LA PO L I T I Q U E
J'aime le pouvfiir, moi : mais c'est en artiste que je l'aime. Je l'aime comme un musicien aime son violon. Je l'aime pour en tirer des sons, des accords, de l'harmonie.
Qu'est-ce que la popularité.^ La débonnaireté? Qui fut plus populaire, plus débonnaire que le malheureux Louis XVI.? Pourtant quelle a été sa destinée? 11 a péri.
C'est qu'il faut servir dignement le peuple et ne pas s'occuper de lui plaire. La belle manière de le gagner, c'est de lui faire du bien. Rien n'est plus dangereux que de le flatter. S'il n'a pas ensuite tout ce qu'il veut, il s'irrite et pense qu'on lui a manqué de parole ; et si alors on lui résiste, il hait d'autant plus qu'il se dit trompé. Le premier devoir du prince, sans doute, est de faire ce que veut le peuple : mais ce que veut le peuple n'est presque jamais ce qu'il dit ; sa volonté, ses besoins doivent se trouver moins dans sa bouche que dans le cœur du prince. {Mt'inon'al.)
Le cœi'.r d'un homme d'État doit être dans sa tête.
Le prince doit tout soupçonner. En politique, l'absurdité n'est pas un obstacle.
Quand on veut se mêler de gouverner, il faut savoir payer de sa personne ; au besoin, savoir se laisser assassiner.
TdLis les grands événements ne tiL-niK-nt qu'a un cheveu. L'homme habile profite de tout, ne né.çlitïe rien de ce qui peut lui donner une cliance de plus. L'homme moins habile, quelquefois, en en méprisant une seule, fait tout manquer.
La Révolution dnit apprendre à ne rien prévoir.
* Nos rêves de république ont été des illusions dé jeunesse.
On ne fait pas des républiques avec de vieilles munarchie>.
Dans les révolutions, il n'y a que deux sortes de gens : ceux qui les font et ceux qui en profitent.
Une révolution est une opinion qui trouve des baïomiettes.
On peut risquer un coup d'État pour saisir le pouvoir : jamais pour le raffermir; on frappe alors sur le souverain.
On ne conduit un peuple qu'en lui montrant un avenir: un chef est un marchand d'espérance.
Les grands pouvoirs meurent d'indigestion.
Il y a plus de chance pour rencontrer un bon souverain par riiérédité que par l'adoption.
En dépit de toutes leurs horreurs, les révolutions n'en sont pas moins les vraies causes de la réj^^énération des mœurs publiques.
L'anarchie ramène toujours au pouvoir absolu.
Jamais les assemblées n'ont réuni prudence et énergie sagesse et vigueur.
Le métier de roi n'est plus, en ce siècle, un jeu d'enfant. 11 faut que les mœurs des rois changent avec les mciiurs des peuples ; pour avoir le droit de se servir des peuples, il faut commencer par les bien servir.
Ce n'est point à un incident à gouverner la politique, mais à la politique à gouverner les incidents.
Tout homme qui possède trente millions et qui n'y tient pas est dangereux pour un gouvernement.
Les journau.\ devraient être réduits aux Petites Affiches.
Le canon a tué la féodalité ; l'encre tuera la société moderne.
Dans l'état actuel des cJKJSts, avant dix ans, toute l'Europe peut être cosaque ou toute en république. (Mémorial, 18 avril 1810.)
La propriété, les lois civiles, l'aniour du pays, la relijL^ion sont les liens de toute espèce de jj^ouvernement.
La démocratie peut être furiei se, mais elle a des entrailles;
on l'émeut. Pour l'aristocratie, elle demeure toujours froide et
ne pardonne jamais.
Le mot de vertu politique est un non-sens.
Ln fait de système, il faut tovijours se réserver le droit de rire le lendemain de ses idées de la veille.
La diplomatie est la j^'olice en grand costume.
Les traités s'exécutent tant que les intérêts vont de concert.
Lu prenant pour prétexte le piélendu principe de l'utilité générale, on peut aller où l'on veut.
11 ne laul pas que le cIk! de l'Ltal suit chef d.' parti.
i)e peuple à p<ince la meilleure cluiiiie est le bonlieui.