III. — La bataille. — Attaque de la Haye-Sainte
La bataille commença à onze heures et demie. Trop tard. E!n outre, on perdit du temps à attaquer la droite anglaise. Il fallut se rabattre sur le centre pour l'enfoncer et séparer
Wellington du corps de Bûlowdonton signalait l'approche. Laissons parler Napoléon.]
Il était midi. Les tirailleurs étaient engagés sur toute la ligne, mais le combat n'avait réellement lieu que sur la gauche dans le bois et au château de Goumont. Du côté de l'extrême droite, les troupes du général Biilow étaient encore stationnaires ; elles paraissaient se former et attendre que leur artillerie eût passé le défilé. L'Empereur envoya l'ordre au maréchal Ney de commencer le feu de ses batteries, de s'emparer de la ferme de la Haye-Sainte et d'y mettre en position une division d'infanterie ; de s'emparer également du village de la Haye et d'en dépister l'ennemi afin d'intercepter toute communication entre l'armée anglo-hollandaise et le corps du général Bùlow.
Quatre-vingts bouches à feu vomirent bientôt la mort sur toute la gauche de la ligne anglaise ; une de ses divisions fut entièrement détruite par les boulets et la mitraille. Pendant que cette attaque était démasquée, l'Empereur observait avec attention quel serait le mouvement du général ennemi. Il n'en fit aucun sur sa droite, mais il s'aperçut qu'il préparait sur la gauche une grande charge de cavalerie. Il s'y porta au galop. La charge avait eu lieu ; elle avait repoussé une colonne qui s'avançait sur le plateau, lui avait enlevé deu.x aigles et désorganisé sept pièces de canon.
Il ordonna à une brigade de cavalerie du général Milhaud de la deuxième ligne de charger cette cavalerie. Elle partit aux. cris de : Vive l'Empereur ! La cavalerie anglaise fut rompue ; la plus grande partie resta sur le champ de bataille ; ses canons furent repris, l'infanterie protégée. Diverses charges d'infanterie et de cavalerie eurent lieu ; le détail en appartient plus à l'histoire de chaque régiment qu'à l'histoire de la bataille, et ces récits multipliés ne porteraient que du désordre. Il suffit de dire qu'après trois heures de combat, la ferme de la Haye- Sainte, malgré la résistance des régiments écossais, fut occupée par l'infanterie, et le but que s'était promis le général français obtenu. Les 6*= et 5« divisions anglaises furent détruites. Le général Picton resta mort sur le champ de bataille.
Le désordre était dans l'armée anglaise : les bagages, les charrois, les blessés, voyant les Français se rapprocher de la chaussée de Bruxelles et du principal débouché de la forêt, accouraient en foule pour opérer leur retraite. Tous les fuyards anglais, belges, allemands qui avaient été sabrés par la cava-
lerie se précipitaient sur Bruxelles. Il était quatre heures. La victoire aurait été dès lors décidée, mais le corps de Bùlow opéra dans ce moment sa puissante diversion.