II
Le 14, il était au camp d'Avesnes, d'où il lança sa deinière proclamation.
Proclamalioti d'Avesnes.
A l'armée. Avesnes, 14 juin i8n.
Soldats, c'est aujourd'hui l'anniversaire de Marengo et de Friedland qui décidèrent deux fois du destin de l'Europe. Alors, comme après Austerlitz, comme après Wagram, nous fûmes trop généreux. Nous crûmes aux protestations et aux serments des princes que nous laissâmes sur le trône. Aujourd'hui, cependant, coalisés contre nous, ils en veulent à l'indépendance et aux droits les plus sacrés de la France. Ils ont commencé la plus injuste des agressions. Marchons donc à leur rencontre : eux et nous ne sommes-nous plus les mêmes hommes.''
Soldats, à léna, contre ces mêmes Prussiens aujourd'hui si arrogants, vous étiez un contre trois ; à Montmirail, un contre six.
Que ceux de vous qui ont été les prisonniers des Anglais vous fassent le récit de leurs pontons et des maux affreux qu'ils ont soufferts.
Les Saxons, les Belges, les Hanovriens, les soldats de la Confédération du Rhin gémissent d'être obligés de prêter leurs
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bras à la cause des princes ennemis de la justice et du droit des peuples. Ils savent que cette coalition est insatiable. Après avoir dévoré douze millions de Polonais, douze mil/ions d'Italiens, un million de Saxons, six millions de Belf^es, elle devra dévorer les États de deuxième ordre de l'Allemagne.
Les insensés! Un moment de prospérité les aveujjle. L'oppression et l'humiliation du peuple français est hors de leur pouvoir. S'ils entrent en France, ils y trouveront leur tombeau.
Soldats, nous avons des marches forcées à faire, des batailles à livrer, des périls à courir. Mais avec de la constance la victoire sera à nous ; les droits, l'honneur et le bonheur du pays seront reconquis.
Poiir tout Français qui a du cœur, le moment est venu de vaincre ou de périr.
Les opérations commencèrent le lendemain. Elles furent courtes et décisives. Vainqueur, le 16, à Ligny, Napoléon était vaincu, le 18, à Waterloo.
il a lui-même raconté ces heures tragic]ues (1). Mais sa relation n'est qu'un plaidoyer. Nous n'avons pas à en discuter la valeur historique. Tenons-nous-en au talent littéraire. Il est remarquable dans ce long morceau. Netteté de la pensée, vigueur de l'exf^ession, relief du détail, mouvement du récit, tout s'y trouve. On va en juger par ces quelques pages
[i\ La Campagne de 1815 ; Dictée au général Gourcaud. — Commentatris, t. V. — Correspondance, t. XXXI.
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