LE DESERT
Et, tandis que leurs doigts, pressant le noir limon D'un reste de fraîcheur raniment leur poumon,' D'autres , plus effrénés , dans un accès de rage , Égorgent les chameaux, compagnons du voyage, VA leurs avides mains, qu'instruit le désespoir. Des intestins sanglants fouillent le réservoir...
Soudain des cris de joie , éclatant dans la nue , Raniment dans les cœurs Tespérancc perdue : Voilà que le désert , aux voyageurs surpris , Déroule à l'orient de fortunés abris ; Une immense oasis , dans des vapeurs lointaines , Avec ses frais vallons, ses humides fontaines. Son lac étincelant , ses berceaux de jasmin , Surgit à l'horizon du sablonneux chemin... Salut , belle oasis ! île de fleurs semée , Vase toujours chargé des parfums d'Idumée ! Cette nuit , Bonaparte et ses soldats errants Fouleront les sentiers de tes bois odorants ;
Et^ sur les bords fleuris de tes fraîches cascades. Sous la nef des palmiers aux mouvantes arcades , Dans le joyeux bivac qui doit les réunir, Des tourments du désert perdront le souvenir. Doux rêves de bonheur! L'oasis diaphane, Fantôme aérien , trompe la caravane :
Les crédules soldats , qu'un prestige séduit , Vers le but, qui s'éloigne, errent jusqu'à la nu il. Alors , comme un jardin qu'une fée inconnue De sa baguette d'or dissipe dans la nue , L'Ile miraculeuse aux ombrages trompeurs Se détache du sol en subtiles vapeurs, Disperse , en variant leurs formes fantastiques , Ses contours onduleux, ses verdoyants portiques , Et , des yeux fascinés trompant le fol espoir, Mêle ses vains débris aux nuages du soir '.
Ils sont lous retombés sur h^ur lit d'agonie : Tous reprochent au ciel sa poignante ironie ,
LE ni:sKr.T.
Ei muets de sdipenr, (11111 d'il «Icsciiclï.iiilc ,
Contemplent du désert la pâle nudité.
Ouelle nuit! Du milieu de ees plaines lalales,
De lugubres accents sortent par intei*\ ailes :
C'étaient les derniers sons, les soupirs déchiianls,
Qu'à leurs tristes amis adressaient les moiiraiils,
Lamentables adieux qu'une bouche tlétrie
Mêlait avec effort au nom de la patrie.
Mais le chef de l'armée, escorté de flambeaux ,
Secourable génie au milieu des tombeaux ,
Sur ces couches de deuil que la fièvre désole,
Allait semant partout sa magique parole :
« Soldats , c'est un combat que nous livrons ici ;
« Le désert a lassé notre corps endurci ,
« Nous vaincrons le désert. Une telle victoire ,
« Vétérans de Lodi , mancjiiait à votre hisldire:
<• L'excès du mal annonce un avenir plus doux.
»« Vos tourments sont les miens, et j'ai soilcomme NOUS.
l'^l ces mois consolanls, où son ànu' esl enipiciiilc.
Ualiiiniaieiil dans les cœurs une espérance eleiiKe.