ÉCRITS ET PAPIERS DE JEUNESSE
/, Premiers écrits. — //. Li Corse. — - ///. Le concours de V Académie de Lyon. — IV. Le « Souper de Beaiicaire ». — V. Conclusion.
On connaît sa jeunesse. On ne sait pas assez de quel travail opiniâtre, de quelles lectures infatigables, de quelles recherches, poussées dans tous les sens, elle fut remplie (1).
Ses études à Brienne avaient été médiocres. L'année qu'il passa à l'Ecole militaire de Paris (1784-1785) n'avait pas fait concevoir de lui de grandes espérances. C'est dans ses loisirs de garnison à Valence, à Douai, à Auxonne, qu'il lut avec acharnement, nota avec patience, écrivit avec une ardeur dont trente-huit cahiers de notes, tout entiers de sa main, nous fournissent les preuves les plus intéressantes.
Ses débuts furent particulièrement laborieux. A Valence, il était voisin du libraire Aurel, dont la boutique lui devint
(i) Voir, sur cette période : Jung, Bonaparte et son temps, t. l", 1881. — Fr. Masson et Biaggi, Napoléon inconnu. Papiers inédits, 2 vol. in-S", 1895. — A. Cmuquet, la Jeunesse de Napoléon, t. II.
bientôt familière. I! épargnait sur sa maigre solde pour y puiser. Il s'intéressait surtout à l'histoire.
Pour l'antiquité, il lisait et relisait Rollin. Ses manuscrits sont pleins de notes sur l'Assyrie, l'Egypte, la Grèce, Sparte, Athènes, Rome et Carthage. Pour l'histoire moderne, il s'occupait de l'Angleterre, de l'Italie, des Arabes. Les Arabes semblent l'avoir attiré, et c'est le souvenir de ses lectures qui lui inspirait plus tard des réflexions si judicieuses sur le rôle de Mahomet, sur le Coran et sur l'islamisme. Les Arabes le conduisirent aux Turcs, dont il apprit les conquêtes, et dont les mémoires du baron de Tott lui apprirent le déclin au dix-huitième siècle.
11 aimait surtout l'abbé Raynal et son Histoire des deux Indes. Il admirait Montesquieu, et il adora Rousseau.
Ce qui ne l'empêchait pas de porter du goût aux œuvres purement littéraires, comme le théâtre et le roman. Du théâtre, il n'aimait que la tragédie, parce qu'elle est une action. On sait son culte pour Corneille, dont il ne parlait qu'avec ferveur. Il aimait Racine, mais il n'estimait que médiocrement Voltaire. Et il nous dit pourquoi.
Il aimait le roman, comme l'aima son siècle. Il avait lu ceux de l'abbé Prévost et de Richardson. Cet homme extraordinaire, sentimental à ses heures, avait lu et relu la Nouvelle Héloïse, et raffolait de Paul et Virginie. Plus tard, devenu Premier Consul, il fit allouer une pension à l'auteur, et quand il rencontrait Bernardin de Saint-Pierre, il lui disait : <■■ Monsieur Bernardin, quand nous donnerezvous des Paul et Viiginie et des Chaumière indienne? Vous devriez nous en fournir tous les six mois.
Et à tout ce travail historique et littéraire s'ajoutaient les études scientifiques, les mathématiques, les recherches sur la balistique et l'artillerie, l'histoire naturelle, la zoologie et la géographie. « Sainte-Hélène, petite île -, c'est sur cette phrase que se termine le onzième et dernier cahier de ses notes géographiques consacré à l'Angleterre.
Il ne lui suffit plus bientôt de lia^ et d'extraire. 11 se piqua lui-même d'écrire. Il s'essaya dans un conte arabe, Le masque prophète, imité de ces allégories pseudo-orien-