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LES BEAUX-ARTS

personnelle, point. En peut-on voir dans cette lettre à Champagny, au sujet de ce temple de la Gloire qui deviendra l'église de la Madeleine?

Au ministre de l'Intérieur.

Finkenstein, 30 mai 1807.

Monsieur de Champagny, après avoir examiné attentivement les différents plans des monuments destinés à la Grande Armée, je n'ai pas été un moment en doute. Celui de M. Vignon est le seul qui remplisse mes intentions. C'est tin temple que j'avais demandé, et non une église. Que pourrait-on faire dans le genre des églises qui fût dans le cas de lutter avec Sainte-Geneviève, même avec Notre-Dame, et surtout avec Saint-Pierre de Rome? Le projet de M. Vignon réunit, à d'autres avantages, celui de s'accorder beaucoup mieux avec le palais du Corps législatif et de ne pas écraser les Tuileries.

Lorsque j'ai fixé la dépense à trois millions, j'ai entendu que ce temple ne devait pas coûter beaucoup plus que ceux d'Athènes dont la construction ne s'élevait pas à la moitié de cette somme...

I' ne faut pas de bois dans la construction de ce temple. Dans un temple qui est destiné à durer des milliers d'années, il faut chercher la plus grande solidité possible, éviter toute construction qui pourrait être mise en problème par les gens de l'art, et porter la plus grande attention au choix des matériaux. Du granit et du fer, tels doivent être ceux de ce monument. Cependant, si l'on prouvait que l'emploi du granit entraînerait dans une trop grande dépense et de trop longs délais, il faudrait y renoncer. Car la principale condition du projet, c'est qu'il doit être exécuté en trois ou quatre ans, et au plus en cinq ans. Ce monument tient en quelque sorte à la politique, et il est dès lors de ceux qui doivent se faire vite.

Je suppose que toutes les sculptures intérieures seront en marbre ; et qu'on ne me propose pas des sculptures propres aux salons et aux salles à manger des femmes de banquiers de Paris. Tout ce qui est futile n'est pas simple et noble. Tout ce qui n'est pas de longue durée ne doit pas être employé dans ce monument. Je répète qu'il n'y faut aucune espèce de meubles, pas même de rideaux.

igS NAPOLfiON ÉCRIVAIN. — CHAP. VIII

Et il répète également, pour finir, qu'il veut un temple, non pas une église :

Par temple, j'ai entendu un monument tel qu'il n'y en a pas à Paris. Il y a beaucoup d'églises à Paris ; il y en a dans tous les villages. Quant à la dépense fixée à trois millions, je n'ai pas entendu qu'un million de plus ou de moins pût entrer en concurrence avec la convenance d'avoir un monument plus ou moins beau. Je pourrai, s'il le faut, autoriser une dépense de cinq ou six millions, si elle est nécessaire, et c'est ce que me prouvera le devis définitif. (Correspondance, t. XV, n» 12 694.)

On dirait d'un parvenu qui fait bâtir. Il tient pour la simplicité, la solidité et le bon marché. D'ailleurs, ce souci de transformation est une pensée de gouvernement. L'art y demeure étranger.

Sur la peinture et la sculpture, la Correspondance est muette. Elles n'étaient pour lui, évidemment, que des accessoires du < bâtiment >.

Quant à la musique, il ne l'aimait pas. En fait de théâtre, ses préférences allaient à la Comédie- Française, qu'il fit venir à Erfurt en 1808, à Dresde en 1813, et dont il trouva le temps de s'occuper à Moscou (Décret du 15 octobre 1812). Et dans le répertoire, elles allaient à la tragédie. On sait son admiration pour Corneille et son estime pour l'acteur Talma.

En réalité, il ne portait d'intérêt qu'aux lettres. Et c'est dans les lettres seules qu'il voyait un moyen d'action sur les esprits. C'est aux lettres qu'il demandait lui-même la distraction de sa v^ie errante et laborieuse. Et c'est à ces lectures poursuivies sur les grandes routes que nous devons tant d'idées justes et personnelles sur des sujets qui semblent fort étrangers à la politique et à la guerre (1).

(i) Sur le besoin de lectures qui l'accompagnait partout et sur ses goûts littéraires, voir une Note à Barbier, son bibliothécaire, pour une collection • portative >• d'un millier de volumes. — « Cette bibliotlièquc serait composée d'à peu près 40 volumes de religion, 40 des épiques, 40 de théâtre, 60 de poésie, 100 de romans, bo d'histoire. Le surplus, pour arriver à 1000. serait composé des mémoires historiques de tous les temps. » (De Bayonne, le 17 juin 1808. — Correspondance, t. XV. I

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