‹ Napoléon en Égypte, Waterloo et Le fils de l'hommeChapitre 13 sur 26 · I.e vent lait retentir ses discordantes voix · texte numérisé non relu

I.e vent lait retentir ses discordantes voix

Te! (juiui \aste troupeau qui l)eu[jle au tond des hoii

11 gronde sui' la nier, et le Ilot qu'il excite,

Comme un rauque bélier sape la tour maudite ;

A ce murmure sourd, mêle son cri de deuil

Le lamentable loumb, triste oiseau de l'écueil".

Alors la voix du chef, que le geste répète.

Agite dans le camp une foule muette ;

Les soldats, sur leur couche éveillés en sursaut ,

S'alignent par instinct pour le nocturne assaut.

\u bruit qui se répand, leur courage bouillonne :

On a dit que, guidant la première colonne,

Cette nuit Bonaparte, escorté de Kléber,

Va surprendre la tour du côté de la mer.

Déjà les bataillons, dans l'ombre du mystère,

Abandonnent du camp l'enceinte solitaire ;

Us longent 1 aqueduc que Djezzar a construit.

Et, par d'obscurs chemins où leur chef les conduit

PTOLKMAIS. l.vi

Jusqu'aux bords de la mor se glissant en silence, Des fossés aux remparts franchissent la distance. Soudain un large éclair qui jaillit de la tour. Sur le sombre glacis tombe comme le jour ; Les lourds canons, qu'effleure une ardente fusée, Rougissent des créneaux lembrasure évasée, Et ce feu, qui s'échappe en lumineux sillons. Trahit au pied du mur nos muets bataillons : A rhorrible lueur dans les airs répandue. Des hardis assiégeants la marche est suspendue. Déjà les derniers rangs fuyaient vers le glacis ; Mais d'une voix qui parle au courage indécis, Seul, debout sur un bloc que le canon domine, Qu'eflleure le boulet, que l'éclair illumine, Bonaparte retient leurs pas précipités :

« Compagnons, voyez-vous ces brillantes clartés?

« L'ennemi, secondé par l'ouragan qui gronde,

« Veut ravir vos exploits à cette nuit profonde ;

« Rendez grâce au canon, qui rallume le jour.

« Marchez : le sort du monde est la, dans cette tour"!

Quand TEtiia, secouant son casque de liiniée, Monaco de ses blocs la Sicile alaiinée, Tourmc^nté dans son lit, le tlot palermitain, Se replie en fuyant jusqu'à Técueil lointain ; La plage montre a nu sa grève solitaire : Tout à coup, rappelée au centre du (uatère, La vaste mer, qu'annonce un mugissement soui'd, Bouleverse en passant le fond qu'elle ])arcourt, Ki, loin d<'s bords presci'its, la vague diligente Se montre. iiia11endn(\ aux ])eupl(>s d'Agi'igent(\

Ainsi vers le fossé les soldats, cbancelanis, Remontent sur la bièche à Ilots étincelants. A leur tête est Murât : sous la tente tianquille, Il languissait au camp, dans le repos d Acbille ; Mais, cédant au démon ([iii dévore son sein. Le brillant cavalier s'est créé fantassin. Junot vole après lui ; Verdier, Duioc, la Salle, Kléber, comme une toni' sui' la loni' colossale.

i'T(n.K>i aïs.

Ucfouleiit devant eux los Turcs amoncolôs. Parmi vingt autres chefs que la iniil a voilés, Lannes d'un bras puissant plante sur la muiaille Vn reste de drapeau eriblé par la niitiaille.

Kt, pereant dans ses bonds un icnipail d*' s|i;ilii>. \r preniiei* k\v larnier ciilfe a IMoleniais. r.irloiil (le ii(»s sol(l;il:> les masses accoiii'iKS. De Telrtùte eile perceiil les soinbies rues; xMais bientôt rennenii, rep(Uissé de la loin-. Dans ses murs (Mivahis les assiège a son four.

ir>s CHANT SIXIEME.

Les Turcs, les mameluks, la noire populace. Des quartiers de la ville ont encombré l'espace; D autres, du haut des toits, en créneaux liansformés l'ont pleuvoir sui' le sol des débris enllammés.

i.es femmes, les enfants, que lexemple ai^juillonne, Versent l'huile fumeuse et la poix qui bouillonne. Dans l(>s ranjrs ténébreux les chefs sont confondus. Comme un tigre qui court par bons inattendus, Linfatigable Acbmel, au sein (\v la mêlée. Brandit sui- les chrétiens sa masse ciselée :

l»TOLK>l AÏS.

Tu loinhas lo premier sous sa terrible main, Lauiies, qui de la ville as cuiiquis le (-licmin Déjà les musulmans, qu'exalte leur défaito. Ont levé le damas sur cette noble tête. Quand, rapide ven^reur, vers son ami blesse.

Suivi de ses dragons, Murât s'est élancé : Son bras se multiplie, et son damas, qui vole, Trace autour de sa tête une ardente auréole. Une terreur subite a glacé les croyants : A ces flottants cheveux, à ces veux flamboxanis.

140 ' CHANT SIXIÈMi:.

A ce dolman d'azur que la tempête agite,

Dans les murs désolés de leur ville maudite,

Ils ont cru qu'animé dun céleste transport, Tombe, un glaive à la main, Farcliange de la moit Tout fuit devant Murât; sa formidable épée. Sur une foule obscure à regret occupée. Frappe du même coup Ismael et Fharan ; 11 renverse Hassem , contempteur du Coran ; Hassem qui, possesseur des vignes d Idumêe, Vidait dans les festins sa coupe parfumée. Sur le pavé sanglant il précipite encor Dragut, Orcan, Sédir. chers au peuple de Tor: Puis, comme fatigué d un combat monotone, Il saisit un coursier que le hasard lui donne. Et s'élance au galop dans la vaste cité. Bientôt des carrefours fuyant l'obscurité, Sur le môle désert le cavaliei' s'arrête : 11 détache un canot que berce la tempête, S'y jette tout armé, lompt la chaîne du port. Double la loui' maudite, et, voguaul \ers le n(»rd,

PTOLEMAIS.

11 descend en vninqiieur sur la loii({ue ('si)lanade Où raquediic d'Achmot s'élève en double arcade.

Tandis que le héros, d'un vol aventureux. Parcourait de ces murs les sentiers ténébreux. Et qu(^ nos bataillons, arrêtés dans la ville, Prodiguaient en mourant un courage inutile. Les vaisseaux d'Angleterre, apparus sur les eaux. De leur ceinture en feu démasquent les créneaux Jusque sur le glacis leurs tonnantes volées Atteignent des chrétiens les masses reculées. Et l'aspect imprévu d'un allié puissant Ressuscite l'effort des soldats du Croissant. Aux lueurs de ces feux, le Tigre et le Tliésée Ont lancé leurs canots sur la mer apaisée ; Les fils de l'Océan ont débarqué sans bruit.

Pour ajouler encore a riioncuj- de la iiuil.

Arrive un messager sur son haut dromadaire ;

Auprès du général conduit avec mystère,

D'une voix étouffée et dun geste expressif,

Il parle sans témoins au héros attentif.

Quelque temps lîonaparte en silence médite;

Tout a coup, (h' la main montrant l;i lour maudite,

Il ordonne a lierfliicr. ;nni fidèle et sni", De rappeler Kléber (|ui combat sous le mur

PTOLKMAIS. i4.->

Il aniNe saii{jlan(, la têt*' ('clH'Nch'e, Tournant a chaque pas ses yeux vers la nidée : t' Kléber, le sort cruel ncuis jjarde d'autres coups; <' Les plus pi'essants (lan<>(M"s ne sont pas devant nous , « Des prodi^jes nouveaux attendent ton épée : «.Une armée innoml)rable au Thabor est campée, ' I^t si ton bras sauveur ne l'arrête en chemin, < Sur nos soldats lassés elle tombe demain. « Hàte-toi, n'attends pas (|ue cette nuit funeste, « De ces vieux bataillons ait dévoré le reste; « Frendsdeuxmillesoldats. ceuxquisous leurs drapeaux <i Goûtent l(»in de la brèche une heure de repos ; <i Pour vainci-e (»u pour mourir tu les verras dociles : >« Les vallons du Thabor seront nos ThermopUes.; 0 Là nous \ errons toinbei- mes enfants et les tiens, « Ou nous en sortirons grands comme les anciens. »

A ces mois, lV'(rei.;>,nanl (b' ses mains enlacée 11 semble le icinplir de ses «grandes j»(>nsees !

CHANT SIXIEMK.

Et les doubles éclairs du rempart et des cieux Révélaient aux soldats ces sublimes adieux.

Ivléber part ; la colonne, à sa \oix attentive. Remonte du Bélus la s«ditaire rixe.

L'armée au même instant, que la voix du tambour Arrache de 1 assaut prolongé sous la toui\ S'arrête tout à coup, d é])ouvante saisie: Elle a vu s'élancer vers la route d'Asie. Comme un spectre sorti de la \ille des morts. Le farouche El-Modhi sur un cheval sans moi's.

1»T(ILEM A IS.

Un cri d'iiorrcur le suit ; Murât, que rien n'étonne, Seul, se précipitant vei's le rempart qui tonne, Ouvre ses bras nerveux puur le saisir Nivanl; Mais riiorrible étran.n;er a fui comme le vent. De joie, à sou aspect, Ptoiémaïs s'arjite; 11 iraïu'liit les deux murs, monte à la tour uiaudile. Et, proplîète inspiré d'un lendemain fatal. Paraît comme un typiion sur son noir piédestal.

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