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LES AFFAIRES RELIGIEUSES

Au cardinal Fesch (même sujet).

Par le même courrier, il envoyait au cardinal Fesch cette lettre en des termes <-- peu ménagés >, qui est inséparable de la première. C'est une des plus belles qu'il ait écrites, dans ce genre.

Munich, 7 janvier 1806.

Le pape m'écrit, en date du 13 novembre, la lettre la plus ridicule, la plus insensée. Ces gens me croyaient mort. J'ai occupé la place d'Ancône, parce que, malgré vos représentations, on n'avait rien fait pour la défendre ; et que, d'ailleurs, on est si mal organisé que, quoi qu'on eût fait, on aurait été hors d'état de la défendre contre personne. Faites bien connaître que je ne souffrirai plus tant de railleries ; que je ne veux point à Rome de ministre de Russie ni de Sardaigne. Mon intention est de vous rappeler et de vous remplacer par un séculier. Puisque ces imbéciles ne trouvent pas d'inconvénient à ce qu'une protestante puisse occuper le trône de France, je leur enverrai un ambassadeur protestant. Dites à Consalvi que, s'il aime sa patrie, il faut qu'il quitte le ministère ou qu'il fasse ce que je demande ; que je suis religieux, mais que je ne suis point cagot; que Constantin a séparé le civil du militaire et que je veux aussi nommer un sénateur pour commander en mon nom dans Rome. Il leur convient bien de parler de religion, eux qui ont admis les Russes et rejeté Malte, et qui veulent renvoyer mon ministre. Ce sont eux qui prostituent la religion. Y a-t-il eu un exemple d'un nonce apostolique en Russie.' Dites à Consalvi, dites même au pape que, puisqu'il veut chasser mon ministre de Rome, je pourrai bien aller l'y rétablir. On ne pourra donc rien faire de ces hommes-là que par la force? Ils laissent périr la religion en Allemagne, en ne voulant rien terminer pour le Concordat. Ils la laissent périr en Bavière, en Italie ; ils deviennent la risée des cours et des peuples. Je leur ai donné des conseils qu'ils n'ont jamais voulu suivre. Ils croient donc que les Russes, les Anglais, les Napolitains auraient respecté la neutralité du pape.' Pour le pape, je suis Charlemagne, parce que, comme Charlemagne, je réunis la couronne de France à

celle des Lombards, et que mon empire confine avec l'Orient. J'entends donc qu'on règle sa conduite avec moi sur ce point de vue. Je ne changerai rien aux apparences, si Von se conduit bien. Autrement, je réduirai le pape à étreFévêque de Rome. Ils se plaignent que j'ai fait les affaires de l'Italie sans eux. Fallait-il donc qu'il en fût comme de l'Allemagne, où il n'y a plus de solennités, de sacrements, de religion? Dites-leur que, s'ils ne finissent pas, je les montrerai à l'Europe comme des égoïstes, et que j'établirai les affaires de l'Église en Allemagne avec l'archichancelier et sans eux. 11 n'y a rien, en vérité, d'aussi déraisonnable que la cour de Rome. {Correspondance, t. XI.)

Montée à ce ton, la correspondance s'aigrit. Napoléon écrivait plus tard, à Sainte-Hélène :

Napoléon a montré dans cette circonstance plus de patience que ne le comportaient sa situation et son caractère, et si, dans sa correspondance, il employa parfois le sarcasme, il fut toujours provoqué par le style amer de la chancellerie romaine qui s'exprimait comme au temps de Louis le Débonnaire ou des empereurs de la maison de Souabe ; style d'autant plus déplacé qu'il s'adressait à un homme éminemment instruit des guerres et des affaires d'Italie et qui savait par coeur toutes les campagnes, toutes les ligues temporelles des papes (i).

La querelle ne s'en tint pas à ces aménités. Après l'occupation d'Ancône, ce fut celle des Légations qui formèrent, en 1807, trois nouveaux départements du royaume d'Italie. En 1808, ce fut celle de Rome, dont prirent possession les troupes du général Miollis. Enfin, en 1S09, Rome fut réunie à l'Empire français.

Le décret de réunion fut précédé d'une note à Champagny, de la main de l'Empereur, qui est un beau morceau d'histoire. La fermeté des idées s'y associe à la gravité du langage (2).

(i) Notes sur l'ouvrage intitulé : Us (Quatre Concordats, note j. Commentaires, t. V.

(2) Note pour le comte de Champagny, ministre des Relations extérieures. — De Schœnbrùiin, le 17 mai 1809. — Correspondance, t. XI.>C.

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