer au dernier village avec leurs derniers soldats. Souvenez-vous de ce que disait la femme de Philippe V. Que dirait-on, en effet, de l'Impératrice? Qu'elle a abandonné le trône de son fils et le nôtre. Les alliés aimeraient mieux en finir en les conduisant prisonniers à Vienne. Je suis surpris que vous ne conceviez pas cela. Je vois que la peur fait tourner toutes les têtes à Paris.

Quant à mon opinion, je préférerais qu'on égorgeât mon fils plutôt que de le voir jamais élevé à Vienne comme prince autrichien; et j'ai assez bonne opinion de l'Impératrice pour être aussi persuadé qu'elle est de cet avis, autant qu'une femme et une mère peuvent l'être.

Je n'ai jamais vu représenter /^«Jrowîag'M^ que je n'aie plaint le sort d'Astyanax survivant à sa maison et que je n'aie regardé comme un bonheur pour lui de ne pas survivre à son père. Vous ne connaissez pas la nation française ; le résultat de ce qui se passerait dans ces grands événements est incalculable.

A Savary, après la bataille de Monter eau.

Du château de Surville, 19 février.

Les journaux sont rédigés sans esprit. Est-il convenable, dans le moment actuel, d'aller dire que j'avais peu de monde, que je n'ai vaincu que parce que j'ai surpris l'ennemi, et que nous étions un contre trois? Il faut, en vérité, que vous ayez perdu la tête à Paris, pour dire de pareilles choses, lorsque moi je dis partout que j'ai trois cent mille hommes, lorsque l'ennemi le croit, et qu'il faut le dire jusqu'à satiété. J'avais formé un bureau pour diriger les journaux. Ce bureau ne voit donc pas ces articles? Voilà comme, à coups de plume, vous détruisez tout le bien qui résulte de la victoire.

Vous pourriez bien, vous-même, lire ces choses-là, savoir qu'il n'est pas question d'une vaine gloriole, et qu'un des premiers principes de la guerre est d'exagérer ses forces et non de

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les diminuer. Mais comment faire comprendre cela à des poètes qui cherchent à me flatter et à flatter l'amour-propre national, au lieu de chercher à bien faire? Il me semble que ces objets ne sont pas au-dessous de vous, et que si vous vouliez y donner quelque attention, de pareils articles, qui ne sont pas seulement des bêtises, mais des bêtises funestes, ne seraient jamais imprimés. Au moins, si on ne voulait pas dire que nos forces sont immenses, fallait-il ne rien dire du tout (1).

Et il laisse la raillerie pour la haute éloquence dans ses reproches à Augercau, défenseur incapable de Lyon.

Au maréchal Augerean, duc de Castiglione.

Nogem, 2 1 février.

Mon cousin, le ministre de la guerre m'a mis sous les yeux la lettre que vous lui avez écrite le 16. Cette lettre m'a vivement peiné. Quoi 1 Six heures après avoir reçu les premières troupes venant d'Espagne vous n'étiez pas en campagne! Six heures de repos leur suffisaient. J'ai remporté le combat de Nangis avec la brigade de dragons venant d'Espagne qui de Bayonne n'avait pas encore débridé. Les six bataillons de la division de Nîmes manquent, dites-vous, d'habillement et d'équipement, et sont sans instruction. — Quelle pauvre raison me donnezvous là, Augereau ! J'ai détruit quatre-vingt mille ennemis avec des bataillons composés de conscrits qui n'avaient pas de gibernes et mal habillés. — Les gardes nationales, ditesvous, sont pitoyables. — J'en ai ici quatre mille venant d'Angers et de Bretagne en chapeaux ronds, sans gibernes, avec des sabots, mais ayant de bons fusils. J'en ai tiré un bon parti.

11 n'y a pas d'argent, dites-vous. — Et d'où espérez-vous tirer de l'argent.' Vous ne pourrez en avoir que quand nous aurons arraché nos recettes des mains de l'ennemi. — Vous manquez d'attelages. — Prenez-en partout. — Vous n'avez pas de magasins. — Ceci est par trop ridicule.

Je vous ordonne de partir douze heures après la réception de la présente lettre pour vous mettre en campagne. Si vous êtes toujours l'Augereau de Castiglione, gardez le commande-

(i) Correspondance, f XX Vil.

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