APRES WATERLOO
Napoléon était de retour à Paris le 20. Devant l'attitude des Chambres, nettement hostiles, il abdiqua le 22 et se retira à La Malmaison. Il lui restait à se séparer de l'armée. Ses adieux, cette fois, prirent la forme d'une simple proclamation.
Adieux à Vannée.
A l'année, La Malmaison, 2; juin.
Soldats, quand je cède à la nécessité qui me force à m'éloigner de la brave armée française, j'emporte avec moi l'heureuse certitude qu'elle justifiera par les services éminents que la patrie attend d'elle les éloges que nos ennemis eux-mêmes ne peuvent lui refuser.
Soldats, je suivrai vos pas, quoique absent. Je connais tous les corps, et aucun d'eux ne remportera un avantage signalé sur l'ennemi que je ne rende justice au courage qu'il aura déployé. Vous et moi nous avons été calomniés. Des hommes indignes d'apprécier vos travaux ont vu, dans les marques d'attachement que vous m'avez données, un zèle dont j'étais le seul objet. Que vos succès futurs leur apprennent que c'était la patrie par-dessus tout que vous serviez en m'obéissant, et que si j'ai quelque part à votre aiïection, je le dois à mon amour ardent pour la France, notre mère commune.
Soldats, encore quelques efforts et la coalition est dissoute. Napoléon vous reconnaîtra aux coups que vous allez porter. Sauvez l'honneur et l'indépendance de la France ; soyez jusqu'à la fm tels que je vous ai connus depuis vingt ans, et vous serez invincibles.
passim). Le souvenir de cette « fatale » journée l'obsédait sans cesse. Mais il n'a jamais voulu reconnaître les causes véritables de sa défaite.
II se rendit ensuite à Rochefort, dans le dessein de gagner les États-Unis. Mais déjà la mer était fermée par la croisière anglaise. C'est alors qu'il écrivit cette lettre au prince-régent d'Angleterre.
Au prince régetit.
Ile d'Aix, 4 juillet i8i s-
Altesse Royale, en butte aux factions qui divisent mon pays et à l'inimitié des puissances de l'Europe, j'ai terminé ma carrière politique, et je viens, comme Thémistocle, m'asseoir au foyer du peuple britannique. Je me mets sous la protection de ses lois que je réclame de Votre Altesse Royale comme celle du plus puissant, du plus constant, du plus généreux de mes ennemis.
Napoléon (i).
Le gouvernement anglais répondit en l'envoyant à Sainte-Hélène. Vainement, il protesta.
Protestation.
En mer, à bord du Bdlérophon, 4 août 1815.
Je proteste solennellement ici, à la face du ciel et des hommes, contre la violation de mes droits les plus sacrés, en disposant par la force de ma personne et de ma liberté. Je suis venu librement à bord du Bellérophon. Je ne suis pas prisonnier, je suis l'hôte de l'Angleterre. J'y suis venu moi-même, à l'instigation du capitaine qui a dit avoir des ordres de me recevoir et de me conduire en Angleterre avec ma suite, si cela m'était agréable. Je me suis présenté de bonne foi pour venir me mettre sous la protection de ses lois.
( I ) Cette lettre, que tout le monde sait par cœur, est d'ailleurs incorrecte dans sa forme par trop elliptique. C'est un genre d'incorrection assez fréquent sous la plume impériale. Il y en a un autre exemple dans la protestation qui suit.