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oute aciion était juste , lorsqu'elle avait un but poliique ; que tous les pays du monde s'étaient toujours réjouis de la mort des tyrans; et il ajouta qu'on espérait que j'y serais présent. Après une longue discussion , on convint que l'Iustitut s'y rendrait en corps , 2t que j'en ferais partie , comme membre de la classe ies Sciences à laquelle j'appartenais. Quoique j'évitasse de me rendre l'objet d'une attention trop mar-, quée de la part du public , la multitude , qui paraissait ne pas remarquer le Directoire, mais qui avait attendu pour me voir sortir, remplit l'air des cris de vive le général de V armée d'Italie! Jamais il n'y eut de général plus aimé de ses troupes que je ne l'ai été. 5> Pour vous montrer la confiance que j'avais dans les sentiraens de l'armée, dit-il, je n'ai besoin que de vous racontrer un événement qui sera recueilli par l'histoire. Cinq à six jours après mon débarquement à Cannes , l'avant-garde de ma petite armée rencontra les postes avancés d'une division qui marchait de Grenoble contre moi. Cambrone , qui commandait mes troupes, voulut leur parler 5 mais ils ne voulurent pas l'entendre. Us refusèrent aussi de recevoir Raoul, que j'envoyai ensuite. Quand on m'en eut fait le rapport, j'y allai moi-même avec quelques soldats de ma garde, les fusils renversés , et je criai : Que le premier d'entre vous qui veut tuer son empereur s'approche ; le voilà. Ce peu de mots produisit l'effet d'une commotion électrique , et le cri de vive l'empereur ! retentit parmi les rangs j la division et mes gardes fraternisèrent, tous vinrent me rejoindre, et nous marchâmes ensemble sur Grenoble, Quand nous fûmes auprès de cette ville , Labédoyère , jeune colonel , vint me rejoindre avec son régiment. Je
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trouvai à Grenoble le régiment dans lequel, vingt -cinq ans auparavant , j'avais été capitaine , et quelques autres rangés en bataille, pour s'opposer à ce que je pénétrasse dans la place. Ils ne m'eurent pas plutôt aperçu qu'on enteudit de toutes parts les cris de vive Vempereurl qui furent répétés, non -seulement par les troupes , mais par la totalité de la garde nationale et de la population: les portes furent abattues, et j'entrai en triomphe. J'avançai vers Lyon , où les troupes chargées de défendre cette ville contre moi, se rangèrent sous mes étendards. »
Tandis que Napoléon était assis sur les degrés de la galerie vitrée, il aperçut M. Siokoe , qui se promenait avec moi dans le jardin. Il le fit venir auprès de lui, et lui fit quelques questions en italien.
Sir Budson Lovve et le major Gorrequcr sont allés aujourd'hui chez le comte Bertrand et y sont restés quelque temps.
Sir Thomas Reade m'a dit que sir Hudson Lowe avait reçu de Bertrand un paquet cacheté adressé à lord Livei pool, qu'il élaitdans l'intention d'expédier quoiqu'il fut certain qu'il renfermait des plaintescontre lui ; mais qu'il ne s'en inquiétait guères ; que les choses en iraient beaucoup mieux sans ces damnés de commissaires, etc. Il m'a ensuite demandé si j'avais eu une longue conversation avec eux. Je lui ai répondu que la conversation avait été très-courte j que j'avais observé, depuis quelque temps, un changement marqué dans leur conduite envers moi j qu'au lieu de me faire un grand nombre de questions comme auparavant, ils ne parlaient qu'avec beaucoup de réserve, et que leurs discours ne roulaient que sur des lieux communs. Il m'a dit qu'il était très -vraisemblable que les commis-
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snires faisaient connaître aux Français ce que contenait un bulletin de la santé du prisonnier, puisqu'ils avaient assuré que Napoléon était beaucoup plus mal que je ne le prétendais d'après mes rapports.
Le major Gorrequer est venu à Longwood après le signal donné, et a eu une longue conférence avec le comte Bertrand.
11. — J'ai vu Napoléon dans son lit, à sept heures du malin. Il s'est plaint de n'avoir pu reposer pendant la nuit, et de souffrir d'une augmentation de douleur dans le côté et dans l'épaule. Les palpitations étaient revenues, etc.; ce qu'il attribuait, et probablement avec raison , à ce qu'il était resté assis au soleil pendant quelque temps, la veille. Je lui ordonnai les remèdes convenables; il en mit quelques uns en pratique.
Je l'ai vu de nouveau à trois heures, il avait pris un bain chaud, et s'en était trouvé très-soulagé j son appétit était considérablement diminué.
Sir Hudson Lovfe est venu à Longwood, et paraissait très-occupé à mesurer les distances qui existaient d'une sentinelle à une autre.
Un bâtiment est arrivé du Cap avec des provisions et une malle de l'Angleterre.
12. — J'ai vu Napoléon qui avait les pieds dans un seau d'eau chaude. Il m'a dit qu'il se sentait mal à son aise et qu'il était de mauvaise humeur.
Sir Hudson Lowe a eu une longue conférence avec le comte Bertrand. Ce dernier s'est plaint de l'obligation dans laquelle on se trouvait de n'envoyer aucune lettre aux personnes demeurant à Sainte-Hélène, sans qu'au préalable elle ne lui fut remise décachetée ; que cette contrainte était un acte véritablement humiliant et parfaitement inutile. En effet, si Napoléon voulait
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expédier secrètement une lettre pour l'Angleterre, ou entretenir une correspondance suspecte avec un ou plusieurs habitans de l'île, qui lui empêchait de se servir du moyen qui lui était offert, puisque lui, Bertrand, avait la faculté d'inviter à Lon«wood un certain nombre de personnes, et de les garder là pendant quelques heures , comme le gouverneur disait qu'il était dans l'intention de le lui permettre? qu'alors il serait facile de saisir le moment de cette réunion pour remettre des lettres ou des renseignemens à ceux qu'il croirait incapables de le trahir , ou au moins de le compromettre; qu'il serait ridicule d'expédier par l'officier d'ordonnance une lettre cachetée contenant des renseignemens suspects, par la raison que cette lettre, au moindre soupçon, pouvait être retenue et décachetée, et que ce serait causer du désagrément à la personne à qui on l'aurait adressée. Cependant, sir Hudson Lowe ne voulut pas entendre ce raisonnement. Le comte Bertrand lui fil aussi part que l'empereur considérait comme la seule garantie qu'il pût avoir de sa vie, une libre communication avec les habitans.
Quand le major Gorrequer se fut rendu, le 10, chez le comte Bertrand,, ce dernier lui dit que les procédés du gouvernement avaient été si extraordinaires, enveloppés de tant de mystères et d'obscurités, que quelques-uns des officiers du 5'6e. régiment, s'imaginant qu'il pouvait être questiou d'un projet criminel, leur avaient fait entendre qu'ils ne devaient rien craindre, parce que, dans ce corps honorable, on ne trouverait ni assassins , ni exécuteurs des hautes-œuvres ; que sir Georges Coékburn avait dit , presque aussitôt après l'arrivée de Napoléon ; « Si je place des sentinelles
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partout , et que je prenne telles ou telles mesures , cet homme va s'enfermer et ne sortira plus de sa maison. Il ne vivra pas dans six mois. Je ne veux pas être l'assassin de qui que ce soit ; je veux arranger les choses de manière à ce qu'il jouisse d'une certaine liberté , et prendre > en même temps, les précautions convenables pour qu'il ne puisse pas s'échapper de l'île. Voilà tout ce que je puis faire pour concilier les devoirs de ma place avec le désir que j'ai de rendre moins désagréable au prisonnier le séjour de l'île.
l4« — Ce matin, lorsque je me présentai, comme à l'ordinaire, pour rendre visite à Napoléon, on me dit qu'il était endormi, et qu'il avait fait dire que je descendisse chez le comte Bertrand. J'ai eu un entretien avec ce dernier; il m'a dit que l'empereur avait été instruit que j'avais l'habitude d'écrire le bulletin de sa santé, chaque jour , ou quelquefois à des dûtes antérieures j qu'il exigeait qu'on le lui montrât avant de l'envoyer à sa destination ; que toute personne placée auprès de lui en qualité de médecin, devait nécessairement avoir une partie de sa confiance; et qu'il ne consentirait pas qu'on le désignât, dans les bulletins faits par son médecin , sous le simple titre de général Bonaparte, attendu qu'on croirait dans tonte j Europe t que lui-même aurait consenti à ce qu'on emploi at cette dénomination ; qu'il aimerait mieux mourir que d'y donner son assentiment; que je devais faire usage de la qualification ^empereur , et que j'aurais dû en faire part au gouverneur. Je répondis que je savais qu'on n'admettrait pas le titre de V empereur.
J'ai vu ensuite INapoléon , qui m'a dit qu'il avait toujours pensé qu'on pourrait exiger que je fisse des bulletins sur l'état de sa santé , surtout en cas de maladie; Quatr. partie. 2,
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que cependant , comme c'était un rapport seulement 3 il n'y avait pas fait attention 5 mais que, depuis quelques jours , les généraux Montholon et Gourgaud avaient été questionnés sur la nalure de certains symptômes qui s'étaient manifestés ( les palpitations ). Comme ils ignoraient entièrement que Napoléon, qui ne s'en était ouvert qu'à moi., eût éprouvé ce malaise général, ces évanouissemens, ces défaillances dont j'ai parlé, ils en avaient témoigné leur surprise; et on leur avait répondu que ces symptômes étaient détaillés dans les bulletins de santé envoyés au gouverneur. J'ai dil à Napoléon que j'avais fait plusieurs rapports sur l'état de sa santé» Il demanda à en voir un. Je lui montrai sur-le-champ celui du 10.
En le regardant, il remarqua l'expression général Bonaparte, et il dit qu'il ne consentirait jamais à être appelé ainsi, ni par moi , ni par personne, ayant auprès de lui le titre de son médecin ; que , comme tel, je devais posséder une partie de sa confiance, sans laquelle je ne connaîtrais pas les symptômes de sa maladie ; qu'un médecin était pour le corps ce que le confesseur était pour l'âme, et qu'il était forcé de tenir tels aveux aussi secrets les uns que les autres , à moins qu'il n'ait reçu la permission de les divulguer; qu'à l'avenir il prétendait que je lui soumisse , avant de lc< envoyer au gouverneur, tous les rapports que je ferais sur sa santé; qu'il ne prétendait pas m'influencer en rien relativement à leur rédaction ; qu'au contraire , si je pensais que les observations qu'il ferait ne fussent pas justes , je devais m'abstenir de les rapporter ; mais qu'il ne fallait pas non plus rendre compte des détails que la délicatesse ou d'autres motifs pourraient l'engager à tenir secrets; qu'après cet avertissement de sa
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part, si je continuais à envoyer d'autres bulletins sans les lui avoir préalablement montrés, ce serait jouer auprès Je lui le rôle d'un espion et non celui d'un médecin, ce qui était, ajoutait-il , ce que voulait le geôlier de Sainte-Hélène, et ce qu'il s'était d'abord efforcé de faire de moi ; que mes rapports étaient transmis aux commissaires , et , par ceux-ci, aux différentes cours; qu'ainsi, il ne pouvait consentir à ce qu'une personne, placée auprès de lui comme je l'étais, se permît de l'appeler général dans des rapports qui pourraient être envoyés en France, où il avait été au-ï trefois souverain , à la cour de Vienne et à celle de Saint-Pétersbourg; parce que, veuantde moi, ils paraîtraient une espèce de consentement de sa part à prendre un tel titre, et qu'il aimait mieux mourir que d'y consentir; qu'ainsi , il exigeait que je lui donnasse ma parole d'honneur de ne faire aucun rapport à Pavenir, sans acquiescer à ce qu'il exigeait de moi , ni sans laisser l'original entre les mains de Bertrand ; il finit en disant que , si je ne consentais pas à cet arrangement, je ne devais pas continuer à faire des bulletins , et que , si j'en faisais, il ne me reverrait jamais en qualité de médecin.
Je lui ai répondu qu'on ne m'accorderait jamais la permission de lui donner le titre d'empereur, et je proposai de faire usage de celui de Napoléon ou Napoléon Bonaparte ; que, quant à lui montrer les bulletins., je devais d'abord faire part de cet ordre au gouverneur ,, ce à quoi il consentit 3 mais nous ne fûmes pas d'accord sur le titre que je lui donnerais, ajoutant que toutefois il s'inquiétait fort peu que, dans mes rapports faits de vive voix, je l'appelasse général, bo~ ja ou tiranno Bonapare.
J'ai fait part à sir Hudson Lowe de l'entretien que je viens d'avoir. Comme je l'avais prévu, il refusa absolument de consentir à ce qu'on employât le titre demandé, mais permit de désigner le prisonnier sous le nom de Napoléon Bonaparte. Quant à montrer les rapports à Napoléon avant de les lui envoyer, il ne s'y refusait pas pour le moment actuel; que , cependant, c'était un objet sur lequel il ne pouvait se prononcer de suite, et qu'il méritait qu'on y pensât à loisir, etc. J'ai rapporté à Napoléon, dans la soirée, la réponse du gouverneur. Il m'a dit qu'il ne pouvait se faire à l'idée d'être insulté par son médecin, et qu'il ne le souffrirait jamais; qu'après avoir fait au gouvernement anglais la proposition de prendre l'incognito , proposition à laquelle il n'avait pas fait de réponse , c'était le dernier degré de l'insulle que de vouloir lui donner une dénomination à sa fantaisie; que plus on ferait d'efforts pour l'humilier, plus il persisterait obstinément à conserver son titre. « ( Ho perduto il tro- » no y dit-il, per un punto d'onore , e perde rei la » cita cento vol te > etc. ) » J'ai perdu mon trône pour un point d'honneur , et j'aimerais mieux perdre cent fois la vie que de consentir à me dégrader, en consentant à être nommé à la fantaisie de mes oppresseurs. Au bout de quelque temps , j'ai proposé de laisser là tous les titres et de me servir du mot personnage , ce qui, à ce que je pensais, écarterait toutes les difficultés. Il approuva mon idée ; mais il crut que les mots le malade seraient plus convenables encore , et ajouta qu'ils lui plairaient mieux, pourvu qu'on lui montrât les bulletins et qu'on ne les envoyai que d'après son consentement. Sir Hudson Lowe a fait entendre aujourd'hui au comte Bertrand, que sir Georges Cock-
bum avait coutume de se faire présenter les notes et les papiersque les Français envoyaient à la ville , avant que de permettre qu'ils fussent remis aux personnes à qui ils étaient adressés.
i5. — J'ai communiqué la proposition d'hier à sir Hudson Lowe, qui a refusé d'y acquiescer ; il m'a dit qu'on doit lui donner le titre de Napoléon -Bonaparte, ou de général Bonaparte, dans tous les bulletins faits sur l'état de sa santé.
16. — J'ai eu une conversation avec Napoléon au sujet du refus que le gouverneur a prononcé d'acquiescer à la proposition de l'appeler , dans les bulletins , le malade. Il a dit que l'intention manifeste du gouverneur était de détruire la confiance qui existe entre lui ( Napoléon) et moi, comme son médecin.
« Quand un homme, a-t-il dit, n'a pas de confiance en son médecin, il est inutile qu'il en ait un. La confiance ne peut être commandée 5 vous devriez vous considérer comme n'étant d'aucune nation. Un médecin et un prêtre ne doivent avoir dans l'exercice de leurs fonctions aucune idée de patriotisme; il faut qu'ils se dépouillent de toute opinion politique. Traitez-moi comme si j'étais un anglais. Le hasard m'a remis entre vos mains , et voilà pourquoi je vous ai donné ma confiance ; il n'y a pas eu d'autre raison. Si je ne vous eusse pas choisi , j'aurais eu , vous le savez , un médecin français , qui n'eût pas fait de bulletins sans ma permission. J'insiole donc pour que vous agissiez de même. Si vous traitiez lord Bathurst, écririez- vous sur l'état de sa maladie des bulletins destinés à être imprimés ou envoyés à des personnes autres que les membres desa famille, sans avoir préalablement obtenu son consentement? Qu'il en soit de môme à mon égard ,, et