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offrit , par l'entremise de Ronco, de faire débarquer sa troupe, de nuit, et sur un point de la Calabre dont ou conviendrait, et de la livrer entre les mains de la justice napolitaine. Suzzarelli en parla à Salicetti , et proposa d'envoyer un bâtiment pour la passer de Sicile en Calabre, sous prétexte de débarcpier sur quelque point où elle trouverait l'occasion de faire quelque riche butin. Il espérait, au moven de Ronco, de faire réussir ce plan ; mais Salicetti , qui doutait du courage personnel de Suzzarelli, lui dit qu'il était plus habile à faire des propositions et former des projets, que propre à en exécuter un de la nature de celui dont il était question ; et il le renvoya. Un certain Spadaccini était présent lorsque cette proposition fut faite ; c'était un Napolitain , avoué de profession et espion secret de l'intérieur, au service de Salicetti. Il était, en apparence, atlaclié à l'aucien ordre de choses; et afin de mieux tromper les partisans de la famille e>ilée, il se fit arrêter et jeter en prison par ordre de SJicetti. Il v fut retenu, comme suspect, pendant quatre moi> , et traité, en apparance, avec beaucoup de rigueur; mais le fait est qu'on lui permettait de faire ce qu'il voulait , et que toutes les nuits il était libre de sortir, déguisé , de sa prison , et d'aller se divertir avec d'autres ajjens secrets , ses confrères. C'était un homme hardi, résolu, et que son courage rendait capable d'exécuter tonte espèce d'entreprise hasardeuse. Il revint chez Salicetti , à qui il dit que le projet proposé par Suzzarelli était un projet de paille, et qu'il était la seule personne qui pût le faire réussir, étant intimement lié avec Piccioli, puisqu'ils avaient été élevés ensemble au collège, et qu'ils demeuraient à côté J'uu de l'antre. Saiiceili lui promit six
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mille wct;S, en eas de succès; mais il déclara que, s'il ne réussissait pas, non -seulement il ne donnerait rien, mais encore qu'il lui retirerait la permission dont il jouissait alors, ajoutant qu'il ne lui avancerait pas d'argent, mais qu'il ferait mettre six compagnies de gendarmerie corse sous ses ordres. Spadaccini accepta sur-le-champ cette offre et se rendit à Pescara , d'où il envoya un messager à Piccioli, qui était alors à Roeoli.
A l'arrivée de Piccioli , ils eurent ensemble une longue conférence, dans laquelle ils arrangèrent leurs plans diaboliques. Quelques jours après , Piccioli débarqua dans le golfe de Tarente , avec sa troupe , consistant eu soixante- dix à quatre- \ingts vagabonds , tous gente di riputazione , qui s'étaient signalés par leurs vols et leurs assassinats le long des côtes , et qui étaient la teneur du royaume de Naples. Ces misérables s'avancèrent dans les montagnes , et , dans leur ïoute, ils enlevèreut une escorte et le montant de trois mois dfes contributions du district, qu'elle conduisait au trésor royal. Dans les Abbruzes , Piccioli les engagea , de nuit , dans un défilé , et sous prétexte de reconnaître la route , ce traitre se porta en avant. Les geudarmes étaient en embuscade le long des arbres ; et aussitôt que Piccioli fut arrivé à une certaine distance , il se joignit à eux. Alors ils commencèrent à faire feu sur les brigands trompés , et les massacrèrent lous jusqu'au dernier. Certainement ils avaient même la mort ; mais la conduite de leur chef n'en est pas moins infâme. Après cet exploit , Spadaccini et Piccioli revinrent à Naples , où le premier reçut la récompense de son entreprise, et le dernier son pardon. Cependant Sulicetti regarda l'action que venait de
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commettre ce Paccioli , comme étant d'une nature si noire et si atroce , qu'il ne voulut ni le voir ni permettre qu'on l'employât.
Vers la fin d'octobre 1808 , le roi Joachim , trouvant que l'occupation de Capri , par les Anglais , causaitun très-grand dommage au commerce de sa capitale^ et alarmé des projets d'assassinat formés par des personnes qui venaient de cette île et qui étaient soudovées par C*** ; considérant en outre qu'on pouvait Je blâmer de permettre que les Anglais restassent en possession d'une île si près de Naples , résolut de s'en emparer par un coup de main. Les préparatifs se firent avec vigueur. Ce fut alors que Suzzarelli et ses associés trouvèrent le teçret de persuader à sir Hudson Lovve qu'ils étaient destinés contre l'île de Ponza.
Tout élant préparé , on tint un conseil de minières peu de temps avant l'attaque. Quelques personnes désiraient que Suzzarelli continuât à tromper sir Hudson jusqu'à la fin (1). Mais l'un d'eux fut d'uu avis contraire : il fit observer que la réussite de cette attaque était incertaine , et que si elle venait à échouer , le colonel Lovve s'apercevrait qu'il avait été trompé par Suzzarelli , et lui retirerait sa confiance. Il pensa donc qu'on ferait bien , pour prévenir cet inconvénient , de permettre à Suzzarelli d'avertir sir Hudson Lovve de la destination réelle de l'expédition, quelques heures avant qu'elle ne mît à la voile ; que, jusqu'à ce moment, Suzzarelli devait continuer à le persuader qu'on en voulait à Ponza; eusorte que, quelque fût l'événement, il ne pût être compromis. On avait besoin d'un grand nombre d'é-
(1) Ce fait ine fut rapporté, en 1819, par le ministre luîmême 5 mais je m'abstiendrai de citer sou nom, pour des raison* qu'on peut aisém«nl dtviner.
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chelles pour l'assaut, et il paraissait difficile de les faire confectionner sans que sir Hudson Lowe en eût connaissance ; que s'il en était averti, on tomberait dans le double inconvénient de compromettre Suzzarelli et d'indiquer tout d'un coup le vrai but de Pexpédhiont — Cela parut d'abord une diffficulté insurmontable. Cependant la personne dont nous avons déjà parlé, suggéra un expédient ingénieux qui atteignit parfaitement le but. Le jour qui précéda Colui indiqué pour l'attaque, Ja police ordonna à tous les hommes chargés d'allumer les réverbères de la ville de se réunir le jour suivant, à une certaine heure, avec leurs échelles. Pendant la même nuit, Suzzarelli prévint à la hâte Lowe que l'île serait attaquée le lendemain, et il joignit même une copie de la proclamation qui serait faîteaux troupes. On pensa que ce renseignement tardif ne servirait qu'à augmenter la confusion parmi la garnison. L'expédition, consistant en seize à dix- huit cents hommes, sous les ordres du général Laniarquc, mit à la voile de la baie deNaples, le 4 ou 5 octobre, et arriva sous les rocs de Capri, sans avoir été inquiétée par l'escadre anglaise, qui, supposant que c'était contre Ponza qu'était dirigée l'attaque, veillait à la défense de celte île. Capri avait une garnison composée du régiment royal Corse, du régiment royal de Malte, et de quelque artillerie anglaise. Il n'est peut-être pas dans le monde une île qui présente plus d'obstacles naturels à surmonter, pour être emportée d'emblée. Les neuf dixièmes de sa circonférence consistent en rocs escarpés et perpendiculaires, qui s'élèvent à plusieurs centaines de pieds au-dessus de la mer. Tous les lieux abordables sont fortifiés, et on avait mis en batterie quarante pièces de canon dans les forts,
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Les Français dçbarquère.nt, malgré tous ces obstacles de la nature ei de l'art. Daus quelques enJroits, ils furent obligés de franchir les précipices à l'aide d'échelles posées sur des bateaux vacillans. Le régiment royal de Malte, soit par lâcheté, soit qu'il ait été corrompu par le champion Suzzarelli, posa les armes et refusa de combattre. Les soldats fureut faits prisonniers malgré les efforts de leurs officiers, dont plusieurs périrent avec le commandant du régiment. De cette manière, on enleva les forts Sainte- Barbe et Ana Capri, qui forment la sommité de l'île. Le seul chemin de coinmu •icaiion qui existe entre Capri et la citadelle et îes forts où était sir Hudson et la garnison, consiste en un escalier de quatre à cinq cents marches, sur lequel, en plusieurs endroits, une personne seulement peut monter ou descendre. Cet escalier était défendu par plusieurs pièce* de canon. Malgré cela, les troupes franc uses firent l'attaque, réussirent et investirent la ville. On attela cinquante hommes à quelques pièces .de viugt-qn3tre, et eu une nuit on les hissa sur le haut du muni Solaro, le point le plus élevé d'Ana Capri, et qui commande la citadelle. Pendant toute la durée de son couimandemeni, sir Hudson Lovye avait négligé de fortifier ce côté, crovaut bieu qu'il était impossible de faire passer des pièces de gros calibre sur les côtés escarpés de la montagne. On éleva des batteries en lace de la citadelle pour la foudroyer; et d'antres, qu'on garnit de fourneaux pour chauffer les boulets, lui eut placées le long de la baie, afin de se défendre entre 1\ cadre et contre la fl uilJe anglaise, qu'on véi il s'approcher du côté de Ponza. On envoya aussi de Naples quelques renforts que l'on débarqua près de liberius's-Bath ( les bains de Tibère ), en sorte qu'a.»
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peu de jours sir Hudson Lowe capitula et rendit aux Français l'île, les forts, l'artillerie, la munition et les magasins.
On appelait ordinairement Capri le Gibraltar de Naples, et les obstacles qui semblaient s'opposer à ce que l'on s'en emparât, et même à ce qu'on pût y débarquer , étaient tels , que Salicetù , lorsqu'il visita l'île après sa prise , ne put s'empêcher de s'écrier : « J'y ai trouvé les Français , mais je ne puis pas croire qu*ils y soient entrés. »
Quand l'expédition , commandée par le lieutenantgénéral sir John Smart et par l'amiral Freeniantle , composée d'environ dix-huit à dix-neuf mille hommes , quitta la Sicile en iBog, l'avis de l'amiral était d'abord, que l'on débarquât entre Porlici et Castellamare , et qu'on attaquât immédiatement la ville de Naples.
Sir Hudson Lowe était avec l'armée. On consulta Suzzarelli. Son opinion fut que les Anglais devaient, au préalable , en s'emparant des îles d'Ischia et de Procida , s'assurer un point d'appui qui facilitât toute retraite en cas d'événement, après quoi ils débarqueraient à Baja , dont la garnison , disait-il , était commandée par un colonel corse de ses parens , qui pour une certaine somme , et avec l'assurance d'obtenir le même rang dans l'armée anglaise , livrerait la place après avoir fait un feinte résistance. Il ajoutait que , pendant ce temps-là , le parti anglais , et celui de Ferdinand , combineraient leurs plans pour les aider et rassembler les partisans. On suivit malheureusement ce conseil. Il n'y avait alors que quatre mille hommes dans la ville de Naples j comme la plupart des troupes françaises étaient en marche vers l'Allemagne , c'était un peu avant la bataille de Wagram. Quatr. partie. 5
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On avait ordonné aux troupes qui étaient dans la ville , si les Anglais tentaient un débarquement , de la quitter et de se retirer au fort Saint-Elme , pour y rester jusqu'à ce qu'elles fussent secourues. Elles avaient également reçu l'ordre de ne pas tirer sur la ville de Naples , si les Anglais s'en emparaient. Le trésor, tout le bagage du roi et de la reine , les bijoux de la couronne , beaucoup d'objets précieux , étaient empaquetés , ainsi que d'autres effets appartenait au* principaux personnages de la cour , et tout était prêt à partir au moment où les Anglais effectueraient leur débarquement. On n'aurait fût que peu ou point de résistance. Il y avait diverses frégates et un vaisseau de soixante-quatorze sur le chantier , d'immenses magasins , deux à trois cents bâtimens marchands , et une flolille cousidérable : tout cela serait devenu la proie des Anglais , attendu que Murât ne voulait pas compromettre la ville , en essayant une défense inutile. Salicetti était à Rome à la première apparition des Anglais. Murât perdait la tête, ne pensait qu'à sauver ses trésors. Mais la rtiue , qui avait plus de fermeté et de talent que son mari , envoya Cipriaui avec une note à Salicetti , le priant de revenir à Naples sans perdre de temps ; que le roi n'était pas en état de donner des ordres ; qu'enfin tout dépendait de sa présence. Cipriani cacha cette lettre dans la semelle de sa botte, et après avoir éprouvé quelques difficultés et n'être échappé que par hasard aux brigands qui se trouvaient près de Tarracina , il parvint à Rome. S'il réussissait à ramener Salicetti , il devait revenir avec la plus grande promptitude à Naples, et dans un lieu convenu, près de l'entrée de la ville, tirer son mouchoir et paraître s'essuyer le front 3 «non il devait
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continuer sa route; Il vit Salicetti vers les deux heures du malin , et lui communiqua toute l'affaire. Salicetti, après avoir lu la lettre de la reine , demanda ce que faisaient Suzzarelli et Maresca. Cipriani répondit « qu'ils étaient à Naples et s'efforçaient de persuader aux généraux anglais de ne point débarquer entre Portici et Castellamare , mais d'attaquer Ischia. — Bravo, Suzarelli ! s'écria Salicetti, ils sont perdus ; mais s'ils débarquent entre Porlici et Castellamare , c'est nous qui le sommes. » Salicetti envoya en avant Cipriani , qui revint à Naples avec une célérité don* on n'avait pas encore eu d'exemple et qui fit le signal convenu.
Il fut bientôt suivi par Salicetti, qui, à son arrivée, trouva les chevaux sellés, le roi lui-même dans la rue, et sur le point d'abandonner la ville à sa destinée. Salicetti , d'un ton brusque , dit à Murât qu'il ne . méritait pas d'être roi s'il ne défendait pas son peuple, et finit par l'assurer qu'il allait tout diriger au nom de Napoléon , s'il n'adoptait pas des mesures de défense. Murât, confus, rentra dans sou palais, et surle-champ on rappela les troupes de l'intérieur et celles qui étaient en marche pour l'Allemagne.
On fit venir le quatrième régiment de dragons de l'Abbruzze, et l'on prit toutes les mesures nécessaires.1 On plaça du canon dans les rues. Les artilleurs, la mèche allumée, reçurent publiquemement l'ordre de faire feu sur tout rassemblement du peuple. Salicetti envoya chercher ceux qu'il regardait comme suspects, et leur dit qu'il ne p©uvait se fier à leur simple parole de rester tranquilles et de ne se mêler en rien de ce qui allait avoir lieu. Il finit en leur demandant, d'un ton grave, quelle garantie ils pouvaient lui donner
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de leur conduite. Etonnés de cette façon d'agir , ils demandèrent , après quelques instans d'hésitation , qu'on les mît dans un fort, jusqu'à ce que tout fût terminé , ce qui fut exécuté sur - le - champ. Tandis que Salicetti agissait publiquement de celte manière , et qu'il ordonnait qu'on fît usage de tous les moyens de défense pour encourager ceux qui étaient fidèles et effrayer les méconiens, il avait en même temps renouvelé l'ordre que si les Anglais débarquaient^ les troupes eussent à évacuer la ville et à se retirer dans les forts , jusqu'à ce que des forces suffisantes fussent revenues de l'intérieur, et que la chance offrît quelque apparerce de succès. On parvint en trois jours à réunir une force -psneetable , et toutes craintes cessèrent.
Salicetti était républicain par principes, et il aurait cot. cou ru à l'établissement de ce gouvernementen Italie, s'il v eût eu quelque probabilité qu'il s'y maintînt. Il mourut quelques heures après avoir dîné avec un de ses enuerois , avec qui il s'était réconcilié , ce qui donna lieu de supposer qu'il avait été empoisonné.
Cependant les opinions furent, à cette époque, partagées à cet égar.l. Les médecins français attestèrent le fait, tandis que les italiens le nièrent : on ne découvrit aucune trace de poison à l'ouverture du corps. Quand Napoléon apprit la mort de Salicetti , il s'écria : Seult il valait une armée de cent mille hommes !
Les détails que l'on vient de lire ont été confirmés par l'un des ministres qui étaient alors auprès du roi Murât, et l'existence des lettres de sir Hudson Lowe à Suzzarelli est prouvée. Napoléon , à qui je fis part de quelques - unes de ces circonstances , me dit , en outre, qu'il était instruit de la manière dont nous étions trahis par nos espions à JNaples } et il ajouta que
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Cipi iani , qui avait été un des principaux agens , me fournirait , si je desirais , de plus amples renseignemens. Il a fait la remarque que les Fraueiis, étant catholiques romains, avaient un avantage sur nous, qu'ils puisaient dans leur religion même, parce que les espions italiens étaient tentés de croire que nonseulement il était inutile de remplir leur engagement avec des hérétiques, mais encore qu'ils croyaient faire un acte méritoire en leur manquant de parole.
4 Décembre. — Mademoiselle V***, jolie fille et femme- de- chambre de madame Lowe , est veuue aujourd'hui dePlantation-Uouse à Longwood, montée sur un des chevaux du gouverneur, etmunie d'une lettre du major Gorrequer , qui portait que sir Hudson Lowe avait oublié de laisser une passe pour elle avant d'aller en ville, et qui engageait le capitaine Blackeney à la recevoir : elle resta près de deux heures à Longwood. Pendant ce temps elle traversa presque toutes les chambres de la maison; les domesliques français étaient si enchantés de l'apparition d'une jeune et jolie fille , que leur galanterie ne leur permit pas de lui rien refuser. Elle désirait beaucoup qu'on lui permîtde pénétrer auprès de Napoléon, et elle avait même ouvert à moitié la porte de la chambre où il était , dans le dèssein d'y entrer; mais elle fut retenue par Saint-Denis. Elle persuada cependant aux domesliques qu'ils pouvaient lui permettre de le regarder pendant quelque temps à travers la serrure, ce qu'elle fit réellement (1).