LA GUERRE
La première qualité d'un général en chef est d'avoir une tête froide, qui reçoive des impressions justes des objets, qui ne s'échauffe jamais, qui ne se laisse pas éblouir ni enivrer par les bonnes ou mauvaises nouvelles ; que les sensations successives ou simultanées qu'il reçoit dans le cours d'une journée s'y classent, et n'ocupent que la place juste qu'elles méritent d'occuper ,- car le bon sens, la raison, sont le résultat de la comparaison de plusieurs sensations prises en ég^ale considération.
11 est des hommes qui, par leur constitution physique ou morale, se font de tout un tableau. Quelque savoir, quelque esprit, quelque courage, et quelques bonnes qualités qu'ils aient d'ailleurs, la nature ne les a point appelés au commandement des armées, ni à la direction des grandes opérations de la guerre.
Dans les guerres civiles, il n'est pas donné à tout homme de savoir se conduire. Il faut quelque chose de plus que de la prudence militaire, il faut de la sagacité, de la connaissance des hommes.
Au commencement d'une campagne, il faut bien méditer si l'on doit ou non s'avancer. Mais quand on a effectué l'offensive, il faut la soutenir jusqu'à la dernière extrémité ; car, indépendamment de l'iionneur des armes et du in^ral de l'armée que
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l'on pcfil dans une ivtraito, ili! oi'.iraL,'e que l'on dnnnc à l'ennemi, les retraites sunt plus désastreuses, o>iifeut plus d'Iuiuinies et de matériel que les affaires les plus sauj^'lantes, avec. cette différence qvie, dans une bataille, l'ennemi perd à peu près autant que vous, tandis que, dans une retraite, vous perdez sans qu'il perde.
Un plan de campaj^ne doit avoir prévu tout ce que l'ennemi peut faire, et contenir en lui-même les moyens de le déjouer. Les plans de campat^ne se modifient à l'infini, selon les circonstances, le sénie du chef, la nature des troupes et la topftcfrapliie du tliéâtre de la çuerre.
Il y a deux espèces de plans de campagne : les bons et les ma'.^vais. Quelquefois les bons échouent par des circonstances fortuites ; quelquefois les mauvais réussissent par un caprice
de la fortune.
11 n'est pas de ,e:randes actions suivies qui soient l'œuvre du hasard et de la fortune ; elles dérivent toujours de la combinaison et d'.i génie. Rarement on voit échouer les grands hommes dans leurs entreprises les plus périlleuses.
Il est de principe que les réunions des divers corps d'armée ne doivent jamais se faire près de l'ennemi. Ne séparez jamais les ailes de votre armée les unes des autres, de manière que votre ennemi se puisse placer dans les intervalles.
Achille était fils d'une déesse et d'un mortel. C'est l'image du ,i;:énie de la t^uerre. La parti.^ divine, c'est tout ce qui dérive des considérations morales, du caractère, du talent, de l'intérêt de v(ttre adversaire, de l'opinion, de l'esprit du soldat qui
est fort et vainqueur, faible et battu, selon qu'il croit l'être. La partie terrestre, ce sont les armes, les retranchements, les ordres de bataille, tout ce qui tient à la combinaison des choses matérielles.
Les principes de la fortification de campagne ont besoin d'être améliorés. Cette partie importante de l'art de la guerre n'a fait aucun progrès depuis les anciens. Elle est même, aujourd'hui, au-dessous de ce qu'elle était il y a deux mille ans. Il faut encourager les ingénieurs à la perfectionner, à porter cette partie de l'art au niveau des autres. 11 est plus facile sans doute de proscrire, de condamner avec un ton dogmatique dans le fond de son cabinet ; on est siir d'ailleurs de flatter l'esprit de paresse des troupes. Officiers et soldats ont de la répugnance à manier la pioche et la pelle. Ils font donc écho et répètent à l'envi : « Les fortifications de campagne sont plus nuisibles qu'utiles ; il n'en faut plus construire. La victoire est à celui qui marche, manœuvre, avance. 11 ne faut pas travailler; la guerre n'impose-t-elle pas assez de fatigues? » Discours flatteurs, et cependant méprisables.
Tout l'art de la guerre consiste dans une défensive bien ordonnée et extrêmement circonspecte, et dans une offensive audacieuse et rapide.
L'art de la guerre est l'art de se disperser pour vivre et de se rassembler pour combattre. C'est un mauvais parti que celui de se laisser enfermer dans un camp retranché.
C'est un principe de guerre que, lorsque l'on peut se servir de la foudre, il faut la préférer au canon.
La première qualité du soldai est la constance à supporter la fatigue et les privations ; la valeur n'est que la seconde. La
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pauvreté, les privatidiis et la misère sont l'école du bon soldat. Un bon général, de bons cadres, une bonne organisation, une bonne instruction, une bonne discipline font les bonnes troupes, indépendamment de la cause pour laquelle elles se battent.
Il est cinq choses qu'il ne faut jamais séparer du soldat : son fusil, ses cartouches, son sac, ses vivres pour au moins quatre jours, et son outil de pionnier. Qu'on réduise ce s^c au moins de volume possible ; qu'il n'y ait qu'une chemise, une paire de souliers, un col, un mouchoir, un briquet, fort bien ; mais qu'il l'ait toujours avec lui ; car, s'il s'en sépare, il ne le reverra plus. La théorie n'est pas la pratique de la guerre. {Notes sur l'ouvra ge du gctu'ral Rogniai.)
.Une armée est un peuple qui obéit.
Le courage est conmie l'amour : il veut de l'espérance poi.r nourriture.
Ma plus belle campagne est celle du 20 mars (1S15). On n'a pas tiré un seul coup de fusil.
Le fusil est la meilleure machine de guerre qvi ait ete invenUi.par les hommes.
Il est \\\\ moment dans les combats où la plus petite manoeuvre décide et donne la S'.'.périorité ; c'est la goutte d'eau qui fait le trop-plein.
La présence du giinéral est indispensable. C'est la tête, c'est le tout d'une armée. Ce n'est pas l'armée romaine qui a soumis
hi Gaule, mais César. Ce n'est pas l'armée carthaginoise qui a fait trembler l'armée républicaine aux portes de Rome, c'est Annibal. Ce n'est pas l'armée macédonienne qui a été sur r Indus, mais Alexandre. Ce n'est pas l'armée française qui a porté la guerre sur le Weser et sur l'inn, mais Turenne. Ce n'est pas l'armée prussiemie qui a défendu sept ans la Prusse contre les trois plus grandes puissances de l'Europe, mais Frédéric le Grand.
L'unité de conmiandement est de toute nécessité à la guerre.
Une grande capitale est la partie de l'élite de la nation ; tous les grands y ont leur domicile, leur famille ; c'est le centre de l'opinion, le dépôt de tout. C'est la plus grande des contradictions et des inconséquences que de laisser un point aussi important sans défense immédiate.
Paris a dû dix à douze fois son salut à ses murailles. Si Paris eiàt été encore une place forte en 1814 et en 1815, capable de résister seulement huit jours, quelle influence cela n'aurait-il pas eue sur les événements du monde?
Plus l'infanterie est bonne, plus il faut la ménager et l'appuyer par de bonnes batteries.
Les harangues militaires. — La discipline lie les troupes à leur drapeau ; ce ne sont pas des harangues au moment du feu qui les rendent braves. Les vieux soldats les écoutent à peine, les jeunes les oublient au premier coup de canon. II n'est pas une seule des harangues de Tite-Live qui ait été tenue par un chef d'armée, car il n'en est pas une qui ait le trait et V impromptu. Le geste d'un général aimé, estimé de ses troupes, vaut autant que la plus belle harangue. Si les harangues, les raisonnements sont utiles, c'est dans le cours de la campagne pour détruire les insinuations, les faux bruits,
maintenir une bonne opinion dans le camp, fournir des matériaux aux causeries du bivouac. L'ordre du jour imprimé a bien plus d'avantaii,^es que les liarangues des anciens.
Lorsque l'empereur Napoléon disait, en parcourant les ranjjs de son armée, au milieu du feu : « Déployez ces drapeaux, le moment est enfin arrivé! » le geste, l'action, le mouvement faisdioit trépigner le soldai français.