‹ Napoléon en Égypte, Waterloo et Le fils de l'hommeChapitre 20 sur 26 · IMPRIMEURS · texte numérisé non relu

IMPRIMEURS

Marcel. —Puulis. — Gallaiul.

WATi:n Loo.

Il, f.uit (lonc te lonvi'ii'. 1(»inl)0 Innjjlcmps foniHM'! San(>,laiite Josaphat (]c noti'e [vi'ando année! Levez-vous, habitants des plaines d»' inalheui! Pour entendre aujourdlini drliaiijMs inlninies. Il laui ([u après quinze aus V(»s cendres endormies Ressuscitent avec douleur!

:>ft

WAT KULon.

On s'est tu jusqu'ici; les pesants insulaires' \enaient fouler aux pieds vos jrazons tuniulaires. Ouimpoile? ce plaisir amusait leur or(îueil : Ils allaient achetant, dans ce bazar des tombes, Les débris anp;uleu\ des obus et des bombes, Au ])àtr(' qui vit du cercueil.

Et puis ils emportaient, crédules antiquaires. Les trésors enfouis dans ces froids reliquaires. Assemblage confus de fer, dé plomb, dairain: Et la foule stupide aux bords de la Tamise Touchait avidement la dépouille conquise Dans ce muséum souterrain.

Il fallait ces hochets à leurs pauvres chroniques. Au répertoire usé des fastes britanniques ; Leurs exploits remontaient aux temps de Tleaumanoii' : Comme un grand souvenir dont un peuple s'honore. Ils en étaient réduits a répéter encore Les vieux routes du pi'ince \oir.

WATEULIM». ^35

Aussi, quand des combats la chance aléatoire - Dune page douteuse; habilla leur histoire. L'An(Jilais la publia monté sur des tréteaux ; De leurs drapeaux vainqueurs ils montraient la nier\ eilh', Comme des parvenus, mendiants de la veille, Étalent leurs premiers manteaux.

Us avaient un héros! L'Homère de l'Ecosse'' Jeta dans Hyde-Park le plan de son colosse; Le ciseau du sculpteur mentit en le créant : Changeant en profil grec son anglaise effigie, 11 cuirassa de fer sa poitrine élargie; Il iiî du pygmée un géant!

Et les lords pèlerins, abandonnant leur ile, Se rendaient au champ belge où \ainquit leur Achille; Ils allaient répétant : Waterloo, Wellington! Ces mots, plus durs encor dans leur bouche bretonne. Tombaient comme un refrain d'un timl)re monolone: Toujoui's : Waterloo, \\e]lingtonî

i>,1(; WATKULdO.

i;h bien, oïl scuilïrail tout; el l'Europe assourdie Leui- Jaissail le plaisii' de eette parodie. (Juel liestMii, ])oiir si peu, de \en;>er nos héros? l'our ce iutile ailVont, ombres elières et saintes! Jamais uos trisles voix, nos généreuses plainles Poseraient tourmenter \os os.

Mais, oulra<je inouï donl la France tressaille! Un homme, le Sinon de la grande bataille, Du trône militaire a conquis le pou\oir; Les Anglais l'ont voulu : par sa main dilTamée Ils donnent lâchement un soufllet à l'armée. La venger, c'est notre de^oir.

\ en.geons-la; disons (oui : qu'a nolie vieille haine, (Juaux outrages passés l'affront nouveau s'enchaîne Dans cet hymne de deuil que chacun ait son piix: l'qnilables témoins de celte grande lice, Lu jujjeant \\ellington, vouons à son coii4)lice Limniorlalilé du mépiis.

lii'[)iviioiis pour nos morts toute leur pari de {jloiro' Dans son intôjjrité rétablissons Ihistoirç. Le temps n'a pas Jufjé la moderne Créci : Ce pompeux ^\aterloo que leui' bouche raconte. C'est notre mont Saint-Jean, nous ladoptons sans lionlc Notre bataille, la voici.

Souvent dans ces fjrands chocs qui brisent un empnv. Dans ce moment suprême où tout un peuple expire. Quand, sur un niéiue point, deux potentats rivaux Toussent des tourliillons d'hommes et de chevaux . Kt (|ue le monde attend, dans sa stupeur profonde. Un ^rand événement qui va changer le monde ; Des signes précurseurs au iirmament écrits Parlent de Tavenir aux vulgaires esprits : Le (ici fait retentir, aux accords du (onueire. Ce prologue elirayant du drame de la terre; Il annonce aux mortels, par cette granth' \oi.\. (Juil j)rend aussi sa part aux querelles des rois,

l)5S WATEULOO.

Et prédit par son deuil Téclipse duii grand honnne. Comme il fit pour César, Napoléon de Rome. Ils ne faillirent point, ces éloquents signaux! La nue avait ouvert ses profonds arsenaux ; Dans les champs de Fleurus les torches de forage De nos soldats vainqueurs éclairaient le passage ; ils marchaient, et le bruit des tonnerres lointains Ressemblait à Técho de leurs canons éteints. I^à, tout est citoyen, et cette foule immense Dans son recueillement comme un seul homme pense Hélas! le temps n'est plus où leurs vieux bataillons Combattaient l'ennemi dans ses propres sillons ; Leur fortune a changé; leur courage est le même : Tous savent que demain, dans un duel suprême, Sous leurs aigles voilés de longs crêpes de deuil, Des portes de la France ils défendront le seuil. Un seul homme est parjure à ce pacte unanime ^ : Du drapeau que la gloire avait fait légitime, il s'éloigne, sans bruit, la veille dun combat. De la foi militaire odieux apostat.

WATKr. LOD. ^2r,fl

doiiinu', (1 1111 |»i('(l iiirlil, dans lOnihic cl le iiiystcrt', Sor( <lii lit roiijugal une feninio ndultère, Dès que la nuit profonde a noirci lliorizon, Dégradé par ses mains, rêvant la trahison. Il s'est enfui. Demain, quand laulie niatinal(> Ouvrira pour les chefs la tente impériale, Dans ce nohle cortège au grand conseil admis, Un seul fera défaut... il est aux ennemis.

Le traître s'est fait justice, Il se chasse de nos rangs.

Ah ! que son nom retentisse, Maudit par les vétérans !

Reniant Taigle des hraves, Qu'à Wellington, qu'aux Hataves Il vende un honteux appui.

(\vi\cv à la fuite d'un lâche, L année (îst pur<' et sans tache ; On comhattra mieux sans lui.

La France, toujours heureuse Dans ses belliqueux défis, Du Uliin et de Sanibi'e-et-Meuse A l'ait appel à ses fils.

Puissant par sa renommée, Sui' le reste de l'armée Plane ce corps immortel Que jamais on ne hasarde Qu'au jour suprême, la (iarde Qui \euait du (lari'oiisel.

Epuisés d'une victoire Quils cueillirent en chemin, Ils marchaient dans Fombre noire.

Soucieux du lendemain.

Parfois, dans les airs humides, Au feu des éclairs rapides, Scintillaient les aigles d'or, Qui, de crêpe encor voilées,

\VATi:UL(MK

Dans ces plaines désolées Semblaient prendre leur essor

La pluie aux p,outtes glacées Ruisselle des vêtements, Des enseignes aifaissées.

Du cou des chevaux fumants.

Ualliés à leur bannière, Les fantassins dans 1 ornière Traînent leurs pas ralentis.

\V ATKULUO.

I':t les cavaliers plus sombres Soulèvent, comme des ombrée [.eurs manteaux appesantis.

X t/a ji=

Voici les monts et les plaines Que le chef leur a promis ; Ils ont oublié leurs peines l']n lace des ennemis.

Nulle plainte ne s'élève, On ne veut repos, ni trêve.

WATKUIJM).

24ri

Ni sommeil, ni (l<»u\ lestins :

Qu'importe l'eau ([mi ruisselle?

Le mont Saint-Jean étincelle Du leu des bivacs lointains.

Les défenseurs britanniques Apparaissent sur les monts, Comme dans nos jeux scénique^ Krrent de rouges démons.

On distinp,ue a leui" coslinne Ces soblals nés dans la brume.

WATEULOO.

Les Écossais demi-nus -, Au centre sont les Bataves, Qui regrettent cVétre braves Et de nous avoir connus.

Et bientôt un vent magique % Au premier rayon qui luit, Découronne la Belgique Des nuages de la nuit.

Voyez, au delà des crêtes, Le noir manteau des tempêtes Qui s'affaisse en larges plis :

Salut, clarté d'espérance !

Que Dieu protège la l'^rance !

Cest le soleil d'Austerlitz !

Calme imposant, que rien ne trouble encore. Ni bruits confus dans la forêt sonore, Ni villageois qui, d un chant de gaieté, Va saluant un beau matin d'été!

Bientôt, hélas! pour mourir et s'éteindre, D'autres concerts, d'autres sons, d'autres voix. Sur ce gazon que tant de sang doit teindre. Retentiront pour la dernière fois.

Pompeux tableau de la puissance humaine! L'Europe entière est là, dans cette plaine. Entendez-vous ces belliqueux accords?

Le voyez-vous, bondissant dans l'espace,

L'aide de camp qui dicte un ordre et passe?

Une seule àiiie ajifite ce (>,ran(l corps : Tout est brillant, plein de vie et d'audace! (> voyageurs (|ui suivez ce chemin, (-onime il est beau!... Venez le voir demain,

Tout ti'essaille a la fois : le signal militaire

l']branle tous les cœurs dun choc involontaire;

C'est le premier canon, si distinct et si clair,

Quand i*ien ne trouble encor la pureté de Tair.

Le feu part de nos rangs; sui* la ligne écarlate,

Va\ lumineux sillons la fusillade éclate;

Les bruyants arsenaux ouverts dans les deux camps

Font jaillir à la fois leurs mobiles volcans :

La comète de fer, l'étincelante bombe.

Qui tombe en sciant l'air, tue, et creuse une tombe

îv'incendiaire obus, aux bonds irréguliers.

Qui du pied des chevaux remonte aux ca\aliers :

Ainsi grince le vent; sur le pont d un navire.

Avec un biuit pareil la \oile se dcchii'c.

WATKItLOO. î2'i7

Mais la \()i\ (jiii coininaïKlc, organe souverain.

Sait dominer eneor les trois cents voix d aiiain:

Sitôt que le boulet, de san.«{ humain avide.

Dans les ranjjs labourés laisse un espace vide.

Les chefs encor debout, les officiers mourants.

Font entendre ces mots : Soldats, serrez vos rangs!

Quand le vent du matin, souillant sur notre armée,

l'entrouvre lentement le dôme de fumée,

L'intelligent soldat tourne un œil scrutateur'

Sur la haute colline où plane 1 empereur ;

il est la : la bataille à peine commencée.

Il cerne Ihoiizon dans sa vaste pensée :

Il distingue, à traveis le brouillaid sulfureux.

Les plaines, les vallons coupés de chemins creux,

La lointaine foré! de pins et de mélèzes,

Les plateaux tout rougis des deux lignes anglaises:

Tout est devant ses yeux : i)ai' le génie et i arl.

Il lavit ])as à pas lont«^ chance au hasard.

Combine la victoire, cl son (cil semble lire

Sur ce grand échiquier où Ton joue un em|)ire\

Quelquefois cependaut, le regard soucieux Et l'oreille incliuée, il cousulte les cieu\.

Que lais-tu donc si loin, Grouchy? Qui te retarde, l^xelmans, autrefois toujours à Tavant-garde ? l!]t Gérard, toujours prêt à marcher au canon ^? Et Vandamme? Et vous tous de si puissant renom? Sans doute qu'en voyant votre marche trompée, Vous brisez dans vos mains votre inutile épée, Et que vous convoitez, remplis d'un saint courroux, Cet horizon de flamme où l'on combat sans vous.

WAïEHLOd.

11 ne sera plus temps!... Ncrs les lifjnes lnvldiiiics Toute Tannée en leu s'ébrHul<' en dix eolounes : Jérôme le premier, veis leur droite poussé, Veut que le sanp, diiii loi soil le premier versé;

Son aile, quil entraiue au fond de la vallée, Kmporte d'Houp,oumont l'enceinte crénelée '". En vain ses défenseurs cherchent l'abri des bois ; Poursuivie et forcée une seconde fois,

L'élite des An(;lais vers les monts se icplic Sous le choc foudroyant du roi de Westplinlie Le centre de Tannée est accouru : d Lrlon Prodin,ue ses boulets dans le creux du vallon. Et sur le cliàleau fort, si redoutable encoi'e, lîeille lance Fobus qui brise et qui dévore.

Montez sm' le plateau, centie de Tennemi!

A vous, S(ddats de Ney, cuirassiers de Valniy,

\VATi:i;iJMK 251

Cavaliers du Milliaiid! |)aitez, la cliaijjt' suiint'l La voyez-vous passer l'accablante colonne? Ces centaures massifs aux (j;i(>antesques lianes, A la tête de ler, aux pieds étincelaiits ; IVhommes et de chevaux épouvantable linnilu'. En bloc elle s'élève, en bloc elle retombe, Retentit sur les champs de son passajre empreints, Comme un son prolongé de tambours suulcirains. Le cou tendu, le sabre au niveau de la tête. Tous, du profond ravin, remontent sur la crête. Et, près de la couvrir de leur immense vol, Sous les pieds des Anglais font palpiter le sol. Voilà rheure de mort ! Puissants hommes de guerre , Consommez aujourd'hui le deuil de l'Angleterre " ! Que de fois, en pleurant leurs lils et leurs époux, Les femmes d'Albion se souviendront de vous! ils Tout voulu : leur joie au moins sera complète. Ce n'est plus Fontenoy, bataille d'étiquette, Où vos aïeux, cruels et courtois a demi, Avant de l'égorger saluaient l'ennemi ;

â52 WATEULOO.

(]ç n'est point iiiie lutte avec art nivelée, C'est un duel farouche, une ardente mêlée ; On se voit face à face, on se prend corps à corps, I.e fer a soif du sang, la terre veut des morts. Poussez à Fennemi; point de coup qui l'eftleure. Visez à la poitrine, où la plaie est meilleure; Décidez, sans prétendre à des exploits nouveaux. Qui doit mourir ici des deux peuples rivaux.

La charge a retenti sur ces profondes masses : Les balles des fusils glissent sur les cuirasses, Comme en un jour d'été, dans les plaines d'Artois, La grêle l'ebondit sur l'ardoise des toits. Masses d'Anglais! rempart vivant que rien n'entame. Ni des hauts cuirassiers la foudroyante lame, Ni les puissants chevaux sur la ligne élancés ! Ils résistent, debout l'un sur l'autre pressés; Dans ce carré de fer que la tactique enchaîne, Nul \n.nlnis ne s'émeut ni d'elVroi ni de haine.

WATEULOO. 2o3

Mais ce qu a nos soldats inspire un noble espoir.

Ce quos(i l'héroïsme, il le lait par (lev(Mr.

La guerre est son métier : dans un jour de bataille.

Pour gagner le salaire, il se bat... il travaille.

Peu soucieux de gloire, il subit le danger

Dans l'ignoble souci du boire et du manger.

Kt de ses gras festins exigeant le partage,

Au sang de Tabattoir s'abreuve de courage.

Pareil au journalier, automate banal

Qu'un statuaire adroit met sur un piédestal.

Si ses chefs l'ont voulu, dans sa gêne stoïque.

Il garde tout un jour une pose héroïque ;

Son œil n exprime rien que la morne stupeur.

Immobile soldat, sans courage et sans peur.

Longtemps nos cavaliers se brisent sur la ligne De ces lourds fantassins, martyrs de leur consigne ; Vingt fois sur ses longs dards, luisant épouvantail. Les chevaux en délire enfoncent leur poiliaii

âS4

WATEULOO.

Mais coiiiinc do la iiiei' la vajjjue renaissante Mine, à force de cliocs^ une di{jue puissante, La colonne française, en rapides torrents, Dans sa dernière char^^e écrase les deux rangs,

Et la mort, mille fois ou donnée ou reçue. Au milieu des carrés agrandit une issue. Eu vain les Grands-Bretons, immobiles el fi'oids. Se reforment plus loin eu carrés plus étroits ;

WATEULOO.

:2no

l']ii \aiii (les aulros monts regajjnent-ils la cime, l'aiioui Ja main de 1er les suit et les décime. L'(U'}]ueilleux Wellington, qui pc^lit pour ses jours'''. Cuirassé de soldats, étouffé de secours , De son armée entière attend la dernière heure. Donne des ordres vains, croise les bras et pleure.

Maintenant contemplez ce chani]) de Waterloo, Montez sur ces hauteurs : quel sublime lableau !

WATKHL(M).

Quel spectacle! Voyez, que la bataille est belle! Le centre des Anf>,lais sous la (laide chancelle; Les Bataves, chassés du château dHoujijouiuont, Ont pris poui' boucliers les crêtes de ce mont; Vingt mille Anglais, lorgueil de leur plus forte élite, Couchés après leur mort sur la ligne prescrite, Ensanglantent le mont qui sera leur tombeau; L'aigle de Frédéric s'enfuit devant Lobau ;

Les bandes de vaincus, pai- la pcnr entassées. De liruxelle et d'Anvers inoncb-ni les chaussées:

WATKHIJM). 257

Aiijïlais, Haiiovriens, fantassins, cavaliers. Dcboi'dont les coteaux, franchissent les lialliei's. Ecoutez retentir, sur le terrain qui crie, l.e roulement d'airain du train d artillerie: Cest une armée en fuite, un immense débris; Partout notre aigle plane. Entendez-vous ces cris'' Qu autour de lempereur l'enthousiasme inspire? C'est le cri des soldats quand ils sauvaient l'empire, Sublime Te Deum que leur tonnante voix Fit retentir dix ans à l'oreille des rois!

C'est alors que sonna cette heure solennelle

Que Dieu marque du doigt sur Ihorloge éternelle.

Alors se révéla cette terrible loi

Dont Thomme cherche en vain Tinsoluble pourquoi

Cette loi qui prescrit, sans le retard d'une heure.

Qu'un monarque s'éteigne et qu'un empire meure.

Le soir, on vit paraître à l'hoi'iznn lointain

Un lUiicher, un vieillard, préte-nom du destin:

Page 1