‹ Napoléon en Égypte, Waterloo et Le fils de l'hommeChapitre 21 sur 26 · W AÏEUL (M · texte numérisé non relu

W AÏEUL (M

Le ciel laissa loinber un atome de sable Sur le géant que lous jugeaient impérissable ; L'aigle, sans Dieu, perdant son foudre accoutumé S'abîma dans la nue... et tout fut consommé.

El vous qui, les derniers sous Fombre tricolore, Avez vu ce grand jour, et qui vivez encore, Répondez : dans ce chant n'avons-nous rien omis? Avons-nous dit le nom de tous vos ennemis? Celui qui, seul de tous s'exilant de l'armée, Ne fut pas dans vos rangs noirci par la fumée, Qui, de sa voix française entonnant l'air breton, Le soir de la bataille embrassa Wellington, Que fait-il? Sur son front sa honte est-elle écrite? A-t-il vu par nos lois sa famille proscrite ''? Son écusson rompu, son champ semé de sel? Est-il banni de Fiance?

il est au Carrousel!

WATKKLOO. 251)

Le signe do riionneur décore sa poitrine, La garde du château, quand il passe, snicline. Pour payer Waterloo, les Anjjlais indécis Sur nos faisceaux guerriers à la fin lonl assis: Les Anglais! Quand, cédant sa couronne échappée. \a' plus grand des vaincus leur rendit son épée. Pour lui le pain d'exil lut niélé de poison ; Mais toi, dans cette nuit de haute trahison. Quand tu vins au foyer du peuple britannique. Obscur machinateur, vendre ta foi punique, L'Angleterre t'offrit, comme un droit mérité, Le flétrissant honneur de Thospitalité, Et sa reconnaissance, à regret suspendue, Te promit une part de la France vendue. Kh bien, elle a rempli son pacte avilissant, On t'a jeté le prix de la terre de sang. Depuis qu'une ordonnance attacha ta personne Au faîte du pouvoir où le plus pur frissonne. Ton courage impassible, aux affronts aguerri. Supporte fièrement l'heure de pilori.

-2(;o WATEHLOd.

Aux publiques clauiours ton iuue est résignée; Mais le moaieiit approche où la France indignée liiilin va t'accabler de son ininiense poids : Sous l'auguste portique où s'agitent nos lois, Quand ta bouche, longtemps par la pudeui- fei inee. Demandera de 1 or pour solder Ion armée, Un cri retentira, signal de ton déclin. Jusqu'au pont triomphal où combat du Guesclin '^ Tu verras, a ta voix, sur leurs bancs circulaires '', Électrisés d'horreur nos tribuns populaires, Et ton œil insolent se ternira d'elï'roi A Faspect de (iérard qui répondit de toi.

Va, rien ne peut casser rimmuable anathème ; Quand le peuple a maudit, son arrêt est suprême; Sa justice inilexible interdit tout pardon: 'l'u peux sui' la poitrine^ étaler un coiditii. Tu peux llechir du roi la bonté paternelle; Mais aux icvnards de tous la tache est éternelle.

Quatorze ans ne font point oublier ces forfaits-, La peine se prescrit, et la honte jamais.

' On s"esl lu jusqu'ici; les pesants insulniros.

Notre ami, M. Saintine, qui a visilc l'été dernier le chamj) de bataille de Waterloo, et qui l'a étudié en observateur et en poëte, nous a écrit de Waterloo même une lettre que nous croyons devoir insérer ici. Elle justifiera quelques-unes de nos assertions, et servira à faire connaître au lecteur If-lal présent de ce lieu célèbre.

« Waterloo, <8 juin 1820.

'< r/est à vous, mes amis, que je rendrai compte d(> iiu^s

émotions de ce jour. Elles furent nombreuses et fortes; el puisque Walerloo doit être le sujet de l'un de vos poëmes, vous aurez fait avec moi ce triste pèlerinage.

(I Parli de Bruxelles de grand matin, après avoir traversiune partie do la belle forêt de Soignes et les villages de Waterloo et de Mont-Saint-Jean, je me trouvai enfin devant ce Ibéàtre où sembla commencer et finir ce grand drame révolutionnaire ; car dès 1704 les Français, sous les ordres dn général Lefèvre, illustraient déjà par deux combats, par deux victoires, la ferme de Mont-Saint-Jean et les murs de Waterloo.

" La plaine que j'avais sous les yeux est légèrement dominée par deux cbaînes parallèles de monticules, dont la première, s'élevant du village de 3Ierk-Braine au village de Ja Haie, se vit occupée par les Anglais. L'armée française, sur les hauteurs qui lui font face, s'étendait sur une ligne courbe et concave, en appuyant sa gauche en avant de Brainela-Leude, et sa droite sur le bois de Frischemont.

'< Il y a quatorze ans, à pareil jour, cent cinquante mille hommes s'agitaient et mouraient sur ce terrain ; aussi n'y voit-on plus aujourd'hui que des tombeaux et des trophées. Les premiers monuments qui s'offrirent à moi furent celui du général Gordon, frère du comte d'Aberdeen, et celui des Hanovriens. Ils sont situés tous deux vis-à-vis l'un de l'autre, sur les bords de la route. Les Prussiens ont élevé le leur sous la foruic d'un clocher gothique en fer. Un immense amas de terre, haut de deux cent vingt-cinq pieds, représentant une pyramide à large base, et surmonté d'un énorme lion belgiqur qui regarde et semble menacer la France, est le monument triomphal des Belges. Il est construit sur ce fameux plateau

DE WATKKLUO. 2(>7

où la cavalerie française attaqua et enfonça les carrés anglais, et il y entra comme matériaux cent mille charretées de terre et dix mille cadavres. Wellington seul dédaigna, pour éterniser sa gloire, l'érection d'une colonne ou d'un oliéliscpie, car le marbre et le fer cèdent au temps; mais il s'adjugea modestement la victoire.

« Ce que je ne puis vous décrire, mes amis, c'est l'impression poignante que je ressentis, lorsque du haut de la i)yramide belge je pus embrasser d'un coup d'œil toute la dis|)osition du terrain, et suivre à loisir, sur l'excellente relation de 31. 3Iortonval, les mouvements des deux armées. Quoique je ne connusse que trop le funeste dénoûment de Waterloo, en voyant passer devant moi toutes ces chances de fortune que le génie de Napoléon et la valeur des soldats avaient créées dans cette longue journée ; en suivant sur le champ de bataille les mouvements progressifs des Français, me figurant leur ardeur, leur impétuosité, voyant la ligne anglaise ébranlée, le chemin de Bruxelles déjà couvert de fuyards, Wellington lui-même ne s'armant déjà plus que du courage de la résignation, j'oubliais Blûcher ! et croyais encore que la victoire allait rester à la France.

« J'étais encore dans la stupéfaction du réveil, lorsque je fus distrait par l'arrivée de plusieurs étrangers qui, avec leurs guides, vinrent prendre place auprès de moi sur la plateforme. 11 y avait parmi eux des Français, des habitants de Bruxelles, et surtout des Anglais. L'un de ces derniers, qui, aussi bien que les autres, avait payé le guide pour qu'il lui racontât sa victoire, fut d'abord très-attentif lorsque le savant cicérone lui nomma, en les lui désigiuint du doigt, les hauteurs, les versants et les ravins occupés par les deux armées ;

2(iS NOTES

mais, sitôt que le narrateur eut commencé sa bataille et expliqué comment la gauche des Français attaqua et délogea d'al)ord les alliés du liois d'Hougoumnnt, riionnête gentleman, qui n'était pas venu à Waterloo pour entendre médire des Anglais, fit aussitôt un demi-tour à droite, et, passant derrière le large piédestal du lion helgique, s'y promena quelque temps pour donner à l'historien le tem.ps d'en finir avec son ])ois d'Hougoumont. Il revint bientôt se mêler au groupe d'auditeurs, mais au côté opposé à celui d'où il était parti. Il entendit alors, avec une satisfaction marquée, raconter la charge brillante de la cavalerie de Ponsonby sur l'infapterie française du centre ; mais lorsqu'il vit pour résultat les cavaliers anglais enveloppés, écrasés, les généraux Ponsonby et Picton tués, les Français maîtres de la Haie-Sainte, il fit un demi-tour à gauche, et retourna derrière son lion exhaler sa mauvaise humeur. Puis il se risqua de nouveau; mais alors les artilleurs anglais abandonnaient leurs pièces, les carrés étaient entamés, plusieurs régiments tourbillonnaient en pleine déroute. Legravt* Breton n'y tint plus; cette fois il n'alla pas chercher un refuge derrière le piédestal ; et, sans attendre Blûcher, il descendit les deux cent vingt-cinq marches de la montagne, indigné, sans doute, de ce qu'aux yeux mêmes d'un misérahle guide, la vérité historique était encore plus respectable que les Anglais. « Nous allâmes de là visiter ce célèbre château d'Hougoumont, dont la guerre a fait une ruine. Les arbres qui l'entourent sont mutilés par la mitraille et les boulets ; de nouvelles portes viennent d'y être placées ; mais on assure que les anciennes étaient tellement criblées et déchiquetées par les halles, qu'elles ressemblaient à un tamis. Les Français perdirent beaucoup de monde avant de pouvoir s'emparei-

DE WATEHLOO. 2r3i)

irHougouniont; niie forte haie qui, du côté qu'ils attaquaient, masquait un mur dont ils ignoraient l'existence, leur fit longtemps épuiser infructueusement tout le feu de leur mousqueterie. Deux fois ils pénétrèrent dans les cours, et deux fois ils furent repoussés. Enfin ils s'en rendirent maîtres ; mais déjà l'incendie dévorait cette vieille construction, et un grand nombre de blessés furent écrasés et brûlés sous les décombres. La chapelle seule fut préservée. Les paysans, comme vous le pensez bien, ne manquèrent pas de crier au miracle ; et aujourd'hui le guide nous raconta comment, lorsque de longues colonnes de flamme, après avoir détruit les bâtiments principaux, se dirigeaient vers la chapelle, elles s'arrêtèrent et s'anéantirent tout à coup à la vue d'un énorme Christ de bois qui en surmonte la porte à l'intérieur. Je vérifiai moimême le miracle. La chapelle était intacte ; mais le Christ avait les pieds brûlés.

« En revenant d'Hougoumont , nous rencontrâmes des femmes qui voulurent nous vendre des tronçons d'armes, des débris d'obus et des balles de fusil. On m'avait dit que les habitants de ce pays en tenaient fabrique. Je me rappelais la mystification des trente mille Olhons grand bronze , vendus aux Anglais par les Italiens modernes, faux monnayeurs de l'antiquité. Je consultai mon guide ; il me dissuada. « Dans '< les premières années, me dit-il, en labourant la terre, nous « trouvions une telle quantité de balles et de débris, que nous " ne les ramassions que pour les vendre à la livre. Aujour- « d'hui encore, avec un peu d'attention, on en découvre en » grand nombre. Ce n'est plus là-dessus que nous pouvons « spéculer : cela est devenu trop commun. Mais si vous êtes « curieux d atlieler des têtes, j'en ai là quelques-unes bien

nettoyées, et que je vous céderai. — Comment, des têtes!... m'écriai-je ; vous vendez des têtes ? — Les Anglais nous en emportent beaucoup, » me répondit-il froidement. « Il m'expliqua alors par quel moyen il se les procurait. Nous arrivions devant la Haie-Sainte. «Vous voyez, me dit-il, en me montrant un grand champ de seigle à droite ; tous ces épis ne sont pas de même couleur ; il y a là des places ' entières d'un vert plus foncé, plus noirâtre que les autres : c'est là que sont les fosses. Il en est ainsi presque dans toute la plaine, et lorsque nous voulons quelques ossements, quelques têtes, nous remarquons l'endroit, nous attendons le soir et nous fouillons. •• •f Je quittai ce spoliateur de la tombe des héros pour entrer à la ferme où je devais dîner. Tout y respirait la joie et le plaisir; car c'est fête aujourd'hui! Il y avait dans la cour de jeunes villageoises fort vives qui riaient et chantaient; un bon diner m'attendait dans une salle à manger très-propre, car la propreté est le luxe du pays ; et moi, je venais de visiter un petit jardin charmant où tout était fleurs et parfums. Eh bien, mes amis, cette ferme était celle de la Haie-Sainte, la tête du centre anglais, où l'action fut la plus vive et la plus meurtrière. Ces cours avaient été jonchées de cadavres; c'est dans cette salle à manger qu'on s'était massacré pendant l'action et qu'on avait amputé les blessés après. Et dans ce jardin gazonné et doux fleurant, les Français, ivres de sang et de poudre, avaient égorgé quatre cents Hanovriens qui leur criaient grâce ! Les arts ne vivent que de contrastes, mais il en faut excepter la gastronomie. On dine mal face à face avec de pareils souvenirs.

« Je couche à Waterloo, où Wellington avait établi son

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(|iiai'tier général. II logeait près de l'auberge de Jean de Nivelles. La petite église de Waterloo a ses murs entièrcmeni recouverts de cénotaphes en marbre, consacrés, par les différents corps de l'armée anglaise, à leurs officiers morts pendant le combat. Le cimetière renferme aussi plusieurs tombes creusées le lendemain de ce grand jour, et j'ai lu dans un jardin de la ville l'inscription tumulaire qui recouvre la jambe du comte d'Uxbridge; etc., etc., etc. »

- Aussi, quand des combats la chance aléatoire.

Croirait-on que l'exaltation produite par l'heureux coup de dés de Waterloo soit encore à Londres dans toute son intensité? Pendant que les Français font de beaux cours de philosophie pour se prouver que les deux peuples rivaux se sonl donné la main, que les haines nationales de peuple à peuple sont ridicules, et contraires à l'esprit grave de l'époque, les Anglais, très-philosophes aussi, persistent dans le statu quo dr leurs vieilles rancunes, et nous regardent du même œil qu'au temps de Jeanne d'Arc et de Jean Chandos. Nous en sommes toujours pour nos avances de courtoisie : elles nous coûteront cher dans l'avenir. D'ailleurs les Anglais prennent nos avances pour une soumission de peuple vaincu; et si, de leur côté, ils balbutient quelquefois les mots d'union, de paix philosophique entre peuples, c'est de cet air de bon sens protecteur que le fort prend devant le faible. Leur gouvernement, qui n'est point du tout philosophe, croit qu'il est de sa politique d'entretenir la haine nationale de John Bull, lequel est merveilleusement porté à seconder les vues de son gouvernement Qu'on nous permette un parallèlt; entre les deux peuples, parallèle qui se rattache à notre sujet.

Si, après avoir battu les Anglais à Waterloo, ainsi que nous l'avons fait, nous fussions restés maîtres du champ de bataille, l'enthousiasme aurait éclaté dans Paris. Nos auteurs dramatiques du Cirque auraient composé un mimo-drame qui, après cinquante représentations, serait rentré dans le néant. On aurait vu dans cette pièce ce qu'on voit partout, des soldats qui s'entre-fusillent, et une intrigue d'amour jetée à travers tout cela; mais ni Wellington, ni Bligton, ni Picton, ni aucun ennemi nominativement amené. Notre peuple des boulevards aurait applaudi les Français et plaint les Anglais, avec ce bon sens et ce tact qui le caractérisent.

Que s'est-il passé à Londres? D'abord il a été généralement admis que Wellington avait battu Napoléon sans le secours de Bliicher, et Walter Scott a fait un centième roman pour le prouver. Alors leurs auteurs dramatiques, dont le meilleur ne vaut pas M. Draparnaud, ont composé des pièces ignobles, dans lesquelles on traite de lâches ces cuirassiers de la garde, qui, à jeun depuis deux jours, ont tué à coups de sabre quinze mille Anglais bien repus de vin et de bœuf. On a représenté ces misérables productions de la barbarie anglaise sur le théâtre d'Astley. On les a représentées il y a quinze ans, et, chose incroyable ! elles n'ont point encore lassé aujourd'hui la curiosité britannique.

' Ils avaient un héros! L'Homère de l'Ecosse.

Pour comprendre jusqu'à quel degré de folie la gravité anglaise peut descendre, il faut avoir vu cette caricature d'airain, étalée sur piédestal à Hyde-Park : le vaincu de Waterloo déguisé en Achille ! On nous a conté à Londres que, peu de temps après l'inauguration de cette mascarade, de jeunes

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français, plus patriolos que prudents, renversèrent pendant la nuit le colosse menteur. Les traces de ce glorieux sacrilège lurent promptement effacées ; la statue remonta sur son piédestal, mais elle avait passé six heures dans la poussière, comme l'original à Waterloo.

' Reprenons pour nos morts toute leur part de i^loire.

Ce jugement, porté sur Wellington et la bataille, n'émane pas de nous, pauvres poètes, fort ignorants en stratégie. Vingt autres, avant nous, ont démontré victorieusement que sir Arthur Wellington a vu sa ligne enfoncée sur le plateau de la Haie-Sainte, qu'à six heures du soir sa bataille était perdue, et que la chaussée de Bruxelles était inondée de bagages et de fuyards. Après cela, c'est bien la peine de se faire couler en bronze! Il est encore évident aujourd'hui, et vrai comme axiome, que, sans l'arrivée inattendue et non calculée de Bliicher, le peu d'Anglais qui avait échappé au sabre des cuirassiers serait resté sur la Haie-Sainte. H est à remarquer que, dans toutes les grandes batailles qui ont changé le sort d'une nation, la victoire se décida au tomber du jour par un incident qui n'avait pas été prévu.

' Un seul homme est parjure à ce pacte unanime.

A Waterloo, la trahison a plus fait encore contre la France que l'arrivée de Blïicher, machine septuagénaire sans idée et sans volonté. Nous voulons bien adiuettre un instant que le général Bourmont, en passant à l'ennemi, ne lui ait porté ni cartons, ni plans, ni secrets, qu'il ait tout simplement cédé à l'impulsion de son vieux cœur chouan, qiu)ique le moment

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lût mal choisi pour obéir à sou cœur; mais ou mesurera saus peiue le terrible effet moral que cette désertion exerça sur uuo armée qui se souvenait de Leipsick. C'est pour cela que la faute de M. de Bourmont est si odieuse ; il suffisait que le soldat fût instruit officiellement d'une seule trahison, pour qu'il en supposât vingt, pour qu'il en supposât cent; de là ce découragement funeste qui se propagea plus rapidement encore aux approches de la nuit.

- M. de Bourmont avait été placé dans l'armée par le prince de Neuchâtel. En 1815, au moment de l'arrivée, en Allemagne, du corps du général Grenier, qui venait de l'Italie, il fut attaché comme adjudant-commandant à l'état-major du maréchal 3Iacdonald, chef du 11*^ corps. Lors de la reprise des hostilités, en août, les 5^, 5* et 11^ corps ayant été mis sous les ordres de ce maréchal, le général Gérard eut le commandement du 1 r, et M. de Bourmont se trouva ainsi employé près de lui. En septembre, même année, l'empereur passa une revue du 5*^ corps, près de Bischofwerda. Très-content de ce corps d'armée, il accorda au général Gérard un grand nombre de récompenses pour les officiers et soldats. Ce général, saisissant le moment où l'empereur lui témoignait puldiquement sa satisfaction, demanda le grade de général pour 31. de Bourmont, qu'une blessure retenait à Dresde. Le renom que M. de Bourmont s'était acquis dans la chouannerie n'était pas de nature à prévenir l'empereur en sa faveur; mais le général Gérard fit valoir avec tant de chaleur le dévouement et la bonne conduite de cet officier, que l'empereur finit par lui accorder le grade de général, vainement demandé jusque-là pour lui par Macdonald et Berthier.

« Après les malheurs qui terminèrent cette campagne, l'em-

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pereiir ayant coiiflé le couiiiiaiidement du corps des réserves de Paris au comte Gérard, celui-ci, satisfait des services dv M. de Bourmont, obtint encore pour lui le romiuandemenl «l'une de ses brigades.

'« En février 1814, les corps du niarcchal Victor et du général Gérard ayant dû repasser sur la rive droite de la Seim-. et le général Gérard, qui faisait larrière-garde, voulant retarder le plus possible le passage de la Seine par renneiui, ii Nogent, résolut de défendre cette ville ouverte en établissant des traverses dans les rues, en crénelant les maisons, etc. On n'avait que quelques heures. Le général Bourmont, avec deux bataillons, fut chargé de cette défense, et s'en acquitta de la manière la plus brillante. Les ennemis perdirent plus de deux mille hommes dans l'attaque. M. de Bourmont fut grièvement blessé. Combien de fois, depuis I8I0, a-t-il dû regretter une mort qui eût été glorieuse?

« Aussitôt que l'empereur fut informé de la résistance opiniâtre de Nogent, il envoya au comte Gérard le brevet de général de division pour M. de Bourmont; il n'y avait que quelques mois qu'il était encore adjudant-commandant. L'empereur, en lui donnant ce rapide avancement, semblait vouloir prouver qu'il savait à la fois récompenser les belles actions et dompter ses propres préventions.

'< A la restauration, M. de Bourmont fut nommé au commandement de la division militaire à Besançon. Le maréchal Ney commandait dans cette partie de la France : M. de Bourmont se trouva sous ses ordres ; circonstance qui eut plus tard les suites les plus funestes pour tous les doux. On se rappollf le procès du brave des braves...

" Pendant les cent jours, M. do Bnurmont sollicita vivement

i27(> NOTES

auprès du uiiuislre de la guerre d'être employé activement dans l'armée. Se voyant rudement repoussé par le maréchal Davoust, il eut recours à son ancien chef Gérard; mais ce dernier ne put vaincre la répugnance de Davousl. Il s'adressa alors directement à l'empereur, et, secondé par le maréchal Ney, les généraux Flahaut et Labédoyère, il parvint à obtenir, de ce prince, le commandement d'une des divisions du i*" corps pour le général Bourmout. L'empereur avait été indisposé contre M. de Bourmout pour des propos tenus dans les salons du faubourg Saint-Germain; mais les instances de son protecteur triomphèrent. L'empereur estimait à la fois , dans le général Gérard, le caractère, les talents, la brillante bravoure et le sang-froid dans les dangers. Il avait sur lui de grandes vues.

<i En vain Davoust sourait-il à l'empereur de nouvelles observations, Bourmout fut chargé du commandement de la 5*^ division du 4^ corps qui se formait à Metz. Il partit aussitôt pour son poste; c'était dans le commencement d'avril.

« Le A" corps, sous les ordres de Gérard, se mit en marche le 11 juin pour se porter sur laSambre. Le 14, il était en position à Philippeville : là il reçut l'ordre de l'empereur de se porter au Catelet pour y passer la Sambre. La division Bourmout formait tête de colonne ; son quartier général était à Florennes, village à deux lieues en avant de Philippeville. Dans la soirée du 14, ce général fit la reconnaissance du terrain dans le plus grand détail, et donna tous les ordres nécessaires pour la sûreté de ses troupes et la marche du lendemain.

« Le 15, à quatre heures du matin, les troupes prirent les armes, à cinq heures et demie, M. de Bourmout moula à cheval, accompagné de son chef d'état-major, le colonel Clouel,

i)i: ^^AT^:l\L(»<».

d'un autre officier d'élal-niajor, M. Viltoulreys, et «le trois aides de camp; un brigadier et six cliasseurs à cheval servaient d'escorte. Ce groupe se porta en avant comme pour reconnaître le cliemin. Au bout d'une demi-lieue, le général Bourmont renvoya, sous divers prétextes, deux de ses chasseurs au commandant de sa première brigade, et peu après il congédia les autres chasseurs, remettant au brigadier deux lettres pour le comte Gérard, et chargeant ce sous-officier de dire au généralde la première brigade qu'il allait rejoindre Louis XVIII. Le brigadier le vit parlementer avec les avant-postes prussiens, et passer à l'ennemi avec ses officiers.

« Aussitôt que le loyal Gérard eut connaissance de cet événement, il se rendit au galop sur le front de la troisième division. Les soldats étaient animés de fureur. Le général en chef confia la conduite de la division au général Hulot qui commandait la première brigade. En ce moment venaient d'arriver au champ de mai les officiers, sous-officiers et soldats qui y avaient été envoyés pour recevoir les nouvelles aigles. Le général en chef, en les remettant à ses troupes, et après leur avoir exprimé énergiquement toute l'indignation dont il était pénétré contre M. de Bourmont, leur dit :

.. Soldats de la troisième division, voici les nouvelles aigles « que l'empereur confie à votre valeur : celles d'Austerlit/. « étaient usées par quinze ans de victoires; voici l'instant d.> u donner de nouvelles preuves de votre brillant courage : l'en- « nemi est devant vous; la France vous contemple. ..

« Ce discours fut accueilli par des cris mille fois répétés de: Vive l'empereur! Le lendemain, ces mêmes soldats furent vainqueurs à Fieurus. »

'■ Et Itii'iitôl iiii vciil in;igiqii('.

Une lenipète eiïruyahle dura pendant toute la nuil ipii précéda la bataille. Les Anglais, qui hivaquaient déjà sur place, au milieu de la journée du 17, en soulïrirent beaucoup moins que les soldats de Napoléon, qui, encore en marcbc, étaient loin de songer à s'abriter contre l'orage. Durant cette longue obscurité, interrompue seulement par la lumière rapide des éclairs, les Français manœuvraient sous des torrenis de pluie, dans des chemins fangeux, défoncés sous le poids de l'artillerie, et n'entrèrent définitivement en ligne sur les hauteurs de la Belle-Alliance que dans la matinée du 18. A la pointe du jour, le maréchal Ney, après avoir parcouru le front de l'armée, se rendit vers l'empereur, qui déjà comptai! sur la victoire, malgré l'infériorité de ses forces, et lui annonça que Wellington ne paraissait pas disposé à tenter les chances de la bataille. A neuf heures, la pluie pessa, le ciel s'éclaircit; nos soldats joyeux crurent saluer le soleil d'Austerlitz, et Napoléon, qui craignait de voir l'ennemi lui échapper, le retrouvant encore dans ses mêmes positions, s'écria plein d'enthousiasme, en tendant les bras vers lui : " Ah ! je les tiens donc ces Anglais ! » Le vieux Bliicher devait venir les lui arracher des mains, et donner un démenti aux calculs du génie et aux inspirations de la gloire.

' L'intelligent soldat tourne un œil scrutateur Sur la haute colline où plane l'empereur.

Cette colline est située à gauche de la grande route et à hauteur de la Belle-Alliance ; c'est de là que Napoléon expédia ses ordres pour la bataille. 11 se trouvait ainsi au contre de son

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armée, laiulis que ^Vellill!^4on, occupant encore son quartier i,^énéral dans la petite ville de Waterloo, sitnée à deux milles de son corps d'armée, prouvait que, s'il avait manqué de prudence en acculant ses soldats sur une forêt, qui en cas d'échec compromettait leur salut à tous, il avait jtris du moins des mesures très-sages pour commander la retraite en personne, et arriver le premier à Bruxelles.

' Sur ce grand échiquier où l'on joue un empire.

C'est un mot de Napoléou. A la bataille de la Mos((»av;i, il dit : J'allcnds de voir plus clair sur mon échiquier.

' Et Gérard, toujours prêt à marciier au canon?

Nous rappelons ici l'énergique expression mililfiirc du général Gérard. | i

'" Emporte d'Hougoumoiit l'enceinte crénelée. !

Entre les deux chaînes parallèles sur lesquelles étaient pos- l

lées les deux armées,. on trouve, dans le vallon, le château ou ferme d'Hougoumont, belle retraite toute couronnée de bois, et qui fut complètement dévastée dans ce grand jour. Le général anglais avait jeté dans Hougoumont ses meilleures troupes. Elles en furent chassées par Jérôme qui coiumandait I aile gauche de l'ariuée française. Ce prince se couvrit de gloire à Waterloo. A la nuit, quand le désordre se mit dans ses rangs, il s'écria avec l'accent de riiéroïsiue : Ici doit périr tout ce (jui porte le nom de lionajxtrle !

" Consommez aujourd'hui le deuil de l'Angleterre.

Voici le relevé officiel des pertes éprouvées par les Anglo- Bataves et les Prussiens pendant les journées des IG, 17 o 18 juin 1815 :

Anglais 10,981 ) Rapport de Wellington . du 29 juin

Hanovriens 2,757 ) 1815.

Légion allemande. . . 1,900 Étals par régiment.

Brunswickois. . . . 2,000

Nassau 5,100 Rapport du prince Bernard.

Hollandais et Belges. 4,136 Rapport du prince d'Orange.

Prussiens 53,152 Rapport des généraux prussiens.

(dont 25,000 à Ligny. )

'- L'orgueilleux Wellington, qui pâlit pour ses jours.

Tous les historiens s'accordent à dire que Wellington, voyant toiuber ses soldats autour de lui, versa d'abondantes larmes. Son patron Achille en versait aussi, luais de colère et dans sa tente ; au milieu d'une bataille, il n'en faisait répandre qu'aux Troyens. Si le général anglais a pleuré par un sentiment d'humanité, connue on veut nous le faire croire, ce sentiment ressemble beaucoup aux émotions d'une femme.

" Partout notre aigle plane. Entendez-vous ces cris.

Ici se termine notre bataille de Mont-Saint-Jean : il est six heures du soir ; les Anglais sont battus, notre chant de vengeance est terminé. Tout ce qui se passe à l'arrivée de Bliicher entrait aussi peu dans notre plan que dans celui de Wellington.

" A-t-il vu par nos lois sa famille proscrite?

Personne n'ignore que, d'après les lois de l'ancienne clin-

I)K W ATKH 1.00. :)S1

viilcric, le ('(miKiMe, ronvaincu de haute liahison, avant dr subir le dernier supplice, voyait le Ixturreau l)iiser à coups de hache son écu et son l)lason. Des prêtres, en lançant l'ana- Iheuie, ciianlaienl sur lui hi prière des UKUis ; une uiain inl'auiante lui iniposail un hajttènie ii^nouiinieux, po\ir délruirr sur son Iront et sur sa joue ronclion du preux cl h' haiser rraternel. Sa maison était rasée, s(»n <'hanip semé de sel, sou nom maudit. Nous avons encore des chevaliers; mais, dans le cas de félonie et de déloyauté, à défaut dn bourreau, ce n'csl plus (pie l'opinion publique qui leur imprime sur le Iront le sceau ri'probaleur.

'' Jiis(|iraii |i(iiit lri(im|ilial dii coiiilial du (iiicscliii.

La statiu' du célèbre connétable ([ui ballit les Anglais veiiaii d'être placée nouvellement sur un des appuis du pont L(uiis XVI. — Cette statue a été transpoiMée depuis dans la cour d'honneur du palais de Versailles.

"■ l'ii verras, a ta \(ii\ , sur leurs lianes eireiilair"s.

" L'euipereui', \r IG au matin, aussitôt (pic nous l'ùmes à la liauleui' de Fleurus, se poi'la au galop sur la ligue des tirailleurs, et, pour mieux reconnaître la positi(ui de reuneini. il monta dans un nu)ulin qui se trouvait en avant de cette ligue, cl sur notre droite. Dans ce moment japercns le gém-ral (\rrard, dont le coij>s d'armée venant de .Metz avait j»assé la Sambre au Calelet ; j'en iulormai rempereur cpii le lit app(der aussitôt . /i7t hie» ! (ivrard, lui dit-il, ro/rr fameux liinfninnil est donc redevenu chouan? Dannist arail bien raison de me dire

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>:ii'(U( in())nnit du dan'jcr rri /loiiiiiir nous ahaudDiiurrail . (It'rnrd

cxjtrimn à Sa Majoslr roiiiliion il regrcllail (Favoir élé le pro-

It'ChMir de riM ollicicr. " .Mais, ajoulail-il, il s'élail si bien

" conduil jusque-là, il ine jiaraissait si sincèreuieut dévoué a

" Votre Majeslé, (jue tout autre à ma jdace eût l'Ié éijalenient

■ lroni]ié. " L"euipei"('Uî" r(''])éla alors ee (ju'il avait déjà dit à

.Nt'V sur le nièllU' sujet : » Los hlaucs saut hJaucs, ri (es hirus

si^iil hinis.

E.tiifiil (lu Jdunidl (lu '/( ;;f'r(i! (anirciatiil .

Après la publiealioii dv no\\v deinior poëme, ISapo- /t'on en lujt/pte. nou^ ci'ùincs devoii' en faire hoiiimagc aux membi'es dispersés de la famille iinpéiiale. Des exemplaii'es de cet ouvrage furent adressés a Ironie, à Florence, àTrieste, jusqu'à Philadelphii»; et, nous ne craignons pas de lavouer. des suffrages augustes récompensèrent notre bon souvenir, et quelques lettres honorables nous furent écrites par des mains qui avaient longtemps signé des décrets. Nous conçûmes aloi's 1(> désir de tenter unc^ nouvelle dédicace auprès dun |>iiiic(' (pic des ;Uïeclioii< plus

iiiliiucs allacliriil |)lu> j)ai-li('uliei'(Mii(Mil a noire licros. Otte idée nous oitscda qu(d(|ii(^ temps, (M liiiil ])ai' nous entraîner : tandis que l'un d(^ nous allait, sur le sol natal, retahlir nue santé usée par les veilles, l'autre quittait Paris pour se rendre à Vienne, dans lespuir de parvenir jusqu'au jeune due deReiehstadt. et de lui offrir un exemplaire de Napoléon en Egif/ilc. Cette entreprise, purement littéraire et tout à fa il in offensive , n'a pu obtenir aueun résultat : il fallut reculer devant des obstacles politiques, et le poète voyageur est revenu dans sa patrie, sans avoir l'ecueilli le fruit de sa eoiu'se aventureuse.

i>iw)Ki':ssio\ i)i: r(H

Hlurfxx (lavoir insciil l.s rliants .limp ép'M"'''

Sur la culoniie auti([ue où repose Pompée,

.Vai voulu répéter aux oreilles diin fils

l.n fvloire paternelle aux plaines de Meinpliis :

C'est la (oui le «'oiuplol <le mon pèlerinage :

De in)l)les souviMiiis nnuleste lenn>iî>,najve,

•lallai pour roniiei' au pii|»ille dun roi

l n liviv (jue la l-rance avait lu >an«^ elIViM.

288 IMIEFACK.

O NOUS qui, rallies autoui' du Manc pauaohe, Ayez toujours suivi la baunièro sans tache. Serviteurs éprouvés du trône et de Tautel Sur la terre d'exil non moins qu'au Carrousel, Dans nos cœursmoius parfaits souffrez quelque faiblesse; Moins pursque vous, moins pleinsde vie et de jeunesse, De nos vieilles erreurs conservant le levain, Nous contemplons parfois un simulacre vain. Vous ne Tignorez pas ; un coupable délire Accueillit en naissant Théritier de Fempire ; Idole (juand la France adorait de faux dieux, Nous lui (Tardons encore un souvenir pieux; Charles, qui le premier a droit à notre hommajje, Nous permet d'encenser une innocente ima^e ; Instruit par Tinfortune, il pardonne à Terreui' D'une fidélité qui survit au malheur.

Hélas! je pris la vie au milieu d un (ua^je ' ; lîien ne me l'évélait Thistoire de notre à()('. Ki la (jjloire présente à mes yeux éblouis Déroba bien longtemps b^s fils de saint Louis.

PREFACE. 289

l*oiiil;uil, j (Miti'pvoyais IcMir fni(i([iip efligie Comiiio les fictions (J Une niviliolorjio ; lavnis 1(1 vaguement, dans monsieur Le Hagois'', Que la faveur du riel nous conservait des rois; Mais, tout en déplorant leur race dispersée, J'ignorais les détails de leur longue Odyssée, Sur quel sol protecteur, sous (juels lointains .dnis Respiraient librement les augustes proscrits. Soumis aveuglément au droit de la puissance, Je ne me doutais pas, dans mon adolescence, Que riiéritier des lis, exilé de Mittau, Régnait, chez les Anglais, dans un Jiunible cliàteau. Et que, depuis vingt ans, sa bonté paternelle Rédigeait pour son peuple une charte éternelle; Aussi, quand le vrai roi, dans Paris ramené. Apparut comme un astre à son peuple étonné. Longtemps, comme étranger au sein de ma pairie. Conservant malgré moi ma .vieille idolâtrie. Je suivais de leireur le labyrinthe obscur; AujourdMiui même encore, instruit par làge mûr.

PREFACE

Dans les doutes nouveaux où mon esprit s'enfonce. Souvent je m interroge et reste sans réponse; Comme un frêle canot qui flotte sur les mers, Sceptique irrésolu, je m'égare et me perds ; Mais bientôt revenant à la saine doctrine, Honteux de mes erreurs, je frappe ma poitrine ; Vainement la raison combat le droit public. Elle tombe vaincue aux pieds de Metternich, Et, bien que nourrissant un doute involontaire. De la foi politique adore le mystère.

PoËTE aventureux, dans mon lointain essor ', A la cour de Pyrrluis j'ai vu le lîls d'Heelor ; Oui, j'osai pénétrer dans la ville chrétienne Que signale de loin la loin' de Saint-l^^tuMine : Ce lleuve est le Danube, ami de ses remparts C'est ici la maison ou dorment les Césars;

Voici l'écusson jaiine^ emblème de victoires, Où Taigle au double front étend ses ailes noires, Et là. vers Tescaliei' qniin Bohême défend. S'ouvre la galerie où repose un enfant. Que vous dirai-je encore? A mes lèvres glacées Epargnez le récit de mes douleurs passées : Un pouvoir ombrageux veillait autour de lui: Je lai vu, mais de loin; étranger sans appui. Au seuil de son palais, sans en toucher les dalles, Triste, j'ai secoué mes poudreuses sandales, Et je n'ai même pu recueillir une fois Le son de sa parole et Taccent de sa voix '\

Écoutez cependant : La nuit était venue, Le peuple, du théâtre inondait l'avenue; Et moi, Français obscur, par la foule conduit. Sur un siège isolé je me jette sans bruit. J'écoutais vaguement et je voyais à peine : Les héros de Schiller s'agitaient sur la scène ■%

DE L'HOMME. iO."

A l'ovale contour des gradins spacieux, Sur une triple ligne étincelaient des yeux; Dans le fond de Tarene, à peine contenues, Comme un pavé mouvant sortaient des télés mics; Au centre, aux deux côtés, de lun a r.iiiirc Itmii. Partout était le peuple, et le calme partout. Bientôt, dans une loge où nul flambeau ne luille, Arrivent gravement César et sa famille.

De princes, d'archiducs, inépuisable cour. Comme Taire d'un aigle ou le nid d'un vaiiioiii-. On lisait sur leur front, dans leur froide attitude. Les ennuis dun plaisir usé par Thabitude; Un lustre aux feux mourants, descendu du itlniond. Mêlait sa lueur triste au silence profond : Seulement par secousse, à l'angle de la salle. Résonnait quelquefois la toux impériale''. Alors un léger bruit réveilla mon esprit : Dans la loge voisine une porte s'ouvrit, Et, dans la profondeur de cette enceinte obscure, Apparut tout à coup une pâle figure:

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