‹ NapoléonChapitre 47 sur 66 · V. — Son œuvre, d'après lui-même · texte numérisé non relu

V. — Son œuvre, d'après lui-même

Après tout, /75 auront beau retrancher, supprimer, mutiler, il leur sera bien difficile de^me faire disparaître entièrement.

(0 Tome XXX.

(2) cf. Bignon, Histoire de France. Depuis le i8 brumaire jusqu'à la paix de TilSitt. 10 vol., 1829. Continuée jusqu'en 1814. s vol. — Bignon fut investi de cette besogne par le voeu même de Napoléon dans une des clauses de son testament. « A Bignon, 100000 francs. Je l'engage à écrire l'histoire de la diplomatie française, de 1792 à 181 ^ »

Un historien français sera bien obligé d'aborder l'Empire, et, s'il a du cœur, il faudra bien qu'il me restitue quelque chose, qu'il me fasse ma part ; et sa tâche sera aisée, car les faits parlent, ils brillent comme le soleil.

J'ai refermé le gouffre anarchique et débrouillé le chaos. J'ai dessouillé la Révolution, ennobli les peuples et raffermi les rois. J'ai excité toutes les émulations, récompensé tous les mérites, et reculé les limites de la gloire. Tout cela est bien quelque chose ! Et puis, sur quoi pourrait-on m'attaquer, qu'un historien ne puisse me défendre? Serait-ce mes intentions? Mais il est en fonds pour m'absoudre. Mon despotisme? Mais il démontrera que la dictature était de toute nécessité. Dira-t-on que j'ai gêné la liberté? Mais il prouvera que la licence, l'anarchie, les grands désordres étaient encore au seuil de la porte. M' accuser a-t-on d'avoir trop aimé la guerre? Mais il montrera que j'ai toujours été attaqué? D'avoir voulu la monarchie universelle? Mais il fera voir qu'elle ne fut que l'oeuvre fortuite des circonstances ; que ce furent nos ennemis eux-mêmes qui m'y conduisirent pas à pas. Enfin, sera-ce mon ambition? Ah! sans doute, il m'en trouvera beaucoup, mais de la plus grande et de la plus haute qui fût peut-être jamais : celle d'établir, de consacrer enfin l'empire de la raison, et le plein exercice, l'entière jouissance de toutes les facultés humaines. Et ici l'historien peut-être se trouvera réduit à devoir regretter qu'une telle ambition n'ait pas été accomplie, satisfaite. Eh bien, en peu de mots, voilà pourtant toute mon histoire (1).

Quand il ne plaide pas, il réfute, ce qui est une autre façon de plaider. Il prend à tâche de lire et de discuter tout ce qu'on publie sur lui en Europe, et de ces lectures, faites le plus souvent à haute voix, devant ses compagnons d'exil, sortent des Notes d'un intérêt particulier. Car il s'y abandonne à toute la vivacité de ses réflexions, et son langage n'en a que plus de saveur.

On n'en peut guère juger dans les notes inspirées par un ouvrage de l'abbé de Pradt (2). Ces notes, au nombre de six (dont quatre peu importantes), ne sont qu'un retour

(i) Mémorial, t. III 1 18161. — C'est bien lui qui parle, et on devine que Las Cases a écrit presque sous sa dictée.

(2) Les Quatre Concordats, par l'abbé ue Pradt. 3 vol. in-8. Paris, 1818

sur sa politique religieuse. Il y vante naturellement l'excellence de l'acte de 1801.

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