CHAPITRE XI
Al'HORlSMES^ JUGEMENTS ET RÉELEXIONS
Est-ce tout? Après avoir lu les proclamations et les récits militaires, les discours politiques, la Correspondance et les écrits de Sainte-Hélène, peut-on se flatter de connaître entièrement Napoléon ?
Non. Il faut encore l'avoir entendu dans l'exil, dans l'abandon de ses propos familiers avec Las Cases, O'Méara, Gourgaud et Montholon. Il faut enfin avoir recueilli, à la fois dans son œuvre si étendue et si variée et dans les entretiens de Longwood, les réflexions tour à tour profondes, piquantes pittoresques, qu'il a jetées en passant sur tous les sujets : guerre, politique, littérature, religion, morale, etc.; les jugements qu'il prononce sur les hommes, les institutions et les événements; enfin les boutades d'un esprit vif, volontiers porté à la raillerie au temps de sa prospérité, et que le malheur seul inclina à l'indulgence.
On pourrait tirer de ces aphorismes, jugements et réflexions tout un chapitre, le dernier, qui ferait de Napoléon un moraliste d'une espèce |3articulière, heureusement très rare; un La Rochefoucauld insoupçonné, aussi clairvoyant que l'autre sur nos défauts, mais d'un esprit singulièrement plus ouvert, et trempé par une expérience autrement sérieuse que celle de la Fronde. Après les grands morceaux d'histoire militaire et politique, qui montrent tout ce qu'on peut attendre de Napoléon et la place qu'il est permis de lui assigner parmi Us écrivains de valeur, on aurait ainsi un Napoléon de poche, s'il est possible d'associer ces deux mots, cj-.'.i résumerpit et condcnscn-.it l'autre, et qui achèverait de
faire connaître tout ce que l'auteur avait amassé d'idées sur les grandes routes, depuis le sicge de Toulon jusqu'à l'exil, depuis le Souper de Beaucaire jusqu'au Mémorial.
Ce chapitre ne manquerait pas d'intérêt. En voici le fond principal.
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