II. — La journée. — A dix heures du matin
A dix heures et demie, ce qui paraît incroyable, tout le mouvement était achevé, toutes les troupes étaient à leur position. Le plus profond silence régnait sur le champ de bataille.
L'Empereur parcourut les rangs. Il serait difficile d'exprimer l'enthousiasme qui animait les soldats. L'infanterie élevait ses shakos au bout des baïonnettes ; les cuirassiers, dragons et cavalerie légère leurs casques ou shakos au bout de leurs sabres. La victoire paraissait certaine. Les vieux soldats qui avaient assisté à tant de combats admirèrent ce nouvel ordre de bataille. Ils cherchèrent à pénétrer les vues ultérieures de leur général ; ils discutaient le point et la manière dont devait avoir lieu l'attaque. Pendant ce temps, l'Empereur donna ses derniers ordres et se porta à la tête de sa Garde sur les hauteurs de Rossomme, mit pied à terre. De là, il découvrait les deux armées ; la vue s'étendait fort au loin, à droite et à gauche du champ de bataille.
Une bataille est une action dramatique qui a son commencement, son milieu et sa fin. L'ordre de bataille que prennent les deux armées, les premiers mouvements faits pour en venir aux mains, sont l'exposition. Les contre-mouvements que fait l'armée attaquée forment le nœud. Ce qui oblige à de nombreuses dispositions et amène la crise d"où naît le résultat ou dénouement. Aussitôt que l'attaque du centre de l'armée française aurait été démasquée, le général ennemi ferait des contremouvements soit par ses ailes, soit derrière sa ligne pour faire diversion ou accourir au secours du point attaqué. Aucun de ses mouvements ne pouvait échapper à l'œil exercé de Napoléon dans la position centrale où il s'était placé ; et il avait dans sa main toutes ses réserves pour ks porter à volonté où l'urgence des circonstances exigerait leur présence.